Parce que la « connaissance s’enrichit en permanence de nouvelles données dans tous les domaines, cognitif et technique, (…) le savoir des professionnels de la santé s’effrite au fil du temps », explique Joël X. Corberand, professeur d’hématologie à la faculté de Médecine Toulouse-Rangueil (Université Paul Sabatier) et chef du Service d’Hématologie de l’Hôpital Rangueil du CHU de Toulouse. D’où l’intérêt du programme e-HEMATimage, qui a permis d’élaborer entre octobre 2005 et septembre 2007 une « plate-forme informatique de e-learning » financée par le Fonds social européen et la Région Midi-Pyrénées, afin d’aider les professionnels à maintenir leurs connaissances sans quitter leur laboratoire. « Une localisation sur le lieu de travail particulièrement pertinente », précise Joël X. Corberand, « dans la mesure où cette plate-forme est non seulement un outil de formation continue mais un aussi un précieux outil d’aide au diagnostic ». Ceci, grâce à un « atlas » qui capitalise toutes les « solutions des dossiers proposés au fil des ans », et qui permet donc à l’apprenant de disposer d’une base de connaissances qu’il peut aussi bien utiliser pour les cas qui lui sont proposés par le dispositif de formation que pour les cas qu’il rencontre au cours de sa pratique professionnelle quotidienne. De fait, précise le professeur Corberand, « l’esprit du programme est de faire travailler les apprenants uniquement à partir de dossiers réels de patients sélectionnés pour poser différents problèmes ». Le recours à la technique pédagogique de « résolution de problèmes » permet ainsi de rester dans le cadre d’un « exercice professionnel normal », ce qui confère au dispositif un fort « pouvoir formateur ».
Concrètement, précise le site du projet, « l’apport formatif se fait en trois niveaux : premièrement, par l’histoire complète du patient avec les arguments du diagnostic ; deuxièmement, par des images annotées qui, mieux que des phrases, montrent ce qui doit permettre la reconnaissance morphologique et, troisièmement, par un texte formateur sur l’un des aspects de la pathologie illustrée par le dossier sélectionné. »
Pour un ePortfolio des professionnels de la santé
Convaincu que « la notion de portfolio des compétences est importante car elle permet aux professionnels de se situer dans l’ensemble réglementaire qui est maintenant imposé », Joël Corberand s’est montré particulièrement intéressé par le « ePortfolio structuré et tutoré pour la gestion et le suivi personnalisé de l’évolution des pratiques professionnelles en technologie et médecine transfusionnelles (eEPP) ». Présentée par Stéphanie Jullien, chargé de mission à l’Institut national de la transfusion sanguine(INTS), cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’obligation quinquennale d’Evaluation des pratiques professionnelles (EPP) introduite par la loi du 13 août 2004, couplée à l’obligation de Formation médicale continue (FMC) introduite par la loi du 9 août 2004. Développé par l’INTS en partenariat avec l’université de Nice Sophia-Antipolis, « cet outil », explique Stéphanie Jullien, « reprend les principes du portfolio numérique, mais avec certaines caractéristiques le rendant interactif : il est structuré en actions et activités, tutoré (un tuteur pour dix médecins) et réactif (génération d’alarmes pour inciter le professionnel au respect des délais). » Un premier programme destiné aux correspondants d’hémovigilance en établissements de santé est opérationnel. D’autres actions seront proposées courant 2008. Un cycle EPP de 5 ans est facturé 650 euros, à la charge de l’employeur pour le médecin salarié.
> www.epp-ints.fr/
A noter que l’accompagnement pédagogique n’est pas non plus délaissé puisque chaque pays dispose d’un tutorat dispensé dans sa langue, ce qui permet au formé de recevoir « dans sa boîte de courrier électronique la réponse de son tuteur aux commentaires qu’il a pu livrer avec sa réponse ». Ces tuteurs sont recrutés au sein du « comité éditorial et pédagogique » du projet, composé d’hématologistes reconnus dans chacun des pays partenaires. Ceux-ci sont également responsables de la production des études de cas « qui, après avoir été structurées pour une présentation numérique sont traduites dans les huit langues du programme ».
S’agissant du choix d’une version multilingue qui peut étonner alors que la langue de la connaissance scientifique est désormais l’anglais, Joël X. Corberand oppose d’une part que « la langue qui garantit les meilleures conditions de compréhension et d’apprentissage reste la langue maternelle » et que, d’autre part, le dispositif e-HEMATimage est issu d’une « expérience française initiée il y a dix ans, HEMATIM@GE, diffusée aujourd’hui sur 17 pays francophones. »
Afin de garantir l’autonomie économique à l’issue de la période de subventionnement européen, l’autofinancement complet doit se faire selon les modalités déjà en cours dans l’expérience française (abonnement payant sur une base annuelle, soit directement par l’utilisateur final, soit par son employeur, soit par son organisme de formation continue). Si l’économie du dispositif ne permet pas de proposer la gratuité, e-HEMATimage est cependant proposé à des tarifs « différenciés », souligne Joël X. Corberand, adaptés à la capacité de financement de chaque pays partenaire.
Le budget global est de 523 620 €. La communauté européenne apporte une subvention couvrant 61,88 % des recettes, le reste étant apporté par les partenaires du projet.
Contact : www.e-hematimage.eu
Nicolas Deguerry
in Inffo Flash 719, 1er au 15 mars 2008
































