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Entretien avec

Jean-Paul Denanot
président de la Commission formation professionnelle de l’ARF président du Conseil régional du Limousin

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Paru dans Inffo Flash 647 du 16 - 30 novembre 2004

Jean-Paul Denanot préside le Conseil régional du Limousin et vient d’être nommé président de la Commission en charge de la formation professionnelle de l’Association des Régions de France (ARF).

Interrogé à partir de cette double compétence par Inffo Flash et Algora, il analyse dans un premier temps la situation actuelle des régions, en particulier par rapport aux prévisions de transferts financiers de l’État et définit les missions des cinq sous-commissions mises en place dans le cadre de la Commission formation de l’ARF. Au titre de président du Conseil régional du Limousin, il explique les orientations du PRDF en insistant sur la nécessaire sécurisation des parcours et souligne le rôle de la FOAD pour faciliter l’accès à la formation.

Inffo Flash  : Vous présidez la Commission formation professionnelle de l’ARF. Comment analysez-vous la situation actuelle et quel sera le rôle de l’ARF ?

Jean-Paul Denanot - Le rôle premier de l’ARF est de mettre en commun les travaux de chaque région, mais aussi, aujourd’hui, de défendre l’intérêt des Régions face à l’État. Dans la période actuelle, les régions doivent se défendre ! J’espère que, plus tard, nous pourrons davantage nous manifester par un pouvoir de proposition. Les dernières informations concernant les transferts financiers de l’État aux Régions sont inquiétantes. L’État reprend une bonne partie des financements destinés aux Régions, diminuant les crédits de 3,88 milliards d’euros en 2004 à 3,75 milliards en 2005.

Nous sommes surpris de voir apparaître dans le budget de l’État des rubriques normalement déléguées aux Régions, comme, par exemple, les ateliers pédagogiques personnalisés, la validation des acquis de l’expérience, la FOAD, la lutte contre l’illettrisme ou encore les actions spécifiques pour les ingénieurs et cadres. Si on ajoute à cela les questions touchant les interventions des autres financeurs de la formation à l’échelon local, comme les Assedic, les missions locales ou les départements dans le cadre du RMA, de fortes craintes pèsent sur la cohérence de l’ensemble. Une autre préoccupation concerne l’apprentissage, et son financement par la taxe. Rappelons qu’en Limousin par exemple, aujourd’hui, la taxe d’apprentissage ne couvre que 35 % des dépenses d’apprentissage, 65 % restant à la charge de la Région.
Nous avons le sentiment que l’État fait tout pour punir les Régions. Optimiser les moyens et les interventions d’un certain nombre de financeurs et prescripteurs relevant tantôt de l’État, tantôt des Régions, n’est donc pas simple. Même si nous revendiquons, sur la base de la loi quinquennale, un co-pilotage avec l’État, la démarche devient plus compliquée qu’elle ne l’aurait été dans le schéma initial qui conférait une légitimité incontestable à la Région sur ce champ. Cependant, les Régions établiront des “ponts” aussi souvent que possible entre les dispositifs État et Régions.

Au-delà de ces questions urgentes, je souhaite par ailleurs que l’ARF reprenne l’idée déjà évoquée de “sécurisation des parcours”, qui constitue à mon sens l’une des réponses à la question de l’emploi et à la contradiction entre la croissance parallèle du nombre d’offres d’emploi non satisfaites et de celui des demandeurs d’emploi. Tout le monde doit s’y mettre. L’enjeu est de taille. Il s’agit en effet de rendre un meilleur service à l’individu citoyen et un meilleur service à la société.

Inffo Flash  : La Commission formation de l’ARF a mis en place cinq sous-commissions. Quelles seront leurs missions et leurs modalités de fonctionnement ?

Jean-Paul Denanot : Les difficultés antérieures de l’ARF n’ont pas permis de développer les échanges entre Régions comme il aurait fallu. Il y a donc lieu de la doter d’une infrastructure technique minimum et des moyens nécessaires, mais cela doit rester modeste.
Chaque sous-commission est chargée d’étudier le domaine qui la concerne et de présenter un compte-rendu de ses travaux en séance pleinière. L’objectif est d’harmoniser les diverses politiques régionales sur l’ensemble du dispositif de formation, et de développer des coopérations interrégionales.

Certaines questions feront l’objet d’échanges entre les sous-commissions, et si nécessaire, également avec l’Association des départements de France (ADF). Les formations sociales et paramédicales ont des conséquences sur l’accueil, l’information et l’orientation ainsi que sur l’apprentissage. Les sous-commissions respectivement chargées de ces dossiers devront coordonner leurs réflexions. D’autre part, des formations, comme celle des éducateurs spécialisés par exemple, peuvent être réalisées en apprentissage par les centres départementaux. Des échanges seront donc organisés avec l’ADF. Les travaux s’appuieront surtout sur l’expertise et les contributions techniques de chaque Région.

Les domaines où une coopération entre régions s’impose ne manquent évidemment pas. L’apprentissage et l’enseignement supérieur par exemple, où il faudra procéder à des regroupements nécessaires.
Certaines coopérations sont déjà engagées. Nous avons conclu par exemple des conventions interrégionales, permettant la réciprocité de la prise en charge de parcours de formation au-delà des frontières régionales. Nous entretenons des échanges avec les régions voisines sur l’apprentissage, les contrats d’objectifs, les PRDF et la VAE. Nous sommes partie prenante d’un réseau interrégional touchant au financement de l’accompagnement de la VAE. Plus largement, l’information coordonnée entre régions est également nécessaire, elle doit être simple et lisible. On ne peut se passer d’échanges d’informations entre Régions.

Inffo Flash - Les Régions coordonnent les actions d’accueil, d’information et d’orientation. Comment comptent-t-elles assurer ce rôle ?

Jean-Paul Denanot : Je ne peux que regretter que la Région n’ait pas été retenue comme pilote de l’orientation, ce qui aurait véritablement légitimé son rôle fédérateur, réunissant l’ensemble des acteurs sur son territoire sur la base des orientations décidées.

Nous sommes donc contraints de reprendre cette question autrement. Il s’agit de mettre autour de la table tous les acteurs de l’orientation, de la formation et de l’emploi, dans le souci de construire cette logique d’articulation. Cela concerne bien sûr, les missions locales, les PAIO, l’ANPE, l’Assedic, mais aussi l’Éducation nationale, y compris dans son offre de formation initiale, l’Afpa, et naturellement les branches professionnelles. La relation avec ces dernières est essentielle si l’on veut résoudre une vraie difficulté, celle de la compréhension des besoins en compétences et donc en formations.

Cette anticipation est déterminante, et il y a lieu de construire une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences au niveau du territoire régional, qui doit s’appuyer sur les branches professionnelles.

La “sécurisation des parcours” dans le PRDF du Limousin

Inffo Flash  : La Région Limousin a adopté récemment un plan régional de développement de la formation (PRDF) en associant à la réflexion de nombreux acteurs concernés par la formation, confirmez-vous les orientations qu’il préconise ?

Jean-Paul Denanot - Oui, absolument. Il convient même de renforcer des orientations. Ce PRDF (1) repose sur trois axes principaux : informer, orienter et former de façon personnalisée et dans une perspective de formation tout au long de la vie accessible à tous, anticiper les besoins en compétences et en formations, en lien avec les entreprises, développer une approche territoriale conjuguant irrigation du territoire et constitution de pôles de spécialité. Aujourd’hui, la seule modification à apporter à ce document sera de le compléter par le volet sanitaire et social, désormais objet d’un transfert aux Régions, lorsque nous en connaîtrons précisément les conditions.

L’idée fondamentale, transverse à ces orientations, est la priorité accordée au citoyen par la recherche de la sécurisation des parcours de formation et d’accès à l’emploi. Trop souvent, les parcours des personnes se trouvent interrompus, faute d’être suffisamment suivis socialement, faute d’accompagnement, d’articulation entre les acteurs et les services qu’ils proposent, etc. Il faut absolument éviter les dégâts sociaux considérables que provoque la rupture de nombreux parcours en cherchant à garantir leur continuité par l’articulation des différents outils disponibles (évaluation des compétences, formation, VAE...), par la structuration d’un véritable dispositif d’accompagnement, et l’organisation de points de chute en cas de difficulté.

C’est en ce sens que la Région, en partenariat avec l’État, prévoit un centre régional de ressources et d’animation sur la formation et l’emploi qui devrait constituer le principal outil de réflexion et de concertation pour faire vivre collectivement cette politique de sécurisation des parcours professionnels.

Un plan régional pour la FOAD

Inffo Flash  : Dans ce même PRDF, vous mettez fortement l’accent sur une forme de personnalisation ou d’individualisation. Quelle place faites-vous aux nouvelles modalités de formation, à l’usage des technologies, à la FOAD ?

Jean-Paul Denanot : Il n’existe évidemment pas de réponse unique en matière de formation qui puisse résoudre tous les problèmes, mais ces approches, combinant accessibilité, souplesse et technologie, peuvent en résoudre une grande partie, sous réserve de placer en synergie les accompagnements techniques et pédagogiques nécessaires. J’ai moi-même été à l’origine de dispositifs en ce sens, il y a quelques années. Nous nous sommes alors heurtés à un manque de fiabilité des technologies disponibles qui se conjuguait aux classiques résistances organisationnelles au changement.

Désormais, le développement du haut débit, la reconnaissance de la spécificité pédagogique de ces dispositifs, les mixités possibles entre formation présentielle classique et formation distante, le développement général des usages, doivent nous permettre d’aller plus loin. Notre PRDF prévoit le lancement d’un plan régional en faveur de la formation ouverte et à distance s’appuyant sur une volonté partagée des acteurs et visant la mise en place d’une offre régionale structurée, cohérente, et accessible au plus grand nombre.

Le maillage du territoire par des points d’accès doit permettre d’apporter une réponse aux difficultés de mobilité des publics sur un territoire tel que le nôtre (salariés de PME, par exemple) et ainsi contribuer à une fixation de l’emploi. Mais cette “territorialisation” de la formation, pour nécessaire qu’elle soit, ne peut résoudre à elle seule la question de l’emploi : si sous certaines conditions, on peut apporter la formation, on ne peut en faire autant pour l’emploi, qui continuera à exiger un minimum de mobilité des personnes.

1. Voir le site de la Région Limousin

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