- Interviews à l’Université d’hiver
- Clôture de la IXème Université d’hiver de la formation professionnelle
- IXème Université d’hiver de la formation professionnelle - La coordination des politiques (...)
- La réforme côté partenaires sociaux et côté Entreprises
- Grand angle sur la formation en Arles
- L’apprenance : vers une nouvelle culture de la formation ?
- Les organisateurs
- Les partenaires
- Le comité de pilotage
Interviews à l’Université d’hiver
Clôture de la IXème Université d’hiver de la formation professionnelle
La IXème université d’hiver de la formation professionnelle s’est terminée vendredi 20 janvier et il est revenu à Patrick Kessel, directeur du Centre Inffo, Pierre Caspar, professeur émérite au Cnam et Françoise Bouygard, Déléguée adjointe à l’emploi et à la formation professionnelle d’assurer les discours de clôture. Aperçu.
Patrick Kessel s’est d’abord félicité de la réussite de cette IXème Université : 470 participants, qualité des débats en ateliers, participation renforcée des représentants des collectivités locales et des entreprises, réunions thématiques parallèles, en particulier de l’InterCarif-Oref et des Opca. Il a souligné la convivialité des échanges et le succès de la soirée consacrée au trentième anniversaire du Centre Inffo. Patrick Kessel a précisé les perspectives d’évolution du Centre. Celui-ci poursuivra sa modernisation et renforcera sa politique de partenariat, déjà engagée avec les Régions, à travers l’accord du 28 septembre 2005, conclu entre Gabriel Mignot, président du Centre et Jean-Paul Denanot, président de la Commission Formation de l’Association des Régions de France (ARF). La volonté du Centre, a-t-il insisté, est de permettre une homogénéisation de l’information. Il entend, pour cela, travailler dans un esprit de coordination et de coopération avec tous les acteurs, dans le respect des missions et prérogatives de chacun. Il a remercié tous les participants et a rendu un hommage particulier à Gaston Paravy, fondateur de cette manifestation et Henriette Perker, collaboratrice du Centre, qui a piloté l’organisation de la rencontre. Il a rappelé l’organisation en 2007 de la quatrième université de la formation professionnelle d’outre-mer. La dixième Université d’hiver, quant à elle, devrait se dérouler en 2008 et "elle tiendra compte des suggestions d’amélioration proposées par les participants", a-t-il conclu.
Pierre Caspar, grand témoin de l’Université a tiré les principaux enseignements de cette rencontre. "L’Université n’a pas encore atteint sa dixième édition, mais elle tient d’ores et déjà une place de choix dans le paysage de la formation", constate-t-il. Il a ensuite décliné plusieurs termes qui lui semblent avoir marqué les échanges de cette IXème rencontre, citant en particulier "apprenance", "connivence", "gouvernance" et "cohérence".
Le "grand témoin" a souligné la "large place" de l’Europe dans l’Université qui a permis de mettre en lumière les avancées majeures de l’Union en matière de formation. "La coopération n’est plus évoquée, car elle est devenue une règle et les échanges transnationaux ont banalisé la mobilité", s’est-il félicité. Il considère que l’Europe est "un rappel à l’humilité et une invitation considérable à progresser", par "la tradition de l’échange de bonnes pratiques, la diffusion des informations sur site, les parcours concertés" qui nous conduisent à nous comparer sans cesse et à réfléchir sur les pratiques.
Françoise Bouygard, déléguée adjointe à l’emploi, au Travail et à la formation professionnelle, dresse plusieurs constats. L’économie du savoir a succédé à la production de masse et nous sommes entrés dans "une économie de la compétence". Le modèle du plein emploi a perdu de son importance, conduisant à réorganiser les conditions de stabilité de l’individu. Un nouveau rapport au territoire a été intégré et doit permettre de conjuguer une économie mondialisée avec des trajectoires personnelles sécurisées. Le choc démographique amplifiera les phénomènes de concurrence entre public et privé, entre territoires, entre entreprises. "Le développement des ressources humaines doit permettre un meilleur positionnement dans ce champ concurrentiel", considère-t-elle. Elle a ensuite précisé les différentes mesures prises pour faire face à ces évolutions, puis fait part de certains résultats, "même s’il est encore trop tôt pour tirer un bilan complet". Interventions publiques et campagnes de communication ont été organisées et il semble que les entreprises se sentent aujourd’hui majoritairement informées. La réforme a déclenché une activité intense de négociation de branches. Les accords conclus dessinent des politiques autour de l’attractivité de la branche et de la fidélisation des salariés au sein de la branche. Concernant le Dif, selon leur politique de gestion des ressources humaines, certaines entreprises optent pour une utilisation rapide de ces heures, alors que d’autres privilégient des formations plus longues. Le contrat de professionnalisation - variable d’une branche à l’autre - s’est mis en œuvre de façon très positive en 2005. Les jeunes représentent la majorité des bénéficiaires, mais 17 % ont plus de 25 ans, taux supérieur à celui constaté dans l’ex-contrat de qualification. L’accès à la qualification par la VAE demeure encore modeste, mais 16 300 certifications ont été délivrées par cette voie.
Françoise Bouygard a ensuite appelé les participants à poursuivre les efforts déjà engagés et à se mobiliser autour de différents chantiers, dont celui de la sécurisation des parcours professionnels. Dans ce domaine, l’information des citoyens est primordiale et la création d’un portail commun va dans ce sens. Plusieurs dispositifs, relève-t-elle, participent à cette sécurisation, notamment la CRP (convention de reclassement personnalisé) et les contrats de transition professionnelle. Les contrats nouvelles embauches et première embauche, quant à eux, cherchent à allier flexibilité pour l’entreprise et garantie pour les salariés. En guise de conclusion, elle en a appelé à la vigilance des participants sur deux points : l’égalité d’accès à la formation et la cohérence entre les besoins de l’individu et ceux de la société.
Patricia Gautier-Moulin / 23-01-2006
IXème Université d’hiver de la formation professionnelle - La coordination des politiques publiques de formation
Autour de la table ronde du 20 janvier intitulée "Les politiques publiques de formation : quelles coordination au sein des territoires", étaient réunis René Bagorski, secrétaire confédéral de la CGT, Dominique Balmary, président du Conseil national de la formation tout au long de la vie, Jean-Paul Denanot, président du Conseil régional du Limousin et président de la Commission formation professionnelle et apprentissage de l’Association des Régions de France (ARF), Pierre Le Douaron, adjoint au sous-directeur chargé de la formation et du contrôle à la DGEFP et Jean-Claude Tricoche, secrétaire national de l’Unsa. Les intervenants ont abordé deux thèmes principaux : le rôle respectif des différents acteurs et la sécurisation des parcours.

Dominique Balmary, a rappelé le rôle du CNFPTLV (Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie) qui réunit organisations syndicales, collectivités, parlementaires, etc. Ce Conseil a, en particulier, pour mission d’échanger et de communiquer des avis au gouvernement sur les politiques de formation, organiser la transparence des financements et préparer un rapport d’évaluation des politiques régionales de formation. L’Etat joue le rôle de coordinateur, estime-t-il, mais il ne dispose plus des mêmes moyens qu’auparavant et le CNFPTLV participe à cette mission.
Jean-Paul Denanot, quant à lui, regrette que les compétences et les rôles respectifs de l’Etat et des Régions n’aient pas été définis plus clairement. Il déplore que chacun des acteurs ait tendance à agir selon sa logique propre, "alors qu’il serait plus efficace de créer des synergies". Synergie et coordination sont également essentielles, aux yeux de René Bagorski qui estime que "la nouvelle notion de territoire change la donne. Les Régions, à travers le suffrage universel, disposent désormais de prérogatives fortes", mais il juge la structuration de la formation complexe au niveau local".
Pour Jean-Claude Tricoche, la légitimité des partenaires sociaux est évidente pour agir "dans le bassin d’emplois et le territoire". Pour lui, "la place de la formation professionnelle est déterminante". L’Unsa souhaite négocier la formation dans l’entreprise, mais l’employeur n’étant pas contraint d’autoriser la négociation dans l’entreprise, le territoire peut alors devenir un terrain de négociation, si les acteurs sont organisés. Nous rassembler serait déterminant pour être entendu", estime le représentant de l’Unsa.
Pierre Le Douaron cite les trois principaux acteurs de la formation : les Conseil régionaux, les partenaires sociaux et l’Etat. Mais, reprend-il aussitôt, "ce triangle ne montre pas le rôle de chacun" et il propose une autre lecture de ce schéma. Le partage des responsabilités "à la française", explique-t-il, se traduit concrètement. Etat et collectivités territoriales doivent établir des partages à bord franc entre des domaines de compétences proches, même si l’opération est parfois complexe.
La sécurisation des parcours
Jean-Paul Denanot considère qu’une formation initiale de grande qualité reste nécessaire pour permettre l’égalité des chances. La fluidité doit ensuite être de mise. Il plaide pour que ce principe général découle d’une organisation à trois niveaux : l’Etat assurerait sa fonction législative ; les Régions constitueraient le pivot de ces dispositifs ; enfin, les institutions suivraient les parcours individuels. Pour le président du Limousin, cette organisation doit être menée en collaboration avec les partenaires sociaux et la formation dans l’entreprise doit être incluse dans ce schéma, estimant que "les développements parallèles de l’entreprise et du salarié sont des éléments indissociables".
René Bagorski préfère parler de "sécurité sociale professionnelle, notion développée par la CGT". Il explique que "ce concept implique que le salarié puisse, tout au long de son parcours, obtenir un diplôme supérieur à celui de son entrée dans l’entreprise". "Or, la sécurisation des parcours demande des moyens plus politiques. Les organisations syndicales, regrette-t-il, ne disposent pas des moyens nécessaires pour honorer tous les mandats. Le représentant de la CGT cite l’exemple du Poitou-Charentes, où 85 organisations ont sollicité la participation de la CGT".
Dominique Balmary note une évolution sémantique intéressante : on est passé de la formule "sécurité de l’emploi" à celle de "sécurisation des parcours". La perspective lui semble plus dynamique et responsabilisante pour l’entreprise et le salarié. Il estime "qu’une réflexion plus approfondie sur l’apport des différents acteurs serait pertinente " et qu’elle pourrait être conduite sous l’égide du CNFPTLV.
Pierre Le Douaron identifie deux dimensions à la sécurisation des parcours : sur le court terme, il s’agit d’aider une personne qui rencontre un incident de parcours, et sur le long terme, de donner les moyens à l’individu d’évoluer. Deux voies lui semblent possibles : conserver le cadre actuel en coordonnant les outils d’action proposés par chacun des acteurs ou réinterroger les dispositifs existants. Il relève que "58 milliards d’euros sont consacrés à la formation initiale, contre 14 à la formation continue. Les jeunes disposent de 7 700 euros par an alors que chaque adulte bénéficie de 450 euros". Des arbitrages lui semblent nécessaires, notamment pour définir la place accordée à ces deux types de formations.
Quant à Jean-Claude Tricoche, il souligne que l’Unsa ne voit pas dans la sécurisation des parcours "un effet de mode". Cette notion, explique-t-il, doit être rapprochée du taux de chômage. La mobilité, souvent liée à l’insécurité professionnelle, concerne surtout les salariés de moins de trente ans et les peu qualifiés. La flexibilité est donc supportée par les individus les moins armés. "Le droit de tirage ou la formation qualifiante n’ont pas été approuvés par l’Etat", regrette-t-il. Il constate "un accompagnement des salariés et des demandeurs d’emploi inexistant, des actions mal coordonnées et des moyens insuffisants". Et conclut : "Tous les droits des salariés sont attachés au contrat de travail. La mobilité doit devenir une chance et non une fatalité. "
Patricia Gautier-Moulin / 23-01-2006
La réforme côté partenaires sociaux et côté Entreprises
Où en est la négociation collective ? Comment se met en oeuvre la réforme de la formation dans les entreprises ? Sur ces deux thèmes, représentants syndicaux et responsables de formation d’entreprises ont échangé leurs points de vue lors de la table ronde d’hier à la IXème Université d’hiver de la formation professionnelle.

Jean-Claude Quentin (Force ouvrière) a rappelé deux des objectifs de la négociation de l’ANI du 20 septembre 2003 : la personnalisation et la professionnalisation. Sur le premier point, « le DIF, analyse-t-il, est en train de trouver sa place entre le plan de formation et le CIF. Il trace une voie nouvelle, générant du dialogue social, quelle que soit la taille de l’entreprise ». Mais, pour le représentant de Force ouvrière, la notion de professionnalisation doit être maniée avec précaution.
Cependant, Christophe Pons, responsable de la formation de la société ONET - 40 000 personnes en France - note qu’en 2005, les périodes de professionnalisation ont rencontré un grand succès dans son entreprise. Quant à Alain Dupeyron, de France 3, il précise que dans sa société, les périodes de professionnalisation sont combinées autant que possible à une validation des acquis de l’expérience.
Jean-Luc Gueudet (CFDT) estime quant à lui qu’il est encore « trop tôt pour dresser un bilan ». Certaines dispositions n’ayant abouti qu’en 2005, les salariés en sont encore à une période d’appropriation des nouvelles dispositions. Concernant le DIF, il pense que les salariés manquent de visibilité : « L’heure est à la mobilisation de l’ensemble des partenaires pour les informer et, en particulier, pour sensibiliser ceux des PME sur l’importance de la formation professionnelle ».
Jean de Suzzoni (CGC), relève la complexité du système et évoque certains dysfonctionnements identifiés par le Comité paritaire national : « les branches sont au cœur du dispositif ; or elles sont en situation de concurrence ».
Sur la question du DIF encore, Jean-Claude Quentin estime qu’il faut redonner tout son sens à l’idée de fonds d’assurance formation pour amortir les à-coups financiers, préconisant que les Opca proposent un service financier aux entreprises, notamment les plus petites, pour prévenir les risques financiers.
Alain Dupeyron précise que sa société a conclu un accord sur le Dif qui améliore l’accord de branche. Elle applique plusieurs principes intangibles. Pour l’ensemble des catégories de personnels, les dispositifs doivent rentrer dans une approche systémique et elle favorise systématiquement les actions inscrites au RNCP. Pour l’heure, l’exercice du DIF s’opère hors du temps de travail, sauf pour certaines catégories prioritaires.
Patricia Gautier-Moulin / 20-01-2006
Grand angle sur la formation en Arles

« Les chemins de la professionnalisation, du bassin d’emplois à l’Europe ». C’est le thème de l’Université d’hiver de la formation professionnelle qui a débuté hier en Arles. Les discours d’ouverture ont donné le ton de cette IXème Université. Retour sur image. Egalement hier, la conférence inaugurale de Philippe Carré sur l’apprenance (cf article).
Hervé Schiavetti, maire d’Arles et conseiller général des Bouches-du-Rhône, se déclare particulièrement satisfait du choix de sa ville pour cette manifestation. La réhabilitation patrimoniale inscrite dans le contrat de plan conclu en 1998, l’a particulièrement sensibilisé à la formation professionnelle et a permis de qualifier de nombreuses personnes, jeunes et adultes. Cette expérience lui fait souhaiter que les programmes de formation correspondent davantage aux besoins et il insiste sur l’utilité d’une offre adaptée et pérenne.
Pour Michel Vauzelle, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la construction d’un service public régional de la formation est aujourd’hui une nécessité incontournable. Les échelles territoriales s’interpénètrent : Europe, nation, région, département, pays ou agglomération. Le niveau régional devient central dans la mise en oeuvre de dispositifs de formation. Ce service public régional doit prendre la forme « d’une offre de services globale, fondée sur des principes de proximité, d’accessibilité, de qualité, de diversité et de pluralité afin que chacun puisse bénéficier d’une formation générale et professionnelle de base gratuite selon ses caractéristiques et besoins ».
Dans son allocution de bienvenue, Patrick Kessel, directeur du Centre Inffo, se félicite que l’Agence Leonardo-Socrates et l’Association des Régions de France(ARF), aient rejoint la DGEFP, l’InterMife et l’InterCarif-Oref pour l’organisation de cette manifestation. Il se réjouit de la participation croissante des vice-présidents et des élus des Conseils régionaux. Il souligne que cette IXème Université est particulièrement symbolique pour le Centre Inffo qui fête cette année son trentième anniversaire. Le Centre Inffo va encore élargir son offre de services, en particulier en direction des branches professionnelles et des Opca. Par ailleurs, il annonce que la création d’un portail grand public est confirmée.
Guy Sapin, au nom de l’InterCarif-Oref débute son intervention par une définition de l’éthique « ... la construction et l’amélioration par chacun du rapport à soi, aux autres et à l’institution, dans une perspective de développement personnel et collectif . » Cette citation s’applique aussi à la formation. C’est en ce sens que les Carif-Oref ont développé des outils communs : méta-moteur de recherche, indexation des diplômes, bases de données mutualisées et, demain, outils communs d’analyse, sectoriels et territoriaux. Le partenariat doit aussi s’enraciner profondément dans les pratiques : concertation, coopération, négociation et coordination sont les maîtres mots. Et il conclut : « Concerter, c’est parler en Arles ensemble ... aujourd’hui . »
Gaston Paravy, président de l’InterMife France et un des initiateurs de la première Université en 1989, rappelle l’objectif de ces rencontres : permettre aux professionnels d’échanger sur ce qui se fait « de plus percutant, de plus dynamique » dans le domaine de la formation et de l’emploi. Il poursuit : « Nous nous situons à l’avant-poste pour apporter toute notre créativité aux personnes en recherche d’emploi. Nous pensons que les personnes doivent se développer selon leurs identités propres . »
Pierre Le Douaron, adjoint au sous-directeur chargé de la formation et du contrôle à la DGEFP, insiste sur la nécessité pour les professionnels de s’ouvrir l’esprit à la diversité de la performance des autres , s’appuyant sur l’exemple du parachute « qui ne fonctionne que lorsqu’il est ouvert ».
Patricia Gautier-Moulin / 19-01-2006
L’apprenance : vers une nouvelle culture de la formation ?
Une culture nouvelle de la formation, centrée sur les individus émerge : les bénéficiaires doivent devenir "acteurs", "sujets apprenants". Or, ce renversement de perspective, ne va pas de soi, a expliqué Philippe Carré, professeur à l’université Paris X-Nanterre lors de sa conférence inaugurale à la IXème université d’hiver de la formation professionnelle. Il s’agit, pour développer les apprentissages tout au long de la vie, de prendre conscience du renversement copernicien qu’entraîne le passage de la formation à l’apprenance.
"L’enseignement doit céder le pas à l’apprentissage, le formateur à l’apprenant", estime Philippe Carré. Il n’est plus question de trouver les moyens d’apporter le savoir aux acteurs, mais de donner aux sujets les moyens d’aller le chercher. Aujourd’hui, il faut, insiste-t-il, penser à l’envers et passer de la formation conjoncturelle à l’apprentissage permanent. Le savoir devient la matière première du XXIème siècle : la détention de l’information régit un "capitalisme cognitif", caractéristique d’une économie des services post-industrielle. En mars 2000, le Conseil de Lisbonne a confirmé cette orientation en décidant de faire de l’Europe "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde". Le savoir devient un atout stratégique majeur pour les personnes, pour les organisations et les nations. Celles qui exploitent et gèrent efficacement leur capital de connaissances affichent les meilleurs résultats. Simultanément, ce savoir-valeur devient un produit, objet de transactions commerciales entraîne une recherche d’efficience qui pousse fortement, par exemple, à l’usage des TIC pour optimiser les coûts de la formation. Parallèlement, on observe une accélération de la diffusion des technologies. Pour atteindre 50 millions d’utilisateurs, le téléphone a mis 74 ans, le Web 4 ans.
L’implication de l’apprenant, le chaînon manquant
"C’est la grande rencontre entre économie et pédagogie qui s’annonce, pour le meilleur ou pour le pire", analyse Philippe Carré. Et au cœur de cette rencontre, se positionne l’apprenant. Cependant, estime-t-il, les discours sur la société "cognitive", "de l’information", "de la connaissance", etc risquent de rester d’illusoires incantations si l’acteur essentiel de cette formation tout au long de la vie, à savoir le "sujet social apprenant", est oublié. Le chaînon manquant, c’est la transformation de posture du sujet social face aux nouveaux enjeux de la société apprenante. Les textes européens insistent sur le rôle central de l’individu pour participer à la société de la connaissance. Cet objectif implique une mobilisation des ressources personnelles des salariés : il s’agit, pour eux, de développer des attitudes nouvelles d’autonomie dans le travail et, surtout, de démontrer leur capacité à apprendre, et à apprendre par eux-mêmes. "Nous sommes tous appelés à devenir des "travailleurs du savoir", annonce Philippe Carré. Pour développer la motivation à l’apprenance, il propose d’intervenir sur quatre leviers : inscrire les apprentissages dans un projet stimulant ; développer le sentiment d’efficacité à apprendre ; mettre en œuvre une pédagogie du choix de sa formation et de son parcours ; prendre un plaisir direct à se former. L’autoformation devra se développer pour répondre aux nouveaux enjeux de l’apprentissage, chaque apprenant ne pouvant disposer d’un formateur personnel. Par ailleurs, l’apprenance ne s’exerce pas uniquement dans le cadre des formations instituées : apprentissage avec formateurs ou tuteurs (présentiel ou à distance), formations informelles et surtout apprentissages autodirigés devront être mis en oeuvre. Les transformations en cours imposent de passer d’une culture du stage de formation - même modernisée via les FOAD - à une écologie de l’apprenance, tout entière tournée vers la démultiplication des occasions d’apprendre. Pour les acteurs de la formation, l’ingénierie de l’apprenance sera une écologie, une étude des milieux favorables à l’apprentissage, et non un nouveau système pour la formation d’autrui.
Patricia Gautier-Moulin / 19-01-2006
Les organisateurs
- DGEFP
Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle
- Centre Inffo
Centre pour le développement de l’information sur la formation permanente
- InterMife
Le réseau national des Maisons de l’information sur la formation et l’emploi
- InterCarif-Oref
Le réseau des Carif et des Oref
Centre d’animation et de ressources de l’information sur la formation
Observatoire régional de la formation et l’emploi
Les partenaires
- ARF (Association des Régions de France)
- Agence Socrates-Leonardo da Vinci
- AFPA TFS Téléformation et Savoirs
Le comité de pilotage
- AFPA, Agefiph, Algora, ANPE, Céreq, Cité des sciences et de l’industrie, CNFPT, ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Ipco (Instance paritaire de coordination des Opcareg), Racine, et les organisateurs.
Ces 3 articles sont issus du "Quotidien de la formation"

































