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L’enseignement supérieur, les campus numériques et les universités
AUBERT Guy (contributeur externe) - septembre 2001

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Intervention de Guy Aubert, alors directeur du CNED, aux 2èmes rencontres du FFFOD, mars 2001


Monsieur Aubert est arrivé à la direction générale du CNED il y un peu plus d’un an, dans le cadre d’une mission que lui a confiée le ministre de l’Education nationale, sur ce qu’il a appelé lui-même le e-learning (ce terme est donc écrit dans une lettre de mission d’un ministre de l’Education nationale). Sa mission, qui est plus large que le CNED, porte sur un essai d’organisation de structuration de l’offre des établissements d’enseignement supérieur en matière d’enseignement à distance aussi bien en France qu’à l’étranger.



En introduction de son propos, et eu égard à la difficulté d’arriver à Poitiers par les transports ferroviaires, il s’interroge avec humour pour savoir si un jour, les " agents intelligents " sur lesquels travaillent des laboratoires de recherche, et qui sont censés dans un proche avenir faciliter la vie des internautes, ne risquent pas d’acquérir une espèce de position dominante, et prendre peut-être le contrôle de la toile en arrivant à paralyser quelques routeurs. Auquel cas, même des e-rencontres ne pourraient pas se tenir si cette éventualité se présentait, au même titre que les rencontres en présentiel d’aujourd’hui ont pu être fortement perturbées par d’autres agents. Un réseau fait pour résister à toutes les attaques possibles, ne résistera peut-être pas à des attaques de l’intérieur !

En l’absence de Dominique Wolton qu’il devait présenter, il profite de l’occasion qui lui est donnée pour s’exprimer sur ce qui se passe actuellement dans le secteur public à propos du e-learning. E-illusion, e-mythe ou e-réalités ? Il existe bien sûr des réalités, et il propose en référence l’ouvrage récent édité et publié par Sandra Bellier, directrice de la Recherche et Développement de la CEGOS sur le e-learning. Dans sa conclusion, cet auteur insiste sur le fait qu’il s’agit d’une révolution, même si on ne sait pas encore bien de quelle révolution il s’agit, révolution douce ou rupture.



Dans le secteur public, avec sa multitude d’universités, de Grandes écoles, d’instituts universitaires de formation des maîtres, il se passe beaucoup de choses, mais dans un esprit que le recteur Aubert qualifie de syndrome du village gaulois " qui est toujours présent, et qui fait qu’on est toujours beaucoup plus prompt à critiquer ce qu’a fait le voisin, à faire de petites expériences ici et là, puis à les laisser tomber. Bien entendu ce n’est pas une démarche très professionnelle ". Une des étapes importantes de sa mission a déjà été accomplie, avec la signature de l’accord général de coopération entre les établissements d’enseignement supérieur et le CNED dans le domaine de ce que le ministre avait appelé le e-learning, bien que de son point de vue, le terme formation ouverte et à distance soit beaucoup plus générique, et que c’est bien dans ce domaine que l’accord a été conclu.

Dans le même temps, toujours à l’initiative du ministre de l’Education nationale et du ministre de la Recherche (il faut rappeler qu’un changement ministériel a découpé en deux le ministère de l’Education nationale et de la Recherche) et sous l’égide de la direction de la technologie, un mouvement s’est créé autour d’un appel d’offres pour la création de campus numériques thématiques qui devaient et qui doivent rassembler, dans des formules variées, des opérateurs publics et des opérateurs privés dans le domaine de la formation ouverte et à distance. Ces campus numériques ont comme originalité d’être thématiques et ensuite d’essayer de faire travailler ensemble le maximum d’établissements publics, des opérateurs privés, s’ils sont prêts à se joindre à l’opération, et le CNED qui est sollicité pour y participer.

Le premier appel d’offres, qui a pourtant été lancé dans une période peu favorable, puisqu’elle recouvrait très largement les vacances scolaires et universitaires, a quand même reçu beaucoup plus de réponses que l’on ne pouvait imaginer. Le gouvernement a ainsi réussi à mettre en route une machine qui est extrêmement lourde, mais qui peut se mettre en mouvement et probablement réaliser un certain nombre de choses. Des campus vont donc apparaître sur le marché de la FOAD car il s’agit, non pas de " jouer " à la classe virtuelle, mais de rentrer véritablement sur un marché. Le recteur Aubert espère donc " que nous puissions le plus possible nous y rencontrer parce qu’ il y a de la place pour tout le monde. En particulier il y a une grande place à l’exportation, et on n’a pas fait beaucoup d’effort dans ce domaine "

Concernant les " nouvelles " technologies, le recteur Aubert s’interroge sur le temps durant lequel on continuera de parler de nouveauté : " J’ai l’avantage dans ce domaine d’être physicien et d’avoir connu l’Internet à ses débuts et d’avoir été parmi les tout premiers utilisateurs du web alors qu’il était inventé au CERN. Cela fait donc un bout de temps que cela existe. Ce qui est important bien entendu, c’est qu’aujourd’hui, cela devient véritablement opérationnel et touche le grand public : c’est cela qui est nouveau". Il rejoint les positions du président Barhy lorsqu’il attire l’attention sur le fait que la France n’est pas si avancée du point de vue des équipements nécessaires, équipement des ménages et même des entreprises, bien que l’on soit allé beaucoup plus vite dans ce secteur là. Il relève surtout les restrictions qui sont encore imposées à cause de régulations diverses et variées et d’attitude de certains opérateurs en terme de bande passante. Cependant, comme les moteurs du changement et les enjeux sont économiques, la croissance des capacités des réseaux est exponentielle et nul ne peut douter que dans très peu d’années, ces obstacles seront franchis, et que l’utilisation de toutes ces techniques deviendra effective. Concernant le CNED, le e-learning a été considéré avec beaucoup de raison. C’est une modalité supplémentaire, qui a des richesses extrêmement grandes, qui sont peut-être une partie de la révolution dont parle dans son livre Sandra Bellier, mais ce n’est qu’une modalité de plus : "dès lors que l’on veut faire de la formation ou de l’apprentissage, il y a des choix pédagogiques à faire et le choix de telle ou telle technique est un choix pédagogique. Même si nous développons très rapidement des formations complètement en ligne, nous ne succomberons pas à la e-mode et nous saurons rester sages de ce point de vue là. "

Le CNED s’est également doté d’une école de formation aux métiers de l’enseignement à distance, à l’origine tournée d’abord vers le CNED lui-même, parce qu’il faut accompagner les changements de modalités d’enseignement pour les formateurs internes, mais qui s’est rapidement tournée vers l’extérieur, dans le cadre de l’accord signé avec les établissements d’enseignement supérieur. Cette école de formation est destinée à jouer un rôle assez central dans la formalisation et dans la diffusion de tout ce que l’on peut savoir dans ces nouveaux e-métiers. Bien entendu, cette école n’est pas simplement réservée à des acteurs publics et elle peut être ouverte à des collaborations beaucoup plus larges.

Le recteur Aubert pense donc que ces Rencontres du fffod seront fructueuses. Il insiste particulièrement sur l’un des ateliers, celui qui porte sur les questions de propriété intellectuelle et des droits d’auteur " j’attends avec beaucoup d’attention les conclusions de ces travaux, parce que du coté du secteur public les mêmes questions se posent. Dès lors que l’on fait quelque chose qui comme par ce " e " en question, on croit que l’on va être titulaire de droit tout à fait particulier et que l’on va passer à la caisse beaucoup plus qu’avant. Le professeur d’université qui construit un cours qui va être diffusé en ligne est-il différent du professeur qui a fait ce cours dans le cadre de son service à l’université : faut-il le rémunérer de façon supplémentaire ? A-t-il d’autres droits ? etc. Ce qui sera imaginé du côté du secteur privé aura donc quelques conséquences sur le secteur public. Le recteur Aubert conclut en exprimant une fois encore son ouverture à toutes les coopérations avec le privé et sur les occasions de " faire beaucoup de chemin ensemble sur ce terrain de la formation tout au long de la vie où il y a de la place pour tout le monde et en particulier à l’exportation ".

Guy Aubert, directeur du CNED
(synthèse de l’intervention)

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