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Formation ouverte et à distance en Nord-Pas-de-Calais

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Signe d’une synergie d’efforts assez exemplaire en matière de coopération Etat/Région, c’est conjointement que la DRTEFP et le Conseil régional ont organisé une journée régionale de la FOAD en Nord-Pas-de-Calais (Lille, 18 novembre). L’occasion de témoigner de l’ancienneté de l’engagement de la région en matière de modalités innovantes de formation, de présenter les projets en cours et d’échanger sur les perspectives.

 Une longue histoire...

« La FOAD a une longue histoire en Nord-Pas-de-Calais », a d’abord rappelé Pascal Lardeur, directeur de la formation permanente au Conseil régional, qui remonte à « 1989 avec les premiers contrats de plan ». De par ses caractéristiques, « la FOAD », souligne-t-il, « est très certainement une des pistes majeures de la démocratisation des savoirs et de l’accès à la formation pour tous dans la société de la connaissance ». Un sentiment partagé par Myriam Arquisch, chargée de mission à la DRTEFP, qui tout en soulignant le bon fonctionnement du comité de pilotage régional, décrit la thématique FOAD une opportunité « d’activités à développer, de nouveaux métiers et de nouvelles compétences ».
Une opportunité qui dépasse d’ailleurs le seul champ de la formation professionnelle à la faveur d’incursions sur le terrain de la société apprenante, à l’instar des « learning center », réseau d’accès aux savoirs en cours de constitution décrits par Arnaud Fréville, directeur de la Drestic (Conseil régional), qui consacre les bibliothèques comme des « lieux d’information et de formation », ouvert à tout public, constitués sur la base de spécialisations thématiques.

 Une présence réelle mais peu connue

Mais si l’exposé des différentes initiatives témoigne de l’existence d’une stratégie territoriale et d’un réel souci d’acculturation de la région aux TIC et aux nouvelles modalités de formation, il n’en reste pas moins que ce volontarisme se heurte encore à une relative pauvreté d’usage soulignée par la plupart des intervenants. Ainsi, de Gilles Duflos, responsable du service régional de contrôle de la formation à la DRTEFP, qui s’inquiète du très faible nombre de FOAD constatées lors des contrôles et regrette que les supposées contraintes réglementaires puissent être à l’origine de cette faible dissémination. D’où la création par ses services d’un guide portant sur la « Traçabilité des actions de formation ouverte et à distance » , réalisé à la demande du Conseil régional et de la DRTEFP, en collaboration avec le C2RP, des OPCA et des organismes de formation . « Il s’agit », explique-t-il, « de rendre plus lisible la FOAD, notamment à l’égard des services de contrôle », en rappelant qu’en l’absence de « réglementation spécifique », le « faisceau d’indices » suffit à prouver la réalité des actions de formation ouverte et/ou à distance. Un rappel du droit commun, comme l’avait fait en son temps la circulaire DGEFP 2001-22 du 20 juillet 2001, auquel s’ajoute des « modèles et processus types » (convention de formation, protocole individuel de FOAD valant contrat de formation professionnelle, protocole individuel de FOAD dans le cadre d’une convention de formation professionnelle, etc.) que les acteurs de la formation ouverte et à distance sont invités à utiliser afin de s’inscrire dans une « culture commune ». Un pas positif mais partiel car, ainsi que le fait remarquer Joëlle Dehaynin, conseillère en formation de l’Agefos-Pme Nord Picardie, « le principal problème de la FOAD, ce serait plutôt les financements, y compris en ce qui concerne l’ingénierie ».

Toujours en matière de réglementation, il faut également citer la question de la propriété intellectuelle, qui continue d’inquiéter et/ou freiner bon nombre d’acteurs. Mais là aussi, rappela Sandrine Poittevin, avocate associée au C2RP dans le cadre d’un service de questions/réponses juridiques, « c’est plus une méconnaissance générale du droit d’auteur dans le monde de la formation que l’absence d’une réglementation spécifique » qui pose problème. Reconnaissant toutefois que les règles de la propriété intellectuelle peuvent manquer de souplesse eu égard aux spécificités de la FOAD (reprise fréquente de matériaux existants, mass diffusion via internet, …), Sandrine Poittevin invite à s’intéresser aux licences « Creative Commmons » , inspirées du monde du logiciel libre et qui permettent aux titulaires de droits d’adopter des « contrats flexibles » pour la diffusion de leurs créations.

 Exemples de pratiques

S’agissant des nombreuses pratiques de FOAD observées en Nord-Pas-de-Calais, on citera le brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BP REA) du CFA de Genech, qui montre que la technologie n’est pas forcément l’élément déterminant d’un enseignement à distance. Ainsi que l’explique Stéphane Bailliet, directeur délégué du CFA, « le BP REA concerne un public très spécifique qui a nécessité beaucoup d’adaptation et de pragmatisme ». Aussi trouve-t-on plus de « valisettes de documents écrits, extrêmement individualisés en fonction du profil » que de solutions « en ligne ». Comme le précise Daniel Poisson, chercheur au CUEEP de l’université des sciences et technologies de Lille , il s’agissait d’avoir « un dispositif inscrit dans le réel » : il faut être capable de « partir d’une logique de service, c’est-à-dire des besoins de l’apprenant ». Un projet tel que le BP REA, poursuit-il, « montre l’importance de la médiation et de l’accompagnement du projet professionnel de l’apprenant », ce qui n’est pas sans effet sur le métier de formateur. Celui-ci est à la fois « concepteur et inventeur du dispositif », d’où l’importance des capacités d’ingénierie, et « entraîneur/accompagnateur », chargé « d’aider l’apprenant à gagner en autonomie ». Et attention, celle-ci n’est « pas un pré-requis mais un processus », d’où l’importance de la notion d’ « environnement accompagné », qui différencie les FOAD des « situations d’autodidaxie ».
Une spécificité du métier de formateur en FOAD, donc, qui plaide pour l’utilité de formations ad hoc, à l’instar du diplôme universitaire de formateur d’adultes (DUFA), proposé en partie en FOAD depuis 2003 par l’université de Lille I et Lille III. Ceci, dans l’objectif, comme le précise Michel Loonis, responsable du DUFA à Lille I, « non pas seulement de mettre le DUFA à distance mais bien d’apporter une nouvelle compétence en matière de conception et conduite d’actions de FOAD ».

Des actions de FOAD somme toute assez nombreuses en Nord-Pas-de-Calais mais peut-être ni assez structurées, ni assez connues pour émerger de façon significative. D’où l’intérêt des initiatives destinées à améliorer la lisibilité de l’offre, comme le « répertoire de l’offre FOAD en Nord-Pas-de-Calais » en cours de création sur financement Etat/Région, ou la « base coopérative », en cours de développement dans le cadre du Réseau Régional de Ressources Pédagogiques. Une base qui, précise Yves Obré, directeur du C2RP, devrait ouvrir au printemps 2008 et permettre à dix réseaux régionaux d’apporter leur « expertise sur des ressources repérées en mutualisation ». Ceci, en interconnexion avec la base coopérative de ressources pédagogiques (BCRP) nationale co-développée par le Centre INFFO, l’Enesad-Cnerta, le CNR-Education Nationale et Inffolor.

Des perspectives encourageantes qui n’empêchent pas de constater par ailleurs que, selon les termes de Stéphane Bailliet, « la FOAD reste une frémissement ». Et d’insister, « il y a un consensus sur la nécessité des FOAD mais il manque un collectif régional, départemental ou national pour sécuriser les nouveaux acteurs. Il faut que les organismes de formation et les partenaires soient plus clairs sur les financements, les statuts et les objectifs à cinq ans ». Un sentiment partagé par l’assistance, invitée par Philippe Morin, consultant animateur de cette journée, à prendre en compte « les temporalités longues et les stratégies économiques complexes de la FOAD. »

Contact : www.c2rp.fr

Nicolas Deguerry

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