« Globalement, aujourd’hui, le e-learning ne fonctionne pas ». Pour le moins iconoclaste, le propos interpelle d’autant plus qu’il n’émane pas d’un technophobe mais de Michel de Koubé, directeur formation de Nissan Europe [1], s’exprimant aux Assises nationales de l’éducation et de la formation numériques. C’est-à-dire du responsable formation d’un groupe où le e-learning domine à hauteur de « sept modules e-learning pour une formation présentielle ».
Contexte. « Nous avons introduit le e-learning il y a cinq ans, sous pression économique », explique-t-il. « Qu’est-ce qui a fonctionné ? Pas grand-chose. Le taux de complétion d’un produit e-learning est compris entre 0 et 30% ». Pourquoi ? « Déjà, parce que l’on s’adresse à des concessionnaires indépendants pour qui la formation est du temps mort, même avec des beaux modules interactifs bien marketés ». Ensuite et peut-être surtout, selon Michel de Koubé, parce qu’il n’y aurait « pas de réflexion pédagogique de la part des prestataires ». Et de leur reprocher de partir de leur offre technique plutôt que de la pédagogie. « Qu’est-ce qui nous dit qu’un ‘glisser-déplacer’ présente un quelconque intérêt ? », interroge-t-il avant de déclarer : « il n’y a pas de rapport évident entre l’utilisation d’une technologie et l’efficacité pédagogique. Aujourd’hui, on a tout tenté, rien ne marche ».
Devant l’étonnement d’une majorité de l’assistance, composée en partie de responsables formation qui revendiquent la mise en place de dispositifs e-learning efficaces, Michel de Koubé répond : « le e-learning est obligatoire parce qu’il répond à certaines contraintes économiques et de réactivité mais, par contre, au niveau de l’efficacité du résultat, on est pas du tout sûr que c’est meilleur ». Et d’ajouter, « certes, avec le e-learning, on gagne du temps, il y a moins d’absence au travail et moins d’investissement pour les concessionnaires, mais dans le cadre de la formation présentielle, les gens sortaient, partageaient leurs pratiques et cultivaient l’image de marque Nissan ; on ne sait pas si le présentiel marche beaucoup mieux mais ça apporte des choses au niveau des échanges ».
Comment se fait-il que le e-learning apparaisse si peu efficace chez Nissan quand il remporte des trophées chez le cousin Renault [2] ? « Aujourd’hui, Renault gagne des prix mais on est dans le virtuel du virtuel », répond Michel de Koubé. Et de préciser, « ce produit, je n’ai pas voulu l’acheter : je veux une interaction réelle, entre le vendeur et le concessionnaire, pas entre le vendeur et une technologie », sourit-il. Volontiers provocateur, Michel de Koubé annonce : « le e-elearning est mort, …vive le e-learning (…) : aujourd’hui, le e-learning me paraît bon dans l’information mais n’atteint pas l’efficacité pédagogique, en dépit de coûts de création importants, il faut que ça change ». Ses pistes ? « Il faut au moins deux choses pour que le e-learning devienne un objet pédagogique efficace : il est d’abord indispensable d’avoir des outils de partage de connaissances et de bonnes pratiques, type Wikipedia, il faut également se diriger vers les jeux sérieux collaboratifs et immersifs. (…) L’interaction doit se faire avec le monde réel, il faut réintégrer le monde réel dans les mondes virtuels », conclut-il.
Nicolas Deguerry
in L’Inffo n° 768, 16 au 31 mai 2010, extrait du dossier "Formation ouverte et à distance, e-learning, e-formation : ...à quand le new learning ?"
































