Ce thème était une des composantes du colloque « Réforme de la formation en 2008 : continuité ou rupture », organisé jeudi 12 juin par le Centre-INFFO. « Il ne me semble pas anormal qu’un certain nombre de jeunes sortent sans qualification du système scolaire. Certains sont faits pour l’Education nationale, d’autres moins. On ne peut pas demander à l’Education nationale d’assurer une qualification pour tous les jeunes, a déclaré Françoise Bouygard, déléguée adjointe à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP). Je suis plutôt partisane de multiplier les dispositifs pour acquérir les savoirs de base sur d’autres formes et tout au long de la vie ».
Parmi les dispositifs alternatifs, Françoise Bouygard mentionne les Ecoles de la deuxième chance et les Etablissements publics d’insertion de la défense (EPID), qui pratiquent « une pédagogie différente de l’Education nationale, avec un taux d’insertion plutôt bon », a souligné la déléguée adjointe. Laquelle préconise par ailleurs de continuer à développer les savoirs de base (lutte contre l’illettrisme, niveau primaire, etc.) en lien avec les conseil régionaux.
Une question que connaît bien la conseillère régionale d’Ile-de-France Marie-Laure Meyer, membre de la commission formation professionnelle et apprentissage de l’ARF, qui a réagit avec vivacité aux propos de Françoise Bouygard : « l’Education nationale est quand même le seul endroit en France, où l’on peut passer dix ans de sa vie sans obtenir une qualification ! », a-t-elle ironisé. Et d’ajouter : « le droit à l’éducation renvoie t-il au fait d’aller à l’école jusqu’à 16 ans ou d’aller jusqu’à la première qualification ? »
Rappelant que « 80% des personnes illettrées sont en emploi », Marie-Laure Meyer a alerté sur le danger que pouvait représentait la possible perte d’emploi pour les publics ne disposant pas des savoirs de base. Quid de leur avenir professionnel, une fois licenciés ?, a-t-elle interrogé. De même, l’avenir professionnel des « jeunes sortis du système scolaire sans qualification », n’est pas plus radieux. « On parle d’emploi, d’insertion, mais il ne suffit pas d’avoir un emploi coûte que coûte. Faut-il encore que ces jeunes puissent se construire une identité sociale et professionnelle », souligne t-elle. Une identité professionnelle qui se forge grâce notamment à « l’orientation professionnelle », laquelle doit être suffisamment efficiente pour « donner de l’information sur les métiers et les parcours », ajoute la conseillère régionale d’Ile-de-France.
Annie Thomas, secrétaire national CFDT abonde dans son sens : « l’Education nationale doit à tout jeune une qualification », rappelant que la formation initiale représente un budget de « 121 millions d’euros ». Or, chaque année 10% d’une classe d’âge (150 000 jeunes) en sortent sans qualification. « Ne disons pas que la formation initiale va mieux, cela n’est pas vrai », insiste l’ancienne présidente de l’Unedic.
Un discours partagé par son homologue de la CGT René Bagorski, qui juge « lamentable » cette situation. Plus positif, il ajoute que la VAE peut-être un levier ; « le travail devient formateur ». « Il sera question de VAE dans le rapport remis par le groupe multipartite », précise Fancis Da Costa, président de la commission Education-formation du Medef. Ce dernier note qu’« il ne faut pas calquer la formation continue sur la formation initiale », au risque de dissuader ceux qui ont quitté rapidement la formation initiale…Et de conclure : « Il faut aussi veiller à dissocier le formateur du certificateur ».
































