Votre potentiel d’employabilité ne peut se réaliser qu’à deux conditions. La première est de savoir maintenir vos compétences au niveau requis par les standards du marché de l’emploi. La deuxième est de le faire savoir. Détenir un portefeuille de compétences sous format numérique, plus communément appelé eportfolio, peut vous y aider. Encore faut-il en être capable. C’est là tout l’intérêt du projet Employabilité 2.0, qui vise à l’appropriation méthodologique de la démarche eportfolio par les organismes qui accompagnent les demandeurs d’emplois : « Mieux valoriser ses expériences et ses compétences, trouver de nouvelles voies pour contacter les entreprises », tel est l’objectif général du projet conduit par Rémi Lévy, consultant spécialiste des usages collaboratifs d’internet et Hervé Breton, maître de conférences associé à l’université de Tours spécialiste de l’analyse expérientielle.
Avant de s’intéresser aux bénéficiaires finaux, le projet débutera le 23 septembre prochain par une formation-action répartie sur sept demi-journées, à destination des professionnels de l’accompagnement. « Nous n’avons pas vocation à accompagner les demandeurs d’emploi au-delà du projet », explique Rémi Lévy, « et c’est pourquoi nous tenons à impliquer au maximum les acteurs en les formant à la démarche, pour qu’ils se l’approprient et l’enrichissent de leurs retours d’expériences. Si notre ambition est d’enrichir les pratiques d’accompagnement et de développer la réflexion sur la question de l’identité numérique, notre objectif est davantage le transfert de méthode que d’aller vraiment vers les bénéficiaires finaux ». D’où la production prévue, en fin de projet, d’un recueil de bonnes pratiques et de fiches méthodologiques destinées à faciliter l’essaimage.
Si toutes les structures sont visées (Missions locales, Pôle Emploi, cybercentres, etc.), les premiers participants proviennent des partenaires du projet : l’Association de Formation Professionnelle Polytechnique de Touraine qui héberge l’action, l’Ecole de la 2ème Chance Tours Val de Loire, le Bureau information jeunesse d’Indre et Loire et le Centre d’information sur les droits des femmes. Un public prioritaire car, encore plus souvent que les hommes, non seulement éloigné de l’emploi mais aussi de la culture numérique. « Au-delà de l’outil eportfolio, on va essayer de vraiment travailler sur l’utilisation d’internet », insiste Rémi Lévy : « bien faire comprendre comment se comporter sur internet, comment gérer son identité numérique, toujours en relation avec l’emploi. Twitter, Facebook, etc., sont des opportunités à condition de développer une conscience de la citoyenneté sur internet ; il est nécessaire de connaître un certain nombre de rouages, par exemple comment faire pour effacer des données ».
Financé par le FSE, Employabilité 2.0 est porté par la webschool de Tours.
Nicolas Deguerry
Questions à Rémy Lévy, chef de projet Employabilité 2.0. - "Apprendre aux personnes à mieux se valoriser sur internet".
Qu’est-ce que l’employabilité 2.0 ?
Mot controversé, l’employabilité, c’est faire en sorte que les personnes réunissent toutes les conditions pour conserver, trouver ou retrouver un emploi. Parmi ces conditions se trouvent les compétences, qui se doivent d’être visibles. Le 2.0, c’est rendre visible ces compétences dans l’environnement d’aujourd’hui. De plus en plus d’entreprises recherchent des informations sur internet, il faut donc à la fois savoir comment être présent et comment gérer son identité numérique. Améliorer son employabilité 2.0, c’est donc à la fois travailler sur la valorisation de ses compétences, de son itinéraire et de son projet, et travailler sur les outils qui permettent cette valorisation.Quel est aujourd’hui l’impact des eportfolios ?
C’est une pratique émergente, encore peu connue, du moins en France. L’important, aujourd’hui, c’est que tout le travail que conduit une personne sur son parcours dans le cadre d’une démarche eportfolio l’amène à formaliser ses compétences et, donc, à monter en confiance. Même si le eportfolio n’est pas spontanément consulté par les entreprises, cela apprend aux personnes à mieux se valoriser sur internet. On va ainsi mieux savoir remplir les CV en ligne, par exemple sur Pôle Emploi. Des retours d’expérience du projet Portolano montrent aussi que, par rapport à un bilan de compétences classique, une démarche eportofolio entraîne une réflexion approfondie en ce qui concerne la formalisation de ses compétences et la visibilité de celles-ci.Qu’apporte le eportfolio au CV ?
Le eportfolio n’est pas un CV. Un CV peut enfermer dans une fonction parce qu’il poursuit un objectif par rapport à un métier. Le eportfolio, c’est ce que vous êtes, avec vos compétences, vos valeurs et vos aspirations. Cela permet de faire passer un message global et transversal qui peut aider à montrer où l’on veut aller. Par analogie avec la communication d’entreprise, le eportfolio s’apparente à une plaquette généraliste alors que le CV relève plus de la plaquette produit qui poursuit un objectif précis.Propos recueillis par Nicolas Deguerry
in L’Inffo Formation n° 774, 16 au 30 septembre 2010
































