Interview parue dans Inffo Flash 670 du 1er au 15 décembre 2005
La Région Rhône-Alpes n’a pas hésité à se lancer, voici un an, dans un plan régional pour l’emploi dont la finalité est de mettre ses moyens en terme de formation professionnelle au service des besoins exprimés, tant par les entreprises que les territoires. Ainsi, le Conseil régional a décidé de “territorialiser” près de 70 % de son budget formation.
Inffo Flash : Voici un an, Rhône-Alpes a lancé le premier plan régional pour l’emploi à l’initiative d’un Conseil régional. Comment cette décision a-t-elle été prise alors que l’emploi ne figure pas dans les compétences régionales de droit commun, et quel premier bilan peut-on tirer de ce plan ?
Christiane Demontès : Les nouveaux élus ont rapidement compris que le principal enjeu pour notre région était celui de l’emploi. Partant de là, nous avons décidé de mettre les outils en notre possession en matière de formation professionnelle initiale, continue et d’apprentissage, au service de l’emploi.
Nous nous sommes réunis avec les partenaires sociaux et les services déconcentrés de l’état.
Nous avons même rencontré Jean-Louis Borloo à Lyon pour harmoniser le plan de cohésion sociale de l’état avec notre approche régionale. De cette réflexion commune sont sortis trois axes de travail : les publics et leurs besoins, le développement économique et l’approche territoriale. Vingt et une mesures ont été décidées, dont quinze ont d’ores et déjà été lancées.
Inffo Flash : Une des mesures phare de ce plan, le contrat d’accompagnement vers l’emploi durable (Cared) entend rapprocher l’offre et la demande d’emplois dans les secteurs en tension ou en développement. Comment allez vous procéder pour atteindre l’objectif ambitieux de 25 000 contrats sur cinq ans ?
Christiane Demontès : Il s’agit pour la Région de fournir un accompagnement soutenu, notamment en matière de formation, pour permettre aux chômeurs d’accéder à un emploi durable. Pour cela, le Conseil régional a voté une ligne spéciale emploi de 15 millions d’euros qui vient s’ajouter au budget de la formation professionnelle. C’est du “cousu main” qui permet d’utiliser la formation au plus près des besoins en emploi. Nous passons contrat exclusivement avec les entreprises qui embauchent, en général des PME où les nouveaux recrutés bénéficient, outre d’une formation, d’un tutorat en entreprise financé par le Conseil régional.
Nous avons passé aussi des accords avec des branches, par exemple le BTP qui s’est engagé à trouver des entreprises d’accueil pour 600 personnes sur trois ans.
Le Cared est un succès. Nous en sommes déjà à 2 000 contrats.
Inffo Flash : Le Conseil régional a décidé de “territorialiser” la consommation de près de 70 % des fonds de la formation. Quel est le principe qui vous guide et quels moyens avez-vous engagés sur cette stratégie ?
Christiane Demontès : L’idée est que les crédits formation et insertion soient utilisés au plus près des besoins, sur les territoires. Nous prévoyons de mettre en œuvre vingt-sept Contrats territoriaux emploi-formation (CTEF) correspondant aux vingt-sept bassins d’emplois ou de vie que compte notre région. La Région passe contrat avec une structure territoriale engagée dans la lutte pour l’emploi (Comités de bassin d’emploi, Plie, Missions locales, Maisons de l’emploi et de la formation...). Les instances de réflexion de ces CTEF ne doivent négliger aucun acteur local, qu’il s’agisse de l’état, de la Région, des chambres consulaires ou encore des entreprises d’insertion ou des Geiq locaux. Nous veillons même à ce que les partenaires sociaux puissent s’y engager en intervenant matériellement en ce sens. La Région consacre 40 millions d’euros sur trois ans à cette politique de territorialisation à travers ses financements formation, orientation et insertion professionnelle. L’idée est que les acteurs locaux de l’emploi accèdent à travers ces CTEF à l’ensemble des “boîtes à outils” mises à leur disposition par l’état et la Région.
Inffo Flash : Qu’en est-il de vos relations avec les Missions locales après que la loi de décentralisation du 13 août 2004 ait consacré leur pilotage partenarial ?
Christiane Demontès : Elles sont excellentes. Nous avons en Rhône-Alpes une Union régionale des Missions locales, particulièrement active. De fait, nous allons leur proposer de nouveaux contrats d’objectifs adaptés à une réelle accélération de la commande publique, tant du côté de l’état, avec le Civis, que de la Région, avec la mise en place des CTEF, dont elles peuvent être les porteuses. Notre financement s’élèvera à 11 millions d’euros essentiellement utilisés à financer des postes d’accueil dans l’esprit qui a présidé à leur création, c’est- à-dire, un accueil global comprenant l’embauche, la formation professionnelle, mais aussi la santé, le logement, les loisirs, cette globalité étant seule à même d’installer durablement un jeune dans la vie active. Nous complétons les moyens de l’animation régionale avec le financement d’un demi poste supplémentaire au-delà des moyens apportés par l’état.
Propos recueillis par Renée David-Aeschlimann
































