Il a rassemblé plus de 400 participants issus des divers mondes de la formation : l’enseignement agricole, la formation continue des demandeurs d’emploi et des salariés d’entreprises, l’enseignement initial de l’Education nationale, l’université côté enseignants et côté étudiants. Etaient également présents les institutions publiques et les ateurs régionaux. Créer un dialogue entre chercheurs et praticiens constituait une des ambitions de ce colloque : la centaine de contributions retenues dans les ateliers a permis de croiser les regards des uns et des autres. Différents temps ont rythmé ces trois journées : conférences, ateliers, échanges informels, exposition. Le premier, celui des plénières pour les conférences, les tables rondes et les synthèses des travaux d’ateliers. Quatre conférences, correspondant à quatre regards sur l’état de l’art aujourd’hui ont permis de lancer et d’étayer la réflexion collective.
Philippe Carré (Paris X) dans sa conférence introductive a rappelé des éléments du contexte sociétal dans lequel se situait le colloque. Depuis le livre blanc de 1995 de la communauté européenne, qui invite "au passage à une société susceptible d’investir dans l’intelligence" en passant par le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000, engageant les pays de l’Union à devenir "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde." Cette nouvelle foi dans la connaissance est affirmée par toutes les institutions internationales (Unesco, Conseil de l’Europe, ...). Aujourd’hui les tensions économiques et l’injonction permanente au développement des compétences entraînent chaque personne à démontrer sa capacité à apprendre et à apprendre par soi-même. Il a ensuite présenté le "chaînon manquant" qui permettrait une mise en oeuvre effective de cette nouvelle ambition : le concept d’apprenance "ensemble stable de dispositions affectives, cognitives et conatives, favorables à l’acte d’apprendre, ..." Toute action de formation doit créer les conditions qui développent chez la personne une attitude d’apprenant permanent, compétent et autonome.
Sandra Bellier (université de Genève) a traité du désir d’apprendre et des moyens de le développer dans les organisations au travers d’exemples issus de pratiques d’entreprises. Il semble bien difficle d’établir des constats et a fortiori des principes généraux. Selon les contextes, les expériences ont conduit à des échecs ou à des réussites. Il ressort de ces observations que le désir d’apprendre d’une personne relève d’une conjugaison de facteurs : la réalité individuelle contextualisée dans l’organisation du travail, le mode de management et les formes de traitement de l’information.
Martin Good (président de Cambridge Training and Development) a tenté de répondre à la question de savoir si les technologies de la communication facilitent les apprentissages économiques. De façon très pragmatique, les réponses qu’il a données, issues d’une longue expérience (les premiers outils qu’il a développés datent de 1992), s’appuient systématiquent sur une analyse et une réflexion sur les usages des outils de communication par les publics concernés. Il a invité chacun à s’interroger sur la technologie utilisée (PC, Ipod, téléphone portable, ...), la valeur, le design et la qualité du média, la volonté de contrôle ou de liberté accrue de l’apprenant. Il a démontré que l’important dans ce domaine était avant tout de faire des choix étayés, les différentes technologies utilisées ayant chacune leur légitimité en fonction des objectifs assignés. Il a conclu sur un clin d’oeil en soulignant l’importance de développer une "addiction à apprendre."
Albert Bandura (université de Stanford, Californie) a explicité une partie des résultats de ses recherches sur le concept de l’agentivité humaine. "Etre un agent, c’est influencer sa façon de fonctionner et les événements qui affectent sa vie. Dans cette vision, les gens sont les contributeurs actifs à leurs circonstances de vie et non des produits des circonstances." Parmi les caractéristiques majeures de l’agentivité humaine, il y a "l’intentionnalité : formuler des intentions et des stratégies pour les mettre en oeuvre. L’anticipation temporelle en est une autre : les individus doivent se fixer des buts et anticiper des résultats qui vont servir pour guider et motiver les efforts. Les anticipations par la pensée donnent la signification, la cohérence et le sens aux actions de chacun." Par l’autorégulation, les gens suivent leurs actions, leur apportent un sens et leur donnent une valeur. En agissant comme des agents, les individus apportent des contributions à ce qui arrive, ils agissent sur leur vie, ils agissent sur la société. Albert Bandura au travers de ses travaux a démontré que l’agentivité est une composante de la nature humaine quel que soit la culture considérée. Son approche humaniste ouvre tout un champ d’interrogation et de réflexion, en particulier aux mondes de la formation.
Le second temps rythmant ce colloque était celui des ateliers : douze le jeudi, onze le vendredi. Chaque participant a été invité à chercher son atelier dans les différents espaces du complexe agricole, muni d’un plan, outil précieux pour se trouver au bon endroit au moment voulu. Quatre interventions à chaque fois, classées selon trois thématiques (méthodes, techniques et outils des apprentissages autonomes ; une organisation pédagogique facilitante), alternant des interventions de chercheurs et de praticiens. Le nombre de participants était variable, entre 10 et 50, en fonction des ateliers, le choix de chacun ayant été guidé par la lecture préalable des contributions, toutes accessibles sur le site Internet du colloque depuis mi-avril : http://www.enfa.fr/autoformation. Le jeu des questions/réponses, la possibilité pour les auditeurs d’apporter des témoignages complémentaires, ont fait de ce moment celui du dialogue, de l’échange et du questionnement partagé.
Un premier consensus ressort de la majorité des contributions de recherche ou de présentation de pratiques : l’autoformation doit être accompagnée, cet accompagnement fixe, pour l’apprenant, un cadre et instaure une relation et une posture. Elle repose sur une logique individuelle, développe la prise d’initiative par rapport à un environnement et un changement de regard de la personne sur elle-même. Elle repose également sur une logique collective, on apprend à s’autoformer (apprendre à apprendre), on s’autoforme dans le partage, on apprend de l’autre et avec l’autre. Au hasard des contributions, mais représentative de la tendance observée dan ce colloque, celle de l’apprentissage de l’anglais à l’Ecole Nationale Supérieure en Génie des Systèmes Industriels (Institut National Polytechnique de Lorraine). Au cours des trois années de formation du cycle d’ingénieurs, aucun cours classique n’est proposé, mais une plage de quatre heures hebdomadaire est réservée aux langues. Tout l’apprentissage est réalisé en autonomie. Au cours de la dernière année, il est demandé aux étudiants de concevoir, seul ou en groupe, un "projet d’apprentissage durable". L’objectif est d’évaluer la capacité des étudiants à formaliser un projet d’apprentissage en prenant en compte les dimensions humaines, techniques et organisationnelles. Les étudiants ne sont pas livrés à eux-mêmes, ils bénéficient d’un accompagnement sous forme d’entretiens bimensuels avec le responsable de langues, plus si nécessaire. La mise en pratique de cette option radicale a permis de mieux identifier les difficultés rencontrées par les étudiants. Aujourd’hui le dispositif a été évalué et adapté. Il propose moins d’auto-apprentissage en jouant sur la complémentarité des différents modes pédagogiques. C’est la condition qui permet un apprentissage plus autonome.
Autre temps, autre espace : celui de la galerie exposition dans laquelle ont été présentés et/ou montrés des réalisations, des dispositifs, des produits. Dans ce cadre, le FAFSEA a mis en valeur les ressources pédagogiques multimédias réalisées dans le cadre de SACES, pendant que l’équipe du GRETA GEFORME 93 et d’ALGORA faisaient découvrir le site Apprendre à apprendre (http://www.apprendre-a-apprendre.eu). Signe de l’intérêt soulevé, il était difficile de circuler dans l’espace dédié aux différents stands et de tout voir sereinement.
Comme souvent dans ce type de manifestation, il était impossible de tout suivre, d’être partout à la fois, de pouvoir participer à tous les ateliers. Aujourd’hui cependant, l’apport des technologies de la communication permet d’ores et déjà, à ceux qui le souhaitent, d’accéder à l’ensemble des contributions des ateliers et du contenu des conférences, (site www.enfa.fr).
Le nombre et surtout la diversité des participants comme des contributeurs montrent l’actualité du sujet des apprentissages autonomes. Ils démontrent l’urgence à développer réflexions et pratiques. Les journées de Toulouse ont constitué un moment fort d’échanges et de réflexion collective. Elles ont été l’occasion d’un dialogue entre les différents "mondes" de l’éducation et de la formation comme avec celui des institutions présentes (Etat, région, entreprise, ...).
Au regard des premiers retours à chaud, les conférences ont été, malgré la qualité des intervenants, appréciées de façon relative (côté convenu de la formule, difficulté à instaurer un débat permettant l’expression des participants), alors que les ateliers ont été davantage plébiscités. Par rapport au précédent colloque, les contributions proposées étaient plus importantes en nombre et, pour la majorité d’entre elles, de bonne qualité. A noter également qu’un certain nombre de praticiens ont "basculé" du côté de la recherche. Ce qui tend à prouver que ces "mondes" ne sont pas étanches et se nourrissent l’un de l’autre. C’est l’esprit de ces colloques depuis l’origine, ...dans l’attente de la prochaine édition.
































