Interview parue dans Inffo Flash 666 du 1er au 15 octobre 2005
à l’heure de la préparation de son “plan régional éducation-formation” (Pref), le Conseil régional de Picardie mobilise les acteurs de terrain dans le cadre d’Assises de la formation. L’occasion de rappeler les grandes priorités : alternance, AIO, accompagnement de la VAE, formation des publics éloignés de l’emploi.
Inffo Flash : Quel sens donnez-vous à l’appellation que vous avez choisie, de “plan régional éducation-formation” ?
Didier Cardon : Il s’agit de mettre en lumière le fait que ce document entend assurer une cohérence entre formation initiale et continue. à ce titre, le Pref, qui sera finalisé à l’été 2006, comprendra les schémas des formations initiales artistiques ainsi que sanitaires et sociales, récemment transférés aux Régions.
Son ancrage territorial sera également très marqué, à travers le maillage de la Picardie en une quinzaine de bassins d’emplois et de formation.
Inffo Flash : Des “Assises de la formation tout au long de la vie” sont actuellement en cours et s’achèveront d’ici décembre 2005. Pouvez-vous nous donner des exemples des échanges au sein de ces assemblées ?
Didier Cardon : Ces Assises constituent un véritable moment de démocratie et de mobilisation des acteurs de terrain. Cinquante réunions ont déjà eu lieu. Le thème de la mobilité a beaucoup occupé les débats, dans une région très rurale où se déplacer constitue parfois une grande difficulté. La question de l’alternance a aussi été très évoquée, car depuis que l’État nous a fixé un objectif d’augmentation du nombre d’apprentis de 7 % d’ici 2009, il faut que les familles soient mieux accompagnées et que la Région investisse davantage dans le fonctionnement des CFA et la création de nouvelles sections. C’est le sens du contrat d’objectifs et de moyens que nous venons de passer avec l’État et qui va s’engager à hauteur de 48 millions d’euros. La Région a par ailleurs annoncé le développement de l’apprentissage dans les collectivités publiques locales, notamment pour les services à la personne.
Inffo Flash : Qu’en est-il de l’accueil, de l’information et de l’orientation en matière d’emploi et de formation ?
Didier Cardon : La Région disposait auparavant d’un service personnalisé de conseil en formation et insertion professionnelle, initialement destiné aux jeunes, et qui va être redéployé vers les Missions locales.
Parallèlement, nous sommes entrés en négociation avec l’État pour établir un cahier des charges régional prévoyant la création de Maisons de l’emploi et de la formation. Celles-ci inclueront les Points relais conseil en VAE, les Centres de bilan de compétences et l’information des salariés sur le Dif. Ces Maisons, nous y tenons, accueilleront des adultes non demandeurs d’emploi, et un pôle d’aide à la création d’entreprise. Trois de ces Maisons ont d’ores et déjà été labellisées. Nous comptons en avoir à terme une quinzaine, correspondant aux quinze “pays” constituant les bassins d’emplois de Picardie.
Inffo Flash : Quel bilan peut-on déjà tirer de l’aide apportée par la Région à l’accompagnement des personnes privées d’emploi en matière de VAE ?
Didier Cardon : En un an, depuis juillet 2004, nous avons assuré l’accompagnement financier (sur 22 heures) de 200 personnes pour la constitution de leur dossier. De fait, certains ministères certificateurs vont jusqu’à réclamer 1 300 euros ! Par ailleurs, nous avons signé des conventions de partage des financements avec l’Agefos-PME, l’Afdas et le Fongecif, afin d’étendre cet accompagnement aux salariés de niveau V et infra V. D’autres conventions sont en cours de signature avec l’Opcareg et Unifaf.
Particulièrement sensibles aux problèmes rencontrés par les femmes, nous avons étendu ce soutien à l’accompagnement de la VAE, aux conjointes d’artisans et aux ressortissantes étrangères rencontrant des difficultés de reconnaissance de leurs diplômes obtenus dans le pays d’origine.
Inffo Flash : Comment comptez-vous améliorer la situation des demandeurs d’emploi en formation ?
Didier Cardon : Nous l’avons considérablement améliorée dans le cadre de la rémunération prévue au livre IX du Code du travail, avec un budget régional en augmentation de 14 millions d’euros, soit un accroissement de la rémunération et des indemnités de transports des demandeurs d’emploi en formation de 20 à 40 %, selon les cas.
De même, nous veillons à la sécurisation des parcours de ces publics, souvent interrompus entre l’action pré-qualifiante et l’action qualifiante. De quatre à cinq mois pouvaient se passer, avec pour résultat l’abandon d’une grande partie des stagiaires. C’est la raison pour laquelle la Région a créé des “plateformes intégrées qualifiantes” assurant une continuité dans le temps, entre actions d’orientation, de pré-qualification et de qualification, parfois jusqu’à deux ans.
Inffo Flash : Les organismes spécialisés dans la formation de ces publics sont-ils également aidés par la Région ?
Didier Cardon : En effet, nous voulons les stabiliser dans leur activité autant que nous visons à le faire pour les parcours des demandeurs d’emploi. C’est pourquoi ces organismes reçoivent un forfait à l’entrée de la personne en formation qui permet de “voir venir”, et des engagements de financement sur trois ans qui sécurisent leurs activités directement liées à l’insertion et à l’adaptation à l’emploi.
Inffo Flash : La Région abonde-t-elle la formation des salariés ?
Didier Cardon : Oui, la Région peut abonder un plan de formation, mais exclusivement de PME ou de TPE. Elle cofinance également des congés individuels de formation pour des publics de niveau de formation V et infra V. Nous sommes prêts à étendre ce type de financement dans le cadre de la négociation de nouveaux contrats d’objectifs avec les branches professionnelles...
Propos recueillis par Renée David-Aeschlimann
































