Initiées en 2000, les rencontres du Forum français pour la formation ouverte et à distance (Fffod) n’ont cessé d’explorer les territoires émergents de l’innovation en formation. En avant-première de la huitième édition consacrée aux rapports entre « nouveaux espaces numériques et formation » (Strasbourg, 13 au 15 janvier 2010), entretien avec Jacques Bahry, président du Fffod et directeur général du Cesi.
« Former/informer », « jouer/apprendre », « réel/virtuel », la « porosité des frontières » évoquée par Jacques Naymark [1] aux rencontres 2008 est devenue le thème des rencontres 2010 (Strasbourg, 13 au 15 janvier). Est-il encore possible de fixer un périmètre à la notion de formation ? C’est la première question que nous avons posée à Jacques Bahry. « Cela n’est pas nécessaire en soi », répond-il, « le problème vient de ce que l’édifice de la formation professionnelle continue français pose à chaque instant la question de la légitimité de la FOAD. »
Pourquoi ? « Parce qu’une constante juridique réserve la notion de formation à l’existence d’un programme, d’une progression et bientôt, d’une qualification. On a par exemple exclu le coaching, pourtant ça y ressemble. De même, la question de savoir ce qui relève de l’information et de ce qui relève de la formation concerne aussi les entreprises : de la réponse dépend l’imputabilité. Tout l’enjeu est que le cadre réglementaire ne vienne pas freiner l’efficacité pédagogique de dispositifs bâtis sur un continuum entre formation et information. »
Autant dire que le président du Fffod ne renie pas ses propos de 2008, où il décrivait une FOAD « un peu à l’étroit » dans notre système de formation professionnelle. Ainsi, la loi du 24 novembre 2009 ne lui apparaît-elle pas de nature à affranchir la FOAD, même s’il juge « très positif » la création du « CIF HTT », au motif qu’il permet, d’une part, d’ouvrir une brèche dans le « contrôle du temps » et, d’autre part, « d’évacuer la question de la rémunération », qui grève « près des trois quarts du budget formation », rappelle-t-il. Déception, en revanche, à propos de la non reprise de l’article 6 de l’ANI de janvier 2009 qui suggérait l’imputabilité des coûts de conception pédagogique et de recherche/développement en matière d’ingénierie des FOAD : « il y a là un mauvais signe, d’autant plus fort que la loi a par ailleurs repris l’essentiel de l’ ANI », souligne-t-il.
Questions à… Jacques Bahry, directeur général du Cesi, président du Fffod et membre du Conseil d’administration de Centre INFFO
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D’où vient votre intérêt pour la FOAD ?La formation est une activité absolument essentielle dans le développement d’une société, ne serait-ce que pour reconduire l’héritage du passé et développer la connaissance. Ce qui m’intéresse, c’est l’apprentissage et l’innovation en formation. Comme le montre l’invention de la poste à l’origine de la création de l’enseignement par correspondance, la formation a toujours utilisé les techniques de l’époque. Mais s’il est naturel d’utiliser les technologies, je n’ai jamais été fou de technologie, je ne viens pas de l’informatique mais de la pédagogie. Quand les rencontres du Fffod de 2001 questionnent « l’e-illusion », on voit bien que nous sommes des pédagogues qui voulons raison garder. C’est la dimension pédagogique de l’outil qui nous motive.
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D’où vient le Fffod ?À l’origine se trouve un groupe de travail sur l’enseignement assisté par ordinateur (EAO), constitué dans le cadre du Cesi au milieu des années 1980. Rapidement, ces travaux se sont trouvés inscrits dans un cadre européen, jusqu’à la création d’une structure permanente, Saturn, où le Cesi était représenté par Bernard Blandin [2]. Plutôt que d’en prendre la présidence lorsque cela nous fût proposé alors que le partenariat se révélait défaillant, la décision fût prise de créer le Fffod, en 1995, sur des bases différentes puisque non spécifiquement européennes. Tout en conservant toutefois des collaborations internationales, puisque nous sommes membres d’Eden, réseau européen de l’enseignement à distance et du e-learning, et de l’Efodl, fédération européenne de la formation ouverte et à distance, qui sera représentée à Strasbourg.
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Comment se positionne le Fffod en 2010 ?Notre rôle reste d’aider au développement des échanges et de permettre des réflexions sur l’innovation, sans tomber pour autant dans la futurologie. On essaie de prendre des thèmes émergents et on aide les acteurs à développer leurs compétences et leurs propres connaissances dans le secteur de la FOAD. A cet égard, le couplage entre le Fffod et Algora était extrêmement intéressant dans la mesure où nos travaux s’appuyaient sur l’expertise de cette dernière, qui elle-même la valorisait à travers nos activités. C’est là tout le sens qu’il y a à essayer de reconstituer avec Centre INFFO une jonction plus importante. Plus largement, le Fffod est d’autant plus intéressant pour un acteur qu’il s’y mobilise. Nous avons ici une difficulté partagée avec l’ensemble du monde associatif. Bien des organisations sont aujourd’hui davantage dans des positions de consommateurs que d’acteurs. Faire venir du monde à nos événements n’est pas un problème, il est en revanche plus difficile de recruter des « militants », par manque de temps, notamment. Les organisations préfèrent des frais variables plus élevés, pour prendre ce qui les intéresse, plutôt que de payer à l’année des frais fixes comme une cotisation. Ceci dit, le Fffod va bien, avec un modèle économique sain et un socle d’adhérents sponsors stables. Nous continuerons donc à accompagner le développement de la FOAD, qui reste le fer de lance de l’innovation en formation. C’est précisément pourquoi des réflexions pédagogiques qui n’auraient rien à voir avec les TIC ne sont pas vraiment dans notre champ.
Pour autant, le Fffod ne limite pas sa réflexion à l’imputabilité de la formation. Exemple avec le premier jour des rencontres 2010, qui s’intéressera aux « nouveaux outils numériques » pour l’orientation et la formation tout au long de la vie. « Un bon système de formation tout au long de la vie intègre un bon système d’orientation tout au long de la vie », plaide Jacques Bahry. « Pour nous, le e-portfolio lorrain fait partie de la FOAD ; ce que l’on voit se dessiner en matière d’orientation, c’est bien une relation entre la médiation humaine et la technologie, similaire à ce que l’on rencontre en formation, il s’agit de définir le rôle de chacun et de chercher à optimiser la complémentarité des deux mondes. De même que l’école élémentaire gagnerait à mieux comprendre ce que l’enfant apprend à l’école « parallèle », les professionnels de la formation professionnelle continue gagneraient à mieux comprendre l’importance des réseaux sociaux dans les processus d’apprentissage des jeunes et moins jeunes. On le voit bien avec les étudiants du Cesi qui se passent tout le temps des tuyaux sur Facebook, la relation entre apprenants est une relation d’apprentissage essentielle. Comme le dit Philippe Carré, la vraie formation, c’est l’accompagnement de l’autoformation : le moment où l’on apprend est en général un moment solitaire, le rôle du formateur est d’accompagner l’apprenant pour faciliter les choses. Le grand changement, ce n’est pas qu’il n’y a plus de place pour la didactique, c’est que le niveau d’exigence pour qu’une intervention didactique soit acceptée est considérable : il faut des personnes de haut niveau, c’est la fin du mauvais formateur », s’amuse Jacques Bahry.
Objet des travaux du deuxième jour, l’étude des réseaux sociaux voisinera avec une incursion dans l’univers des serious games, l’un des derniers avatars du e-learning. « Le serious game, c’est tout simplement et grâce au développement de l’informatique, le fait d’arriver à faire de la simulation avec une moindre capitalisation qu’avant : la méthode n’est plus réservée à des enjeux faramineux comme la simulation aéronautique et rentre dans des actes de formation à la portée de tous ». Et comme pour le e-learning, « l’énorme avantage de la pédagogie de la simulation est de pouvoir répéter à l’infini », souligne-t-il.
Les rencontres, qui s’achèveront par une journée consacrée aux pratiques FOAD de la Région Alsace, seront filmées et pour partie diffusées en direct. Plus d’infos sur le nouveau site du Fffod, www.fffod.fr
Propos recueillis par Nicolas Deguerry
in Le Quotidien de la formation, 17 décembre 2009
Fffod : une décennie de rencontres
2009 - Nouveaux espaces numériques et formation : former/informer ; jouer/apprendre ; réel/virtuel.
2008 - FOAD, la nouvelle donne.
2006 - La FOAD au carrefour des chemins.
2004 – Qualité et Développement.
2003 - Référentiel de Bonnes Pratiques en FOAD.
2002 - L’heure des solutions mixtes.
2001 - La FOAD : transition, mutation, rupture ? e-illusions et réalités.
2000 - La FOAD dans tous ses états.































