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Questions à

Édith Cresson
présidente de la Fondation des écoles de la deuxième chance (FÉ2C)

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Interview parue dans Inffo Flash 649 du 16 au 31 décembre 2004

Inffo Flash : Le premier colloque national des écoles de la deuxième chance s’est tenu à Toulouse, le 10 décembre dernier. Comment avez-vous eu l’idée, voici dix ans, d’inventer ce concept de l’École de la deuxième chance ?

Édith Cresson : L’idée de l’É2C résulte d’une analyse de la situation : un très grand nombre de jeunes sortait du système scolaire sans avoir de formation ni de diplôme. Ils sont restés à l’école jusqu’à 16 ans et n’ont rien “appris”. Du fait qu’ils ne maîtrisent ni les savoirs de base, ni les comportements nécessaires pour leur insertion sociale, il est évident que ces jeunes ne peuvent pas trouver un emploi. L’École de la deuxième chance vise donc à pallier ces lacunes par des méthodes de suivi très personnalisées. Je n’ai jamais pu lancer ce dispositif quand j’étais Premier ministre. C’est à partir de la Commission européenne que j’ai pu le faire dans toute l’Union européenne, avec un prototype par pays. En France, nous avons choisi Marseille pour implanter la première école, qui a ouvert ses portes en 1998. Aujourd’hui, l’École de la deuxième chance est un succès : la demande est énorme. Grâce à une évaluation régulière, nous observons d’excellents résultats : environ 65 % de sorties positives.
Pour faire apprendre à des jeunes ce qu’ils auraient dû apprendre durant leur scolarité, il fallait trouver des méthodes d’apprentissage différentes des pratiques traditionnelles. Ces nouvelles méthodes ont été testées, essayées et continuent de l’être, avec des résultats satisfaisants.

Inffo Flash : Quel bilan faites-vous aujourd’hui de cette initiative en France ?

Édith Cresson : En France, nous avons plusieurs écoles qui fonctionnent : après Marseille (1998), Mulhouse (2000), Châlons-en-Champagne a ouvert ses portes en 2002 et pilote trois sites en Champagne-Ardenne : Charleville-Mézières, Troyes, Saint-Dizier. D’autres structures ont suivi : Toulouse (2003), Evry (2004), Moulins et Tours. En Seine-Saint-Denis, trois écoles accueillent des jeunes : La Courneuve (2002), La Plaine Commune (2002) et Rosny-sous-Bois (2003). Actuellement, plus d’une trentaine de collectivités locales étudient la mise en place d’une École de la deuxième chance1. Des écoles en réseau vont se mettre en place sur les quatre départements (Yonne, Côte-d’Or, Nièvre et Saône-et-Loire) de la région Bourgogne.
Comme on peut le constater, le réseau des Écoles de la deuxième chance s’étend très vite. Les chambres de commerce et d’industrie le soutiennent fortement et les entreprises y sont très favorables. Les écoles sont financées par les Régions, le Fonds social européen, les Conseils généraux et les communes, qui mettent généralement des locaux à disposition.

Inffo Flash : Quel impact la décentralisation pourrait-elle avoir sur l’implication des collectivités locales dans la réussite de ce dispositif ?

Édith Cresson : Sans vraiment attendre que la décentralisation atteigne le niveau que l’on peut espérer, les élus locaux sont beaucoup plus sensibles au dispositif que ne l’est l’administration depuis Paris. Qu’il soit maire, président du Conseil régional ou du Conseil général, l’élu local est sensible aux problèmes d’emploi que rencontrent les jeunes dans sa collectivité. Alors, sa réaction est de trouver une solution, qui ne viendra pas de l’administration centrale. Lorsque le concept de l’École de la deuxième chance a été proposé, les élus locaux l’ont accueilli avec enthousiasme. La décentralisation ne pourra qu’accentuer leur engagement pour un tel dispositif.
En terme de financement, nous devons faire en sorte que toutes les écoles bénéficient de la taxe d’apprentissage versée par les entreprises. Pour cela, nous avons besoin de l’accord de l’Éducation nationale, qui, pendant longtemps, a été réticente. Maintenant que tout le monde reconnaît l’utilité du dispositif de l’École de la deuxième chance, nous espérons que les choses vont s’améliorer.

Propos recueillis parKnock. Billly.

*1 - En Alsace, Lorraine, Île-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Centre, Auvergne, Languedoc-Roussillon, Picardie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Guadeloupe, Paris, Rhône-Alpes.

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