“Internet n’est pas qu’une nouvelle façon de communiquer. Il instaure de nouveaux comportements, de nouvelles règles”, indiquait une équipe de chercheurs [1] voici quelques années. Cette révolution a maintenant un nom : le “web 2.0”. Mais nommer n’est pas définir, d’autant que la définition change selon l’angle d’approche. Tantôt concept marketing, tantôt “fourre-tout” technologique, le web 2.0 est surtout le dénominateur commun des nouveaux usages d’internet, caractérisés par un degré élevé de personnalisation, le développement exponentiel de l’échange et la tendance à sa permanence. Avec le web 2.0, internet s’éloigne d’une logique verticale pour constituer un système décentralisé permettant de communiquer, d’échanger, de sélectionner, de personnaliser, d’automatiser, etc. Cette conception aboutit à l’éclatement des contenus au profit de plateformes permettant à l’utilisateur final d’organiser lui-même et de “co-construire” les ressources disponibles, que celles-ci soient documentaires ou logicielles. Moins de consommation, et plus d’action.
Un intérêt partagé
Quel que soit le statut des conférenciers, tous ont mis en avant le web 2.0 pour illustrer, chacun à leur manière, l’importance des “réseaux sociaux” portés par les TIC dans les processus d’acquisition et d’entretien de savoirs. Importance ne signifie pas pour autant acceptation et généralisation au sein de la communauté éducative._ Au contraire, s’est inquiétée Gilly Salmon, professeure en e-learning et technologies d’apprentissage [2], dans sa conférence sur les futurs de l’apprentissage, un décalage existe entre les nouveaux outils et la compréhension qu’en ont les formateurs. “Nous sommes au cœur d’une période de révolution de l’enseignement et le futur de l’éducation est à préparer dès aujourd’hui”, a-t-elle martelé. L’esprit pionnier est de mise, et se manifeste dans nombre de recherches-actions en cours à l’Université de Leicester (voir encadré). La difficulté est sans doute d’innover sans céder au “techno-centrisme”. C’est précisément l’objet du projet Advanced design for e-learning [3], qui vise à replacer l’apprenant au cœur des pratiques de personnalisation.
“E-learning toute” à l’Université de Leicester
Les professionnels de la formation de l’Hexagone, qui déplorent fréquemment le manque de recherches sur le e-learning, seraient sans doute ravis d’une visite à l’Université de Leicester. Bon nombre de recherches-actions s’y développent en effet, parmi lesquelles : le Media Zoo, campus virtuel et présentiel d’acculturation à la e-formation par la présentation d’outils et d’usages (voir www.le.ac.uk/beyonddistance/mediazoo) ; le projet Prowe, qui vise à favoriser le travail collaboratif par l’intégration de bases informelles de connaissance dans les wikis (voir www.prowe.ac.uk) ; la recherche Impala, qui étudie l’impact de l’intégration par podcast de contenus audio au dispositif de formation (voir www.impala.ac.uk).
Pour Richard Straub, directeur de IBM Learning solutions pour l’“Emea” (Europe, Moyen-Orient et Afrique), le web 2.0 fournit des éléments de réponse organisationnels à la mondialisation. Après un XIXe siècle fondé sur l’export et un XXe sur le développement de multinationales selon le modèle “la même organisation reproduite partout”, le XXIe sera celui d’entreprises globalement intégrées utilisant la mondialisation pour obtenir des avantages comparatifs. Ce mouvement suppose, selon Richard Straub, que les organisations évoluent vers des formes d’ “ubiquité connectée” . Or, le web 2.0 semble représenter l’outillage idéal pour collaborer, partager et créer du savoir. Les entreprises peuvent en retirer la “montée en compétences” de leurs salariés par la dissémination du processus de formation à tous les niveaux. En favorisant les échanges et la “co-création”, les applications web 2.0 optimisent le processus d’innovation. Celui-ci, Richard Straub en est convaincu, “ne peut plus s’épanouir dans les frontières étanches des laboratoires”. Au contraire, l’innovation naît de la circulation de l’information entre le monde de la recherche, de l’entreprise et des utilisateurs. Ce schéma, qui ressemble d’ailleurs au modèle de développement des logiciels libres, s’applique bien évidemment à la formation : il ne faut pas se limiter au déploiement de plateformes verticales, mais chercher à favoriser l’“informel” en n’ayant pas peur de reconnaître que “80 % de ce que les gens apprennent est appris sur le tas”. Or, c’est justement cette notion, auparavant limitée aux collaborateurs directs, que le web 2.0 vient transformer. Désormais, conclut Richard Straub, “l’idée d’un super ordinateur au service de chaque individu n’est plus une utopie”.
Ce va-et-vient entre réel et utopie, quotidien et futur, donne un bon aperçu des stimulants échanges auxquels ont pu prendre part les visiteurs d’iLearning Forum 2007. Trois mots clés pour définir la société de la connaissance telle qu’elle y a été dessinée : “ubiquité”, “mobilité”, “réactivité”.
Nicolas Deguerry
Source : Inffo Flash n° 697, 1er au 15 mars 2007































