Quelques bases théoriques en introduction, les principales questions pédagogiques en approfondissement, un soupçon de technique pour déblayer le terrain, sans oublier des analyses de pratiques pour rendre compte de la réalité du terrain, telles sont les différentes dimensions de l’enseignement en ligne abordées par cet ouvrage collectif dirigé par Jean-Claude Manderscheid, professeur de sciences de l’éducation à l’université de Franche-Comté, et Christophe Jeunesse, doctorant en sciences de l’éducation à l’université de Paris X Nanterre.
Une approche qui s’inscrit dans le « credo », selon Jean-Claude Manderscheid, « qu’une pratique de terrain sans recul théorique est aveugle et que les grandes théories déconnectées du réel sont stériles. » Une sorte de bible pratique, donc, loin d’être inutile si l’on veut bien considérer que la e-formation est un univers de spécialistes où les différents rôles (technicien, informaticien, développeur, ingénieur de formation, pédagogue, formateur, etc.) sont souvent tenus par des personnes peu différenciées et insuffisamment formées aux spécificités de la discipline. Plaçant le sens de la démarche formative au cœur de l’ouvrage, les auteurs ont tenu à sous-titrer leur travail « Pourquoi ? Comment ? ».
Si la dernière question « appelle une réponse technique, évaluable scientifiquement en fonction de sa capacité à atteindre un objectif technique », il convient au préalable de s’interroger sur le « pourquoi ? ». Ceci, en considérant à la fois les données objectives des formations ouvertes et à distance (amélioration des interactions, allègement des contraintes spatiales et temporelles, enrichissement du contenu, etc.) et l’évolution de la société dans son ensemble (complexité croissante des métiers, besoin accru de compétences, pression technologique, évolution de l’offre et opportunité d’un certain rééquilibrage Nord-Sud).
Confiée à François Galichet, professeur émérite de philosophie à l’université de Strasbourg, la partie théorique permet à l’auteur d’expliquer en quoi le modèle constructiviste paraît adapté aux formations à distance, comme l’a été en son temps le modèle behavioriste pour l’enseignement assisté par ordinateur (EAO). Grâce à Piaget, Vygotsky, Bruner ou encore Britt-Mari Barth aujourd’hui, nous dit l’auteur, le constructivisme nous enseigne que « le savoir ne se transmet pas (…) une fois pour toutes, mais comme un processus graduel d’appropriation » lié à « l’univers mental de l’apprenant ». Et de convoquer la « psychanalyse de l’intelligence » chère à Bachelard pour faire le lien avec la FOAD, qui « permet un suivi plus précis, plus fin, des évolutions individuelles et collectives. » Un plaidoyer pour la FOAD en matière de « construction de savoir » que le lecteur retrouve décliné tout au long des principaux enjeux de l’enseignement en ligne présentés par François Galichet, qui conclut sa partie sur le « concept d’autonomie » (sociale, affective et cognitive), véritable « finalité de tous les processus d’apprentissage ».
La seconde partie s’intéresse à des « questions pédagogiques » fondamentales en FOAD, comme les « aspects psychoaffectifs des relations enseignants-enseignés », l’évaluation de l’apprentissage en ligne et la formation des enseignants. Autant de questions qui ne sont pas nées avec le développement de la e-formation mais que l’enseignement traditionnel par correspondance avait curieusement plus ou moins laissées de côté.
Préposée aux « aspects techniques », Chantal Dumont, enseignante à distance doctorante à Paris X Nanterre à qui le monde de la e-formation doit la communauté FOAD Emplois , livre en troisième partie un excellent résumé de ce qu’est l’environnement technologique d’une formation en ligne, en s’attardant sur la notion de « plate-forme de formation comme métaphore de l’organisme, de l’institution de formation ».
Section la plus volumineuse de l’ouvrage, la quatrième partie teste « la FOAD sur le terrain » en livrant neuf « analyses d’expériences d’enseignants et d’étudiants ». Sans les citer tous, on relèvera notamment le chapitre 11 qui s’intéresse aux « délégués de promotion dans la FOAD », fonction quasi-inconnue mais dont on découvre qu’elle vient utilement compléter du côté apprenant celle de tuteur et d’accompagnateur du côté enseignants. Et ceci d’autant plus dans les FOAD à caractère international où, comme le souligne les auteurs, les délégués des pays en voie de développement peuvent aider leurs confrères d’Europe à « tenir compte, à ajuster leur écoute et leur disponibilité en fonction d’une praxis qui ne correspond pas à la leur ». Un sujet repris en détail dans les deux derniers chapitres, l’un rappelant la nécessaire « adéquation des formes et des contenus d’enseignement aux cultures et cultes des pays du Sud », l’autre analysant la condition d’ « enseignant-formateur à distance en contexte multiculturel ». Thème à la fois simple et compliqué, nous expliquent les auteurs, dans la mesure où si « certaines qualités humaines de bases permettent d’harmoniser les différences », il convient toutefois de clarifier les « stratégies d’enseignement européennes en direction des pays de la francophonie du Sud : s’agit-il d’une attitude altruiste, dans un objectif de développer les compétences dans les pays d’origine ? D’un objectif mercantile ? De développer une zone d’influence francophone ? Ou encore d’offrir aux professionnels la possibilité de venir s’installer en Europe ? » Autant de questions qui témoignent une fois de plus que la mise en œuvre de la société de la connaissance du XXIème siècle n’est pas un mince enjeu.
Signalons enfin l’invitation à transformer la lecture en participation active via un forum en ligne -bonus semble-t-il désormais incontournable à toute publication papier traitant de la FOAD- qui se présente comme un « espace contributif dédié aux expériences menées à partir de l’ouvrage et aux questions posées par les uns et les autres ». Pour participer : www.ifelnet.eu/forum.htm
Nicolas Deguerry
in Inffo Flash 716, 16 au 31 janvier 2008
































