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Démarches de qualité et professionnalisation des acteurs
HAEUW Frédéric - janvier 2003

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L’impact des démarches de qualité sur la professionnalisation des acteurs de la formation en France et en Europe.

Cet article est initialement paru dans la Lettre Algora, publiée sous forme d’encart dans le n° 603 d’Inffo Flash, daté du 1er au 15 décembre 2002.


Parce que la e-formation bouscule les habitudes et les rites sociaux liés à la formation (le départ en stage, l’insertion au sein d’un groupe autre que le groupe professionnel habituel, le programme de stage clairement identifié, le calendrier établi à l’avance…), elle inspire un sentiment de méfiance, voire de scepticisme quant à ses effets, son efficacité, son sérieux. Le fait de pouvoir étudier à distance perturbe fortement les représentations des financeurs ou des DRH, pour qui la présence d’un apprenant dans un lieu donné en même temps qu’un formateur est un indicateur suffisant pour attester, non pas la qualité de la formation (n’allons pas jusque là) mais au moins l’engagement du formé et le fait qu’il en sortira bien quelque chose. Critère curieux pourtant que celui de la présence ; que celui qui n’a jamais somnolé durant un cours soporifique se fasse connaître !

Face à cette nécessité d’attester la qualité de la e-formation - alors que, faut-il le rappeler, les démarches qualité de la formation étaient jusqu’alors assez peu répandues - on a vu apparaître ces derniers temps plusieurs initiatives, dont Algora a déjà rendu compte à plusieurs reprises : la démarche qualité orientée client, initiée par le Préau, la mise en chantier par l’OPQF d’un vingtième domaine spécifique à la e-formation, et enfin la participation active de la France aux travaux de l’ISO pour l’élaboration d’une norme des technologies de l’information pour l’éducation, la formation et l’apprentissage.

La journée organisée au CNAM par le réseau TTnet France le 23 octobre tombait donc à point nommé pour faire l’état de ces réflexions et pour sensibiliser les formateurs à ces questions. Partant du constat que les démarches formelles de qualité, sur le plan mondial, notamment avec les normes technologiques, s’attachent davantage aux procédures et aux technologies, qu’aux compétences et qualifications des acteurs, il s’agissait d’examiner comment cette dimension humaine pouvait être réintroduite, ajoutée, ou à tout le moins non négligée dans les processus de qualité en formation.

Les travaux précédemment cités ont bien sûr été évoqués. Jacques Perriault, président de la commission française AFNOR, groupe miroir de l’ISO, a insisté sur les avancées obtenues par la France, notamment le retrait du projet d’identifiant unique universel, qui, sous couvert de permettre la portabilité des informations personnelles, menaçait le principe de non-divulgation de données individuelles sur les goûts, les aptitudes, les modes de vie et de consommation des personnes. Il nous a également informé du report de la date de fin des travaux de l’ISO, ce qui est plutôt rassurant (il est, nous dit-il, urgent d’attendre…) et de la tenue à Paris, en mars 2003, de la prochaine réunion de l’ISO et de l’IEEE. Concernant l’OPQF, Jean-Pierre Corveler, directeur du groupe Initiatives, nous a confirmé que le vingtième domaine était actuellement en cours d’expérimentation, avec quatre organismes volontaires, dont le sien. Concernant enfin la démarche du Préau, Guy Dehez, de la DRTEFP Ile-de-France, nous a expliqué comment, avec l’aide d’Algora, il avait utilisé ces travaux pour réaliser, avec l’ensemble des organismes concernés, un engagement qualité dans le cadre du prochain appel d’offre des points d’accès à la téléformation (P@T).

Cette journée a également permis de présenter d’autres approches, notamment au niveau européen. Pascale de Rozario, sociologue au CNAM et experte pour le CEDEFOP présenta les travaux du forum qualité mis en place par la Commission de Bruxelles en mai 2001. Bien que non centrés sur le e-learning, ces travaux, une fois divulgués, seront un apport non négligeable pour nos propres réflexions, car ils proposent des indicateurs (employabilité, accès à la formation, adaptation de l’offre et de la demande) tout à fait transférables à notre champ.

D’autres démarches sont également en cours dans les différents pays de l’Europe. Le réseau Ttnet Europe a organisé les 10 et 11 octobre à Ségovie (Espagne) un atelier transnational, où les Espagnols, les Belges flamands, les Italiens et les Français ont présenté des expériences dans lesquelles des organismes, des centres de formation, des cursus de formation de formateurs étaient engagés. Ces engagements se concrétisent à la fois au travers de procédures très formalisées, de type ISO ou EFQM(5), mais aussi à travers des démarches plus souples, inventives, locales. Ainsi, le réseau TTnet Italie a publié un glossaire très contextualisé de la qualité en formation ; le VDAB (l’équivalent de l’AFPA-ANPE en Belgique flamande) a mis en place un processus d’amélioration permanent du fonctionnement de ses dix-huit centres par des évaluations d’usagers (questions portant à la fois sur le fonctionnement et les contenus) ; enfin, les Espagnols mènent des démarches d’amélioration de cursus de formation de formateurs, ainsi qu’une approche critique, comparative des deux modèles très utilisés en Espagne(plutôt ISO pour les organismes privés et EFQM pour les services publics) afin d’aboutir à des propositions nouvelles construites à partir de cette comparaison.

La présentation de ces travaux, nationaux et européens, a sans doute contribué à mobiliser les participants de cette journée à ces questions, souvent rébarbatives car très absconses, des démarches qualité. Elle les a peut-être laissés sur leur faim quant aux liens entre qualité et professionnalisation, bien que le but était davantage d’ouvrir des portes et des possibilités de partenariat et d’engagement que de donner des recettes ou des solutions toutes faites. Mais elle les a incontestablement rassurés sur leur unanimité à contrer, chacun à leur manière, une vision trop technologique de la normalisation, pour ré-introduire l’acteur - formateur et apprenant - comme élément déterminant d’une e-formation de qualité, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir.

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