Les temps de vie des femmes et des hommes diffèrent au point de peser de plus en plus sur les premières, ce qui pénalise leur carrière professionnelle. Le travail des femmes est porteur de richesses et constitue un puissant facteur de croissance en suscitant et en répondant à la création de besoins, d’activités et d’emplois. Il est un phénomène irréversible puisque les femmes sont de plus en plus nombreuses à être à la fois mère et travailleuse, ce dans l’ensemble des pays européens. Or aujourd’hui l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle demeure le plus souvent de la seule responsabilité des femmes. Les inégalités qui touchent les femmes en matière de formation professionnelle et de culture technologique (TIC) pourraient être résorbées si une plus grande attention était portée à l’organisation de leur temps ainsi qu’à celui des hommes.
Des inégalités en matière de formation professionnelle
Les inégalités d’accès des femmes salariées à la formation continue reflètent leurs niveaux de qualification et leurs conditions familiales.
Le niveau de qualification est le principal vecteur de l’accès à la formation continue.
Les taux d’accès à la formation des femmes cadres ou exerçant des professions intermédiaires sont proches de ceux des hommes de mêmes catégories, voire supérieurs car elles travaillent plus souvent dans le secteur public (45% des salariés du public accèdent à la formation continue contre 31% dans le privé). En revanche, les employées et les ouvrières, nombreuses à exercer des emplois à temps partiel dans le privé, accèdent moins que leurs homologues masculins à la formation. Les femmes pâtissent du désavantageux cocktail "faible qualification, temps partiel, faible accès à la formation".
Les contraintes familiales accentuent les disparités entre les hommes et les femmes.
Lorsqu’elles ont des enfants en bas-âge, les femmes se forment moins que les hommes et d’autant moins qu’elles sont peu qualifiées.
Du fait du temps consacré aux tâches domestiques et aux enfants, l’emploi du temps féminin suppose une organisation sans faille, que le moindre changement peut venir enrayer.
20% des femmes salariées sont amenées à réorganiser leur vie personnelle afin de suivre une formation, contre 14% des hommes salariés.
Par ailleurs, les temps de formation instaurent une division entre les femmes : les femmes cadres disposent de revenus qui facilitent les réorganisations et trouvent les moyens d’ajuster leur emploi du temps pour se former, au contraire des employées et surtout des ouvrières.
La réduction du temps de travail a pu laisser penser à de nouvelles organisations du temps. Ainsi le temps dégagé est apparu à beaucoup comme un espace prêt à accueillir la formation. Il n’en est rien pour les femmes, qui en affectent une partie à l’entretien du ménage.
Si l’on considère que les tâches domestiques et la vie familiale sont du domaine quasi-exclusivement féminin et que la libération du temps permet de s’y consacrer davantage, il est permis de redouter un effet que l’on qualifie communément de "pervers" de la RTT dont la conséquence directe est de renforcer les inégalités dans le partage des tâches ménagères et de ruiner toute possibilité de progression. Cette vision traditionnelle constitue un obstacle infranchissable à toute volonté d’évolution vers l’égalité hommes/femmes.
Confinés dans ces schémas, ni les femmes, ni les hommes ne peuvent en briser les contours. C’est la raison pour laquelle, des services et des formations sont proposés dans plusieurs projets du programme EQUAL sur la conciliation des temps de vie (http://www.olimpe.travail.gouv.fr/) s’adressant aussi bien aux femmes qu’aux hommes résolument en rupture avec cette vision traditionnelle de la répartition des rôles entre les femmes et les hommes.
Quant aux femmes les moins qualifiées, elles se retrouvent particulièrement lésées par le calendrier de la formation continue. En effet, la polarisation de la formation continue sur une période de la vie (25-40 ans) chargée en contraintes familiales, entrave leurs perspectives de carrière, voire leur possibilité de maintien en emploi.
De plus, l’offre de formation reste traditionnelle et souvent peu adaptée à la situation du public féminin (manque de lieux d’écoute, d’informations pour accéder aux droits et aux aides de proximité : services administratifs, garde d’enfants…).
Pour réduire les inégalités, il faut donc penser la formation continue dans son rapport à tous les temps : temps de travail effectif, temps de transport, temps domestique. Les frontières s’estompent entre temps de travail, temps de formation et temps personnel. Le temps de formation va s’inscrire dans les temps sociaux et ainsi de nouvelles perspectives s’ouvrent : la formation tout au long de la vie.
La FOAD, par son caractère d’ouverture et son accès à distance, synchrone ou asynchrone, peut donc être utilisé comme une modalité pertinente dans ce cas. A l’AFPA par exemple, le taux de femmes suivant une formation à distance est deux fois supérieur à celui des hommes.
Les nouvelles modalités de formation peuvent contribuer à une meilleure articulation des temps de vie familiale et professionnelle. Pour cette raison elles seront utilisées dans le projet Cityctac-tactic (responsable du projet : Algora ; partenaires : Monoprix, Ceefia, Arborus) du programme Equal : un module de sensibilisation aux TIC et à l’articulation des temps de vie, accessible par Internet est en cours de réalisation pour les formateurs, accompagnateurs et leurs apprenants.
Mais si la FOAD peut contribuer à une meilleure articulation des temps notamment dans le travail et la formation, elle nécessite une appropriation des TIC et amène à se poser la question du rapport qu’entretiennent les femmes avec les technologies ?
Des inégalités en matière de TIC
Partout dans le monde, au travail comme à la maison, les femmes accèdent plus difficilement que les hommes aux technologies de l’information et de la communication. Certaines d’entre elles, les plus âgées, les moins qualifiées, celles qui vivent dans des zones rurales - risquent même d’être exclues de la société de l’information si on n’y prend garde.
Une étude française récente (2003) commandée par le ministère délégué à la recherche et aux nouvelles technologies sur "les femmes et Internet" souligne l’existence de freins mentaux à l’utilisation d’Internet chez les femmes. Internet est un univers dont l’imaginaire a été probablement insuffisamment nourri pour attirer les femmes.
La question du temps est peu souvent abordée. Pourtant le travail avec les TIC exige une gestion du temps de plus en plus délicate et les temps d’apprentissage sont souvent sous estimés. On s’aperçoit que le manque de temps est une des causes de non- investissement des femmes dans les TIC.
Ceci est vérifié par un rapport canadien de la Womenspace Association de février 2003 précisant que parmi les raisons qui expliquent que les femmes ont moins accès aux TIC on trouve :
- le manque de temps pour s’investir dans les nouvelles technologies et leur habitude à accorder la priorité aux autres ;
- une grande résistance au changement car beaucoup d’entre elles ne perçoivent pas l’intérêt et le potentiel des TIC.
Mais une fois convaincues, les femmes qui utilisent régulièrement Internet insistent sur le fait que :
- les TIC sont des outils qui permettent de faire progresser l’égalité des femmes avec la possibilité d’être mieux informées, plus rapidement, de créer des communautés de partage d’expériences ;
- le commerce électronique représente un potentiel important notamment en permettant aux zones rurales d’écouler plus facilement leurs produits ;
- le télétravail est une solution pour aider les femmes à concilier vie professionnelle et vie familiale.
Une autre exclusion existe qui se traduit par la place des femmes dans les métiers liés aux TIC. La sous représentation des femmes dans le secteur professionnel des TIC peut s’expliquer par :
- les déséquilibres dans l’éducation et la formation ;
- les conditions de travail défavorables aux femmes ;
- des carrières professionnelles avantageuses pour les hommes ;
- des facteurs culturels renforçant l’image masculine de l’informatique ;
- un biais lié au genre dans la conception des systèmes informatiques.
Mesures, propositions et moyens mis en œuvre pour lutter contre ces inégalités
Pour faire avancer la situation des femmes en France deux propositions avaient été émises dans un rapport rédigé par la France et remis aux Nations Unies en 1999 : un programme de formations ouvertes pour les femmes du milieu rural et une attention spécifique de l’application de la VAE aux femmes.
Le rapport 2002 du groupe de travail du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle du Ministère de l’Emploi et de la solidarité présente quelques propositions :
- prévoir une campagne nationale de communication faisant le lien entre formation continue et égalité professionnelle visant les branches, les entreprises, les salariés ;
- permettre aux hommes et femmes salariés ayant des enfants à charge de consacrer 10% des heures de formation au travail personnel ;
- inciter au développement de nouvelles modalités de formation qui permettent une plus grande souplesse des rythmes et un rapprochement lieu de travail-lieu de formation. L’utilisation des nouvelles technologies, la prise en compte des situations de travail, le développement de sites de proximité pourraient en particulier pour les PME, contribuer à résoudre les problèmes liés au remplacement des salariés en formation, et pour les femmes à minimiser ceux liées à leurs contraintes temporelles.
Aujourd’hui le gouvernement français propose de :
- renforcer l’offre publique de formation à distance dans les lieux de proximité (EPN, P@T…) ;
- former les femmes à l’Internet (généralisation du Passeport pour l’Internet et le Multimédia), promouvoir le B2iFC GRETA auprès des femmes salariées ou non qui peut être préparé durant le congé de maternité ou parental dans la perspective d’une meilleure intégration professionnelle ultérieure ;
- des actions en faveur du télétravail (notamment un soutien aux centres de télétravail en milieu rural) ;
- appliquer la loi sur l’égalité professionnelle.
Ces propositions peuvent sembler insuffisantes, peu lisibles, peu affirmées et insuffisamment médiatisées. Cependant elle existent et témoignent de la prise en compte par les politiques de ces problèmes d’inégalité de genre. L’Europe sur ce sujet est certainement motrice et ce depuis 1995, date du programme d’action. En 1998 le choix du thème "Femmes et prise de décision", en 1999 celui de "violence contre les femmes" et "femmes dans l’économie", en 2000 "articulation des temps de vie" ainsi que l’élaboration de neuf indicateurs permettant de mesurer les progrès sur ces thèmes contribueront à améliorer la situation des femmes.
Quelques références
- Hommes et femmes salariés face à la formation continue : des inégalités d’accès qui reflètent les niveaux de qualification et les conditions familiales
(Christine Fournier - Céreq - Céreq Bref n° 179 octobre 2001) - Femmes-Hommes : quelle égalité professionnelle ?
(Rapport au Premier ministre - Catherine Génisson, Paris : La Documentation française, 1999, 96 p.) - L’accès des femmes salariées à la formation continue et leur carrière
(Rapport du groupe de travail Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, Ministère de l’Emploi et de la Solidarité, Ghislaine de Cidrac, Christine Fournier.- Paris : La Documentation française, 2002
































