La proposition de fusion ANPE-Unédic est “politicienne”
C’est ce qu’a expliqué Annie Thomas, présidente de l’Unédic et secrétaire nationale de la CFDT, en réponse aux questions d’Inffo Flash sur ses réactions au rapport de la Mission sénatoriale et, notamment, sur la fusion ANPE-Unédic.
InffoFlash : Le rapport du Sénat préconise la fusion ANPE-Unédic… Quelle et votre position ?
Annie Thomas : Qu’est-ce que cette préconisation vient faire dans un rapport sur la formation ? Cela n’amène rien au dossier. Pour moi, il s’agit plutôt d’une proposition politicienne. Je vous précise que le document d’orientation fourni le 21 juin dernier par le gouvernement pour la négociation collective à venir sur la réforme du marché du travail ne faisait plus état de ce projet…
InffoFlash : S’achemine-t-on vers des financements croisés systématiques tous publics confondus, comme le laisse entrevoir la proposition d’un Opca interprofessionnel régional lié au financement d’un compte épargne-formation ?
Annie Thomas : Les problèmes de gouvernance sont déjà très importants, malgré de gros efforts récents qui ont entraîné dans certaines régions de vrais partenariats entre prescripteurs. Il faut examiner de près les propositions des sénateurs pour savoir si elles vont amener une efficacité de la gouvernance du système. En tous cas la CFDT, aux côtés d’autres organisations, revendique la constitution de pôle paritaire dans les régions (Assedic, Opca, etc.).
InffoFlash : Le rapport du Sénat suggère une diminution du nombre des Opca avec collecte portée à 50 millions d’euros. Qu’en pensez-vous ?
Annie Thomas : Cette préconisation est pertinente. Beaucoup d’Opca disposent d’une surface financière trop petite. Le relèvement du plancher à 50 millions d’euros permettrait de baisser leur nombre et de s’assurer, de leur part, d’une véritable offre de services en direction des entreprises et des salariés. Cette offre s’inscrit d’ailleurs dans la logique de l’Ani [du 30 septembre 2003, NDLR] qui veut que les personnes optant pour des formations en Dif, la VAE, les bilans de compétences et les périodes de professionnalisation, soient dûment accompagnées. Pour le moment, ces services sont insuffisants.
InffoFlash : Vous préconisiez récemment la création d’un organisme national unique de collecte de formation semblable à l’Urssaf pour les cotisations sociales. Cette proposition n’a finalement pas été retenue par les sénateurs. à votre avis, pourquoi ?
Annie Thomas : Seule la CFDT s’est prononcée en faveur d’un tel système, je ne suis donc pas étonnée que le rapport écarte cette possibilité. Celle-ci offrait pourtant la possibilité, par le biais de la redistribution des fonds, de desserrer la logique de branche servie par les Opca et d’accéder à une vision interprofessionnelle adaptée aux mutations économiques. D’ailleurs, je trouve que le patronat pratique le paradoxe quand il prône davantage de mobilité professionnelle et, dans le même temps, enferme le financement de la formation dans une logique de branche. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une approche inter-branches, régionale et nationale…
InffoFlash : Le rapport préconise la suppression de la participation obligatoire des entreprises (le 0,9%) au plan de formation qui servirait désormais à abonder un compte épargne-formation, sorte de Dif élargi à des publics hors contrat de travail. Quelle est votre opinion sur ce point ?
Annie Thomas : Cette proposition m’apparaît mal venue. Elle pourrait introduire un déséquilibre entre les obligations des entreprises inscrites au contrat de travail, d’adapter leur personnel à leur poste, d’éviter l’obsolescence de leurs qualifications et l’assurance du financement de ces obligations. S’agissant du Dif, j’ai envie de dire… laissons-le vivre. Les premiers bilans dressés par les réseaux Agefos-PME et Opcalia montrent qu’il sert une majorité de femmes et d’employés, donc, qu’il atteint sa cible. Je ne lierais par l’élargissement du Dif à la suppression du 0,9 %. S’il faut élargir à des publics fragiles, alors l’état, les Conseils régionaux et les Assédic doivent intervenir…
InffoFlash : Êtes-vous favorable au regroupement des deux grands Opca interprofessionnels ?
Annie Thomas : à l’ouverture de la négociation de l’Ani, la CFDT était déjà pour. Cela dit, il faut respecter les responsabilités des uns et des autres et prendre en compte les capacités de collecte et de services dans la répartition des pouvoirs dans une nouvelle instance dirigeante.
Propos recueillis par Renée David-Aeschlimann
































