English site Deutsh site Spanish site

Centre-Inffo, Centre pour le développement de l'information sur la formation continue

Accueil du site > FOAD > Ressources & pratiques pédagogiques > Ressources FOAD > Qualité > La FOAD, dernier voyage en utopie ?

La FOAD, dernier voyage en utopie ?
HAEUW Frédéric - novembre 2004

Agrandir le texte Réduire le texte Imprimer cet article

Article de synthèse des 5èmes rencontres du FFFOD, novembre 2004


Mon activité de nomadisme au cours des cinquièmes rencontres du FFFOD, m’autorise à porter un regard distancié et à proposer quelques points de synthèse.

 Tous citoyens du monde... et de la FOAD ?

Dans les « sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » Edgar Morin nous invite à appréhender notre identité terrienne, c’est à dire la complexité liée au fait que nous sommes tous citoyens du monde dans des niveaux d’implication sociale imbriqués les uns dans les autres. Les rencontres du FFFOD sont toujours l’occasion de mettre en perspective notre propre positionnement.

L’année dernière, nous étions tous « du monde de la FOAD » avec un objectif de production, le RBP, qui a plutôt bien fonctionné en tant qu’objet fédérateur (on a même parlé d’intelligence collective). Cette année, la symbolique des tribus posait le postulat que pour ouvrir le dialogue avec les autres acteurs institutionnels, il faut d’abord établir des positions communes, entre acteurs d’une même tribu, ce qui peut, a priori, apparaître comme une forme de régression, de repli(s) sur soi.
Toutefois, les débats du premier jour ont confirmé ce besoin de communication ethno-centrée : on peut remarquer que chaque famille a émis le souhait d’avoir des échanges (échanges de pratiques, essentiellement) au sein de sa propre famille : les régions, les organismes, les OPCA, etc... Mais par ailleurs, les débats font apparaître que beaucoup de questions sont communes aux différentes tribus, et que certaines attentes sont partagées et se répondent les uns aux autres, bien que parfois, les acteurs s’attendent les uns les autres, ce qui peut conduire à faire du sur-place. On est donc dans des aller-retour permanents entre « le monde de la FOAD », enchâssé dans un micro niveau, qui est celui de sa famille d’origine, et un macro niveau qui est le monde de la formation, voire le monde tout court. De mon point de vue le mérite de ces rencontres est sans doute d’avoir réduit les écarts de représentations, et le sentiment abusif d’écart de représentations et d’interprétations. Mais plusieurs questions restent en suspens :

  • la représentativité de ces tribus (composées de convaincus ?) et leurs extensions
  • l’hétérogénéité intrinsèque et extrinsèque des "tribus"
  • la question de l’objet fédérateur : est-il possible de trouver un autre objet fédérateur tel que le RBP ? N’a-t-on pas atteint avec celui-ci la limite de la "non contextualisation" ?
  • vers quels types de partenariats peut-on aller, autrement dit, échanger, mutualiser, coopérer... sur quoi et comment ? L’enjeu "d’apprendre à être partenaire et concurrent" peut-elle être autre chose qu’un voeu pieux ?

Quelque part, cette question rejoint la théorie des mondes sociaux et de leur étanchéité, telle que l’a développé en son temps Bernard Blandin.

 Par delà les frontières...

La seconde remarque porte sur les frontières, qui est un thème réactivé par la FOAD. Evoquons tout d’abord les frontières, géographiques bien sûr (régionalisation et internationalisation), et la singulière disparition de l’échelon national ! Jacques Barhy a souligné le fait qu’aucune attente n’était formulée en direction de l’Etat, comme si l’Etat avait subitement disparu du paysage, ce qui est bien sûr loin d’être le cas. Mais on a aussi évoqué lors de ces rencontres la disparition progressive d’autres frontières. Entre les métiers tout d’abord, les éditeurs devenant aussi des offreurs de formation, les commanditaires apprennant à écrire des projets e-learning pour réduire le point de cette charge côté prestataire, etc. ; évoquons également la disparition progressive des frontières entre formation initiale et formation continue et, sur un autre plan, entre connaissance et information, entre e-learning et KM, etc. Lors d’une journée du FFFOD sur le travail collaboratif, Alain Derycke avait un peu provoqué l’assistance en disant que pour lui, il n’y avait pas de différence entre travail collaboratif et apprentissage collaboratif, tout cela étant le produit de l’activité humaine qui est par essence collaborative ! Cette question des frontières est particulièrement intéressante, a fortiori avec le postulat des tribus qui se définissent par un territoire.

Cette disparition des frontières atteint son paroxysme avec la "dilution" de la FOAD dans la formation, ce qui est l’objet de ma troisième remarque.

 Cent fois sur le métier... ou la FOAD en voie de banalisation

Nous sommes un certain nombre à penser que la FOAD sera complètement intégrée dans nos pratiques lorsqu’on en parlera plus ! J’ai été frappé lors de la première journée, par le fait que les débats ont porté essentiellement sur le nouveau contexte de la formation, et curieusement, très peu sur la FOAD, ce qui tend à prouver que l’on a passé un cap ; par contre, deux sentiments contradictoires se mêlent :

  • d’un côté, la satisfaction, car la nouvelle loi rend possible les utopies que nous avons défendues depuis des années : on a bien montré que la loi de 1971 était adaptée à son contexte, mais inadaptée à l’intégration de nouvelles modalités de formation plus flexibles, mêlant temps de travail et hors temps de travail, par exemple, ou bien encore articulation entre professionnalisation et adaptation au poste de travail, etc. On a dit aussi que le nouveau cadre permettant d’allier harmonieusement le développement et la valorisation des compétences nécessaires à l’entreprise et le développement personnel des individus, on s’approche de l’utopie de la formation tout au long de la vie.
  • d’un autre côté des sentiments tels que la frilosité, la crainte, la prudence, l’immobilisme, l’attentisme (mots entendus tout au long du colloque) ! Pire encore, la nouvelle loi porterait même un risque de régression : par exemple, un retour de la gouvernance de la formation par l’offre versus la gouvernance par l’analyse de la demande, ou bien encore la rigidité des 20 h face à la flexibilité, etc.

Le paradoxe est le suivant : comment fondre la FOAD dans la formation tout en gardant les spécificités ? La question de la durée de vie du RBP est symptomatique de cette question.

Face à cela « cent fois sur le métier … », il semble nécessaire de repenser une fois encore l’ingénierie de nos dispositifs : un peu comme s’il fallait prendre à nouveau du recul pour mieux sauter le pas. L’un des exemples significatifs est le retour de l’individualisation.

 Le retour de l’individualisation ou... "Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens"

Est-ce un signe de cette régression ou bien le besoin de regarder d’où l’on vient pour savoir ou l’on va ? Il ne vous a pas échappé qu’on assiste à un retour en force du concept « d’individualisation », qui est sans doute le mot qui a été le plus prononcé au cours des rencontres. C’est peut-être, mais pas seulement, un effet du nom de la mesure phare de la loi qu’est le DIF ! Jacques Naymark évoque souvent l’alternance de cycles courts qui forment un cycle long, Il semble qu’on est passé de l’individualisation (dans les années 80) à la FOAD et au e-learning (dans les années 90/2000) pour arriver maintenant à l’individualisation des parcours de FOAD ! Toute la difficulté réside alors à résoudre un certain nombre de paradoxes : comment concilier individualisation et industrialisation, formation des petits nombres et des grands nombres, dans une logique de « marché » qui reste encore à identifier, avec des jeux d’acteurs complexes et des modèles économiques qui restent à construire ! Cela m’emmène à ma remarque suivante, qui porte sur la complexité inhérente à la FOAD.

 La complexité engendre bien des complications ! Ou ...comment naviguer dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes

L’ouverture de l’offre de formation va de pair avec la complexité : plus c’est ouvert, plus c’est complexe, mais c’est de la complexité que naît la vie et que naît l’intelligence par la rencontre avec l’autre. Comme je l’ai évoqué précédemment, avec la nouvelle loi, on passe d’un mode relativement dichotomique (plan de formation = besoin de l’entreprise, CIF = éducation permanente) à une imbrication des deux et à une complexification des modalités possibles. Or, de même que selon certains observateurs le monde de la formation résiste à la rationalisation, il résiste aussi à la complexité, ce qui conduit là encore à des positions d’attente (wait and see), et à des simplifications abusives. S’il n’est pas encore aisé de naviguer dans les arcanes de la loi, qui demande à être expliquée, dont les contradictions apparaîtront avec l’application (à tel point qu’il sera sans doute nécessaire de disposer d’un vade-mecum) nos efforts ne doivent pas tendre à simplifier mais au contraire à appréhender la complexité et poser des repères. Notre véritable ennemi, ce n’est pas la complexité, qui est inhérent à l’acte d’apprendre dans notre société dite « de la connaissance » mais la complication ! Pour lutter contre ce phénomène, posons des repères, revenons aux concepts de base, ce qui est l’objet de ma sixième remarque. 6. Des repères, des balises dans un environnement instable

Ma dernière remarque porte effectivement sur la nécessité de parler un langage commun, ce qui en quelque sorte boucle avec le point 1. Il n’est pas banal de constater que l’on doit s’interroger par exemple sur ce qu’est la formation, et encore moins banal que la réponse à cette question semble aussi simple :

  • un apprenant identifié ;
  • qui veut apprendre quelque chose de nouveau ou acquérir une nouvelle compétence ;
  • et pour qui on détermine des moyens compatibles avec l’individu et l’objectif.

Poser des repères, c’est aussi formuler des objectifs rationnels et réalisables tel que celui-ci : « proposer des itinéraires individuels modulables, tout au long de la vie, avec des séquences de différents types (stages, formation sur poste de travail, FOAD, VAE, tutorat, passeport de formation, etc.) pour s’accomplir dans sa vie d’homme/ de femme, de citoyen et de salarié. » A cet égard, le terme itinéraire est pertinent. De même que la carte n’est pas le territoire, l’itinéraire n’est pas le parcours : l’itinéraire, c’est la prévision par le formateur, établie en co-responsablité avec l’apprenant. Le parcours en revanche est le produit de l’activité de l’apprenant – on parle alors de parcours d’apprentissage – éventuellement en étant accompagné par un formateur. Mais l’acte d’apprendre appartient, de mon point de vue, à l’apprenant : on n’accompagne pas quelqu’un qui ne va nulle part ! Certains témoignages pourtant, parle de mystification : « un employé ne peut décider seul de son employabilité. »

Enfin, il faut se méfier des termes polysémiques ou ambigus : ainsi, on parle indifféremment de mutualisation, de partenariat, de relation de prestataires, de coopération … sans toujours mettre les mêmes sens derrière ces termes.

En terme de repère et de balise, il semble bien que le RBP, au delà de l’effet d’entraînement et de coopération dans son mode de production, peut jouer, dans sa version « doctrinaire mais non dogmatique », ce rôle de balise, de guide, voire de viatique pour des formateurs et des chefs de projets e-learning. Les témoignages de la seconde journée étaient éloquents, avec cependant une limite, en tout cas dans son utilisation actuelle, de n’avoir pas « encore » servi à construire des partenariats : c’est plutôt un outil de pilotage interne, et non encore de co-construction partenariale d’une offre de FOAD sur un territoire.

Pour terminer sur une note d’optimisme, et pour rompre une autre frontière, celle de l’art et de la raison, je finirai sur un petit poème… librement inspiré de Paul Verlaine, qui pourrait s’intituler « colloque sentimental », ou bien encore « le rêve familier de l’apprenant » :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant, d’une FOAD inconnue, qui m’aide et que j’aime, et qui n’est jamais ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend...

Partager ce contenu


Publicité

Cegos

Régie publicitaire

S'abonner à la lettre FOAD

Contacter le service FOAD

Nous contacter

Centre Inffo
4, avenue du Stade-de-France
93218 Saint-Denis-La Plaine
contactez nous

Les sites de Centre Inffo

Recherches


Plan du site - Régie publicitaire - Nous contacter - Accessibilité - Mentions légales - Haut de page
Droits de reproduction et de diffusion réservés © Centre Inffo 2012
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.