« La mise en place d’une pédagogie sachant tirer partie de l’internet, d’un cadrage administratif établissant des règles de contrôles, de rémunération, d’utilisation bénéfique pour tous, d’un outil informatique convivial et non problématique, doit nécessairement conduire au succès d’une formation ; que celle-ci utilise ou non le e-learning. »
Fabien Fenouillet & Moïse Déro « le e-learning est-il efficace ? » in la revue Savoir.
Les nouvelles possibilités offertes par les réseaux techniques et le développement de nouveaux usages de l’internet interfèrent de plus en plus dans l’ensemble de nos activités personnelles et professionnelles. Or il reste un secteur étrangement impénétrable à ces nouvelles donnes technologiques et culturelles, alors qu’il devrait en être un des canaux de diffusion les plus importants, c’est celui de la formation professionnelle. Depuis dix ans des expérimentations multiples ont émergé pour tenter de consolider des organisations innovantes en matière de TIC et de formation en entreprise. En pure perte. Alors pourquoi entend-on et lit-on des commentaires toujours aussi enthousiastes sur la percée des NTIC dans ce secteur ? C’est un paradoxe que cet article voudrait aider à éclaircir.
La « fusée » formation peine à décoller
Depuis des décennies, les statistiques continuent à faire mentir les déclarations de tout bord et à pointer l’échec de toutes les tentatives visant à faciliter l’accès à la formation pour les salariés les moins qualifiés, employés principalement dans les PME. Malgré la fragilisation de leur emploi et l’obsolescence supposée de leurs compétences, on continue à déplorer l’impossibilité de former ces salariés.
Les causes de cet échec, aux conséquences sociales et humaines de plus en plus lourdes, donnent lieu à de nombreuses interprétations sans que celles-ci débouchent jusqu’alors sur des solutions stables et modélisables (1). Deux explications au problème émergent principalement.
D’une part celle de la désorganisation du travail que provoqueraient les départs en formation dans les petites entreprises. D’autre part l’insuffisance des moyens financiers tirés de l’obligation légale faite à ces petites entreprises qui rappelons-le dépensent pour la formation entre 150 et 200 euros par an et par salarié.
Manque de disponibilité, manque de moyens ! Si on se contente de cette seule explication, voilà deux problèmes dont la solution, selon certains, pourrait être trouvée grâce à l’apport des NTIC dans l’adaptation des dispositifs de formation aux organisations du travail. Un terme existe pour désigner ce dispositif global, capable de proposer des solutions techniques et pédagogiques adaptées au besoin spécifique des entreprises. On parle de e-learning, c’est-à-dire d’un ensemble de supports et de contenus de formation accessibles à distance à tout moment à partir d’un ordinateur personnel (2) et d’une connexion type ADSL. Les formations y sont agencées selon un modèle pédagogique facilitant l’autoformation.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le monde de la formation numérique puisque le salarié de la PME n’aura plus besoin de quitter l’entreprise pour se former et que les produits de formation peuvent resservir plusieurs fois de suite, permettant de réaliser des économies d’échelle. La réponse aux problèmes récurrents des PME en matière de formation semble enfin trouvée. La presse spécialisée s’en fait régulièrement l’écho en multipliant les effets d’annonce. Les colloques n’en finissent pas de faire défiler les témoignages sur cette nouvelle ère de la formation (3).
Cet enthousiasme est aussi bien relayé par nos auteurs français (4), comme le montrent quelques-uns des nombreux ouvrages « autorisés » dont les plus connus continuent à faire référence : « Le e-learning » par Sandra Bellier en 2001 - « Le e-learning, projet d’entreprise » par Michel Ledru en 2002, - « E-learning et e-compétences » par Claude Lepineux en 2002 – « La formation dans tous ses états : le e-learning pour développer les compétences » par Jean-Marie Ducreux et Sophie de Gromard, en 2002 - « Le Guide du e-learning : l’organisation apprenante » par Michel Mingasson en 2002 - « Les nouvelles façons de former : Le e-learning, enjeux et outils » par Jean-Claude Lewandowski en 2003 - « Transformer le savoir en profit » par Brice Mallié en 2003 .


































