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Faciliter l’accès de tous à la formation dans les territoires grâce aux formations ouvertes et à distance
MORIN Philippe - décembre 2004

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L’Aquitaine renforce ses capacités de formation avec la labellisation de vingt-deux P@T (Points d’accès à la téléformation), distribués sur ces cinq départements. Présentation des points clefs de réussite de ce programme.


Cet article est initialement paru dans le numéro 190 de la revue Actualité de la Formation Permanente, daté mai/juin 2004

L’Aquitaine renforce son portail régional avec la labellisation de 22 P@T (Points d’accès à la téléformation), distribués sur ses cinq départements. Structuré en deux groupements partenariaux réunissant 26 structures de formation, ce dispositif doit faciliter l’accès de tous les Aquitains à la formation professionnelle, et renforcer la diversification de l’offre -comportant 500 modules à ce jour. S’appuyant sur l’intervention d’Hélène Khouri lors de la VIIIème Université d’hiver de la formation professionnelle , Philippe Morin présente les points clefs de réussite du programme.

Les questions de l’accès à la formation et du recours aux technologies pour la faciliter, constituent un point de convergence potentiel entre les politiques publiques d’Etat et celles développées par les collectivités territoriales, en particulier dans le contexte actuel de décentralisation. Certains dispositifs en témoignent et commencent à fonctionner à des échelles territoriales significatives. L’objet de l’atelier était de présenter l’un de ces dispositifs, concrétisé en Aquitaine, par un partenariat construit ces deux dernières années entre la Région et l’Etat.

La FOAD et les territoires - l’approche par les "points d’accès"

Pour se former tout au long de la vie, il convient de pouvoir accéder à la formation. Or, comme le montrent différents travaux conduits ces dernières années , la question de l’inégalité d’accès est loin d’être réglée. Parmi d’autres facteurs abordés dans ces rapports, différentes formes d’éloignement compliquent cet accès : la géographie, l’équipement, les réseaux de télécommunications, les compétences de base... Le développement d’une offre répondant aux besoins des individus, souple dans ses modalités, constitue incontestablement une condition de facilitation à l’accès. La création de lieux dédiés, accueillant les personnes au plus près de leur lieu de vie ou de travail en constitue une autre. Développer ce type de dispositifs à une échelle significative, suppose une évolution très sensible de l’offre (vers la formation ouverte et à distance optimisée par les moyens technologiques aujourd’hui disponibles, le plus souvent dans une logique de mixité présentiel/distanciel). Ce développement suppose également une articulation avec les territoires et leurs besoins. Cette articulation entre l’offre et les territoires (et la demande susceptible de s’y faire jour) se décline nécessairement par une convergence des politiques publiques engagées sur les territoires considérés, et plus précisément par un partenariat entre décideurs ayant compétence sur le champ de la formation professionnelle, l’Etat et de plus en plus la Région. Elle se double de partenariats opérationnels entre offreurs de formation susceptibles d’apporter des réponses sur le terrain local. L’expérience présentée ici constitue un exemple de cette approche.

Avant d’aborder cette question du partenariat à l’échelle du territoire, quelques mots sur l’ingénierie globale dans laquelle elle s’inscrit, à savoir celle des Points d’accès à la téléformation (P@T).

En 2002, l’Etat lance, dans le cadre d’un programme , une initiative nouvelle qui vise à mettre en œuvre un réseau de points d’accès à la téléformation . Ces points sont des lieux équipés, animés par un accompagnateur-relais afin de permettre à toute personne de réaliser un cursus de formation à distance. Ce programme vient en complémentarité des dispositifs existants, ce qui signifie que les publics ne sont pas "recrutés" par le P@T. Ils y sont accueillis suite à une prescription de formation leur donnant un statut de stagiaires de la formation professionnelle ou de salariés en formation, issu des dispositifs de formation de droit commun. L’objectif est de développer un réseau de plusieurs centaines de P@T sur le territoire national. Fin janvier 2004, en dépit d’un déploiement plus lent que prévu, en raison du contexte actuel (incertitudes liées aux décisions de régionalisation et gels budgétaires), le programme se déploie sur 17 régions, 149 P@T sont en activité, ils ont formé environ 10 000 personnes sur l’année 2003.

L’expérience développée en Aquitaine

L’intervenante de cet atelier, Hélène Khoury, en charge de ce dossier au Conseil Régional d’Aquitaine, a présenté l’approche adoptée par la Région dans cette double perspective de développement de lieux d’accès et de modernisation de l’offre de formation.

Quatre aspects caractéristiques de cette approche ont ainsi été soulignés successivement : un réel partenariat politique et financier entre l’Etat et la Région, une stratégie d’actions partagées, la construction d’une offre de formation diversifiée, et le souci d’initier une animation régionale du programme.

Le partenariat entre l’Etat et la Région s’est progressivement concrétisé au fil de différentes étapes ces deux dernières années. L’élaboration du plan d’action régional de développement de la FOAD, en concertation avec les acteurs régionaux dans le but de favoriser l’accès à la formation et à l’emploi des publics les plus défavorisés et les plus éloignés de la formation a constitué la première étape. Ont ensuite suivi, la création d’un comité de pilotage, instance d’orientation et de décision en charge de la mise en œuvre du plan d’action, puis l’agrément de deux groupements partenariaux visant à mutualiser l’offre de FOAD. Un réseau de 22 points d’accès à la téléformation a ensuite été labellisé. Cette phase de construction a donné lieu à la signature d’une convention régionale le 4 décembre 2002 par le Préfet de Région et le Président du Conseil régional, preuve manifeste de l’ancrage de ce partenariat entre l’Etat et la Région.

Au plan opérationnel, ce partenariat s’est traduit par une stratégie d’actions partagées où l’Etat et la Région ont cherché à articuler leurs contributions dans un souci de complémentarité et donc d’efficacité.



Du côté de la DRTEFP, le financement complémentaire apporté par le programme FORE a été considéré comme un levier permettant la mobilisation d’autres initiatives et financements. Le Service Public de l’Emploi (SPE) a ainsi été mobilisé pour créer le lien avec le programme globalisé conduit au plan régional. La contribution du Conseil Régional s’est traduite par plusieurs formes de soutien : en faisant bénéficier les P@T du schéma régional du haut débit 2003 ; en contribuant à la création et à l’animation de l’espace régional d’échanges et de service (portail P@T régional) ; en finançant des équipements complémentaires nécessaire au bon fonctionnement des P@T et en soutenant la professionnalisation des acteurs du dispositif. Parallèlement, un lien a été établi entre cette initiative centrée sur l’accès et le plan régional de formation.

La recherche d’un maillage territorial cohérent en relation avec l’ambition du programme a permis de structurer un réseau de 22 P@T, portés par deux groupement partenariaux, pilotés par deux organismes différents, mais qui sont membres, chacun, des deux groupements partenariaux. L’implantation des points a été décidée conjointement par l’Etat et la Région, sur proposition du SPE et des chargés de mission territoriaux du Conseil régional.

Au plan de l’offre de formation, la proposition d’une offre diversifiée a naturellement été recherchée. 26 organismes de formation partenaires des deux groupements partenariaux proposent ainsi plus de 500 modules intégrables dans des parcours de formation, accessibles depuis chacun des P@T aquitains. Le point remarquable de l’approche proposée dans cette région est la volonté de constituer une offre regroupée de FOAD, accessible en tous points du territoire.

La conduite d’un programme de ce type nécessite une fonction d’animation régionale structurée. Pilotée par la Région, cette animation s’est dotée de plusieurs outils de communication interne et de coopération interne.

Un support central de communication sur le web, http://aquitaine.espace-pat.org, a ainsi été développé en collaboration avec Algora, sur le modèle de l’espace portail national (www.espace-pat.org). Ce support comprend en fait deux types d’espaces. Un espace public propose une cartographie, un référencement de l’offre de formation (FOAD) régionale, des informations et des actualités. Un espace privé, réservé (Intranet), au service des différents groupes d’acteurs impliqués dans le programme (décideurs publics, groupement partenariaux, formateurs, accompagnateurs-relais), permet de mettre à jour l’espace public, et de développer des outils de travail partagés. Cet site a été présenté et ouvert à l’occasion de le dernière Université d’Eté de la communication tenue à Hourtin en septembre 2003.

Les points clés et les interrogations

En conclusion de sa présentation, Hélène Khouri a mis l’accent sur ce qu’elle considère comme les trois facteurs principaux de réussite.

Le premier point clé est le portage politique fort du programme, proposant aux acteurs un horizon d’action dans un cadre suffisamment ferme pour qu’ils engagent des évolutions de leurs pratiques à moyen terme. Dans le contexte aquitain, cela s’est traduit, on l’a vu, par la signature de la convention entre le président de la Région et le préfet de Région, l’animation régionale d’un dispositif partagé, la mise en place d’un comité de pilotage décisionnel, une liaison organisée avec le niveau local. La promotion volontariste d’une coopération entre les groupements partenariaux qui mutualisent l’offre de formation sur l’ensemble des Points d’accès à la téléformation constitue le second point clé. Dans les faits, chaque pilote participe au groupement partenarial de l’autre pilote, et l’ensemble de l’offre est effectivement disponible sur l’ensemble des lieux. La recherche d’une diversification de l’offre proposée par les 26 organismes de formation impliqués dans le dispositif (GRETA, AFPA, INSUP, etc.) forme le troisième facteur de réussite. Elle est complétée par la diversité des organismes qui portent logistiquement les P@T (APP, Communauté de communes, CCI, club informatique), qui témoignent de leur intégration au sein des territoires.

Dans la discussion, générée par la présentation de cette expérience, les participants à l’atelier ont posé un certain nombre de questions, auxquelles Hélène Khouri a pu répondre sur la base de l’expérience menée en Aquitaine. Ces questions concernaient trois aspects souvent perçus comme problématiques dans le développement de la formation ouverte et à distance.

Les interrogations sur les contraintes légales et réglementaires ont ainsi été abordées, en particulier la question de la possibilité de comptabiliser ou non les temps de formation éventuellement réalisés à domicile. Dans le contexte aquitain, cette hypothèse ne s’est pas encore traduite concrètement, mais ne semble a priori pas poser de problème particulier. Cette modalité de travail n’est en tous cas pas du tout exclue. La seconde problématique abordée portait sur la capacité des organismes de formation à proposer une offre de FOAD, les participants s’interrogeant sur les compétences requises, les changements d’organisation au sein des centres, la nécessité de procédures d’accompagnement et de formations de formateurs. Dans l’expérience aquitaine, le Conseil Régional a soutenu différentes démarches portées par les organismes visant à professionnaliser la mise à distance de leur offre de formation (appui à l’usage de ressources déjà construites, professionnalisation des acteurs). Le troisième type d’interrogation concernait les outils logiciels facilitant la gestion et la conduite de la formation à distance, autrement dit le choix de la ou des plate-formes de téléformation. Dans le cas aquitain , le choix a clairement été fait de ne pas promouvoir une plate-forme unique à l’échelle régionale. Les plate-formes - qu’elles concernent uniquement la gestion (LMS) ou la gestion et les contenus (LCMS) - relèvent de la compétence des groupements partenariaux et sont dans les faits gérées par les pilotes de ces groupements.

Philippe Morin, philippe.morin@algora.org

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