Pour favoriser le développement “des formations, des compétences et des emplois” dans les TPE et PME, la Région Lorraine a signé le 8 juin un contrat d’objectifs partenarial avec la CGPME, l’Agefos-PME et l’Agefa-PME. Hélène Bénabent explique les attentes du Conseil régional.
Inffo Flash : Qu’est-ce qui a motivé la signature d’un contrat d’objectifs partenarial entre une Région et des organismes interprofessionnels en dehors du PRDF ?
Hélène Bénabent : Dans la suite des orientations définies par la Région au travers de son plan régional de développement des formations professionnelles voté en 2005, le Conseil régional élabore des contrats d’objectifs avec les professionnels ou interprofessionnels, afin de prendre en compte les spécificités de chacun. À l’occasion des travaux de préparation du PRDF, la CGPME Lorraine avait mis l’accent sur la nécessité de conduire des actions vers les TPE et les PME, soulignant le poids de ces entreprises dans l’économie régionale, l’emploi et la structuration des territoires, afin de répondre sur un plan interprofessionnel et territorial à leurs besoins spécifiques et à la situation particulière de leurs salariés.
En effet, le contexte économique des entreprises régionales est de plus en plus changeant : évolution des technologies, contraintes réglementaires, mondialisation et délocalisations liées à la concurrence, mais aussi évolution démographique, nécessitant d’accompagner particulièrement les TPE et PME. De plus, les demandeurs d’emploi sont nombreux (près de 80 000) et les chômeurs de longue durée sont de plus en plus éloignés du marché du travail, alors que les entreprises recherchent avec difficulté les collaborateurs qui leur manquent. À cela s’ajoute le fait que la moitié de nos chefs d’entreprise vont partir à la retraite dans une dizaine d’années. Il nous faut donc préparer l’avenir.
C’est pourquoi, les signataires du contrat (voir encadré), ont décidé de s’engager ensemble sur des objectifs partagés et cohérents (dans le cadre de la formation tout au long de la vie) pour le développement des formations, des compétences et des emplois en faveur des TPE et PME et de leurs salariés.
D’autres contrats d’objectifs dans d’autres domaines sectoriels sont en préparation ou seront bientôt signés : la branche propreté (4 juillet), les transports-logistiques, l’industrie, le BTP, etc.
Inffo Flash : Quels sont les principaux axes d’intervention de ce partenariat ? Comment entendez-vous les mettre en œuvre ?
Hélène Bénabent : Quatre axes d’intervention sont définis pour la période 2007-2009.
Il s’agit, d’abord, d’anticiper les besoins en compétences des TPE et des PME, par des actions d’information et de communication, particulièrement auprès des jeunes, pour renforcer la connaissance et l’attractivité de ces entreprises, de leurs métiers et les dispositifs pour y accéder. Nous voulons mettre en synergie des actions au niveau de l’apprentissage et des contrats de professionnalisation. Au niveau territorial, nous souhaitons faire émerger des besoins en qualification et en formation et trouver des réponses aux questions liées à la gestion des transitions professionnelles (anticipation des questions de reconversion). Il nous faudra donc adapter l’offre de formation et définir les actions à mettre en œuvre par les différents partenaires. Une des originalités de notre région est la mise en place de la carte des formations professionnelles avec le Rectorat et l’ensemble des acteurs du monde économique, suite à une concertation au niveau des territoires afin de déterminer les besoins en formation. Nous allons également travailler à une complémentarité entre l’ensemble des actions que nous menons au niveau du Conseil régional en direction des jeunes, ceux en formation initiale sous statut scolaire, et ceux en contrat d’apprentissage ou en contrat de professionnalisation.
Le second axe du contrat d’objectifs consiste à développer au sein des toutes petites et moyennes entreprises une approche globale de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). Nous souhaitons que celle-ci soit élaborée en vue de l’adaptation de ces entreprises aux évolutions actuelles. Notre souhait est de parvenir à élaborer des dispositifs de plans de formation dans ces entreprises ou des dispositifs interentreprises qui permettent de proposer des actions de formation (groupées) sur des territoires. Il nous faut également poursuivre et renforcer les actions de tutorat en entreprise existantes. La Région et ses partenaires entendent également favoriser la promotion sociale et encourager le développement des contrats en alternance qui permettent aux jeunes, aux demandeurs d’emploi ou aux salariés d’acquérir les compétences nécessaires à la sécurisation de leurs parcours professionnels. L’ensemble des partenaires souhaitent favoriser la mise en place des reconnaissances adaptées, notamment par le biais du soutien à la validation des acquis de l’expérience (VAE) et au droit individuel à la formation (Dif), qui doit se mettre en place dans des conditions satisfaisantes au regard des différentes catégories socioprofessionnelles, dans les PME et TPE. C’est l’Agefos qui sera chargée de recueillir les besoins en formation dans le cadre du Dif et de les analyser afin de proposer des réponses en termes de formation et en ingénierie financière adaptées. Dans ce cadre, le Conseil régional a voté, en mai dernier, une subvention de 65 000 euros au bénéfice de l’Agefos. Nous souhaitons renforcer les contrats en alternance (contrats d’apprentissage, contrats et périodes de professionnalisation), qui concourent, en complément d’autres actions gérées par l’État, la Région, les Conseils généraux, à permettre à des jeunes, des demandeurs d’emploi ou des salariés d’acquérir les compétences nécessaires à la sécurisation de leur parcours professionnel, que ce soit pour l’accès, le maintien ou le retour vers l’emploi.
Un autre axe principal de l’accord concerne les populations prioritaires. Il s’agit, à cause de la pénurie des compétences, d’inciter les entreprises à recruter des jeunes, des demandeurs d’emploi, des personnes en situation de transition professionnelle, des seniors, des femmes, des personnes issues de l’immigration, des personnes présentant un handicap. Un travail avec des structures d’insertion et de réinsertion devrait être engagé dans ce cadre.
Le dernier axe vise à mettre en place des réponses collectives à des besoins partagés pour améliorer l’accessibilité à la formation et dynamiser l’emploi. Il s’agit de mettre l’accent sur des actions d’ingénierie et/ou de formation communes à plusieurs entreprises, de rapprocher l’offre et la demande en matière de formation et d’emploi, et d’imaginer des dispositifs expérimentaux ou spécifiques. Ceci devra être mené au sein d’une collaboration étroite entre les différents acteurs du monde économique et de la formation.
Inffo Flash : Prévoyez-vous un mécanisme d’évaluation de ce contrat ?
Hélène Bénabent : Nous avons mis en place un comité de pilotage et de suivi (composé d’une dizaine de personnes) qui proposera, suivra et évaluera l’ensemble des actions arrêtées dans le cadre de ce partenariat. Celui-ci fera un point régulier sur la base de documents précisant les objectifs, les contenus et modalités de déroulement de chacune des actions, le porteur du projet et les acteurs associés, les résultats attendus, ainsi que les engagements financiers consacrés par chacun des partenaires. Les résultats obtenus et les difficultés rencontrées nous permettrons d’ajuster et d’adapter au fur et à mesure les actions en vue du développement des formations. Par exemple, pour le Dif, qui sera piloté par l’Agefos et la CGPME, l’évaluation se fera par rapport au nombre d’entreprises contactées, de personnes concernées, dans quels domaines… L’effort financier de la Région pour les PME et les TPE est de 400 000 euros.
Propos recueillis par Knock Billy
































