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La charte pour l’inclusion numérique et sociale ou l’optimisme de la volonté
DEGUERRY Nicolas - septembre 2004

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Une dizaine de propositions pour le développement raisonné des environnements numériques et la prise en compte des publics les plus précaires dans la mise en oeuvre des nouvelles modalités de formation.

Cet article est initialement paru dans le n° 642 de la Lettre Algora daté du 1er au 15 septembre 2004, publié sous forme d’encart mensuel dans la revue INFFO Flash


Vous êtes-vous déjà demandé quelle différence pouvait-il y avoir entre être contre le chômage ou pour l’emploi, contre la mondialisation ou pour la régulation des échanges, contre l’exclusion ou pour l’inclusion, etc. ? Peut-être s’agit-il de la différence entre la révolte et la réforme. En allant de l’une à l’autre, on passe du temps du refus au temps des propositions...

Des propositions, la "charte pour l’inclusion numérique et sociale" dont il est ici question en compte une dizaine, chargée de promouvoir le développement raisonné des environnements numériques et, notamment, de penser les nouvelles modalités de formation en fonction des publics les plus précaires.

Divisée en trois parties, cette charte aux allures militantes dresse un état des lieux avec une analyse des principaux problèmes et opportunités du numérique, propose de promouvoir un "e-learning social", et suggère de signer une déclaration pour créer une société de l’information qui soit réellement participative et égalitaire.

Si le sens pratique conduit bien souvent à considérer comme évidente la thèse sous-jacente à l’ensemble du document, la complexité de la société de l’information et la très inégale compréhension des enjeux justifient sans aucun doute la démarche. L’intérêt de formaliser des préceptes de bon sens apparaît d’ailleurs d’autant plus clairement qu’une lecture attentive de cette initiative montre que le risque de dérive technologiste, même involontaire, n’est jamais loin. D’où l’importance, soulignée par les auteurs, de placer l’individu en amont du système et, précision non négligeable, de conserver et d’améliorer des politiques sociales extérieures à la société de l’information. Autrement dit, puisque le "village" n’est décidément pas aussi "global" que la théorie des médias le prétend, attention à la prolifération de hameaux isolés. L’intercommunalité qui fait beaucoup pour le développement du territoire doit moins aux technologies de la communication qu’à la volonté politique.

Autant de positions qui font écho aux propos de Yves Lasfargue sur le danger de la "frénésie technologique", responsable d’une "bulle sociale" qui, en l’absence de prises de position politiques fortes sur la place des technologies dans nos sociétés contemporaines, pourrait bien connaître le même sort que la bulle financière qui l’a précédée . On pourra voir aussi dans cette charte une tentative de (ré)action à la contribution essentielle d’Eric Guichard sur la fracture numérique. Comme l’analysait l’édito d’Algora du mois de mai 2004, "le fond du problème […] renvoie au capital économique, social et culturel dont disposent les individus et les groupes sociaux. La fracture numérique n’existe que comme la traduction de discriminations plus profondes."

Rédigée en onze langues européennes, la charte est une initiative eLearning for e-Inclusion, soutenue par le programme eLearning de la Commission européenne. La version française est disponible pour lecture, signature et impression sur le site du GRETA du Velay : http://charte.velay.greta.fr

Reste à savoir si le collectif impliqué a les moyens d’atteindre suffisamment de financeurs, décideurs et prescripteurs pour espérer orienter l’avenir de la société de l’information dans un contexte où tous les systèmes d’intérêt ne convergent probablement pas vers l’intérêt collectif. Entre charte de bonne conduite et lobbying actif, le positionnement de cette charte n’est donc pas facile.

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