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Entretien avec

Laurence Demonet
vice-présidente du Conseil régional de Lorraine, en charge de la formation des salariés et des demandeurs d’emploi

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Expérimentée dans le domaine des gestions de restructuration, la Lorraine entend anticiper, comme elle le fait avec les “plateformes découverte métiers”. Elle soutient également le vaste plan de formation de la Sovab, filiale de Renault.

Inffo Flash - La Lorraine fait figure de région emblématique des restructurations industrielles depuis plus de trente ans. Quelles réponses le Conseil régional leur apporte-t-il en termes d’actions de formation  ?
Laurence Demonet - Nous sommes dans une région qui bénéficie d’une forte structure industrielle. Il est vrai qu’il y a chaque année des pertes d’emplois. On ne va pas néanmoins se contenter de pleurer sur notre sort et de s’engager seulement dans du curatif. Même dans l’acier, l’automobile, le textile, des emplois continuent de se créer, mais très liés à des évolutions technologiques poussées. C’est pourquoi nous mobilisons par anticipation les publics sans emploi ou fragiles sur des secteurs demandeurs via la création de plateformes découverte métiers qui comportent des actions de formation à l’embauche.

IF - En quoi consistent ces plateformes, et comment fonctionnent-elles  ?
L. D. - Nous appelons l’Assédic, l’ANPE, les Missions locales à coopérer pour le recrutement. Les entreprises prennent en charge 50 % de la formation des personnes embauchées et la Région l’autre moitié. Trois cents personnes ont ainsi été embauchées par la plateforme en un an. Il faut noter qu’un travail intense sur trois mois est nécessaire pour monter de telles opérations, et la Région y consacre un budget annuel de 10 millions d’euros.

IF - La Région intervient également en direction des salariés... de quels salariés  ?
L. D. - Il s’agit de personnes peu qualifiées, fragilisées si elles devaient reprendre pied sur le marché de l’emploi après un licenciement. Pour ces salariés, la Région a développé plusieurs boîtes à outils destinés aux entreprises qui les emploient. Il peut s’agir de conseil en matière de plan de formation interne, de GPEC, des soutiens au temps partagé entre TPE. Nous délivrons également des chèques de transition professionnelle pour les personnes en reconversion. Ce volet transition professionnelle de notre action est budgété à hauteur de 10 autres millions d’euros par an.

IF - Renault supprime 5 000 emplois en Europe, dont 1 000 en France, et la Lorraine investit dans la formation de 2 000 salariés du site de la Sovab, filiale de Renault à Batilly. Vous avez donc l’espoir que ces emplois demeurent en Lorraine  ?
L. D. - La Sovab s’est trouvée en grand danger voici trois ans. Depuis qu’elle fabrique ce véhicule utilitaire, le Master, elle s’est redressée et emploie 2 500 personnes. À présent, l’entreprise investit 10 millions d’euros dans un vaste plan de formation [voir l’article p. 26] qui touche 80 % du personnel et devrait permettre une réorganisation complète de la production, y compris la création de nouveaux produits. Dans de telles conditions, la Région ne peut que s’associer à l’effort de formation de milliers de personnes pour s’adapter aux marchés...

IF - La Région apparaît très active en matière de politique conventionnelle de financement de la formation. Pouvez-vous nous expliquer comment cela fonctionne en Lorraine  ? L. D. - Il faut d’abord avoir un projet commun et précis, et qui, bien sûr, touche les publics entrant dans le champ de compétences de la Région. Nous travaillons avec les Assédic, les Opca, l’État, d’autres collectivités territoriales. C’est une manière de travailler souple et efficace que nous pratiquons depuis des années.

IF - La négociation sur la réforme de la formation commence le 30 septembre. Qu’en espérez-vous pour les salariés, notamment en termes de sécurisation de leurs parcours  ?
L. D. - Nous n’avons pas attendu la négociation entre partenaires sociaux pour agir. Le paysage décisionnel bouge tout le temps. Nous saurons nous caler sur ce qui sera décidé. Il faudrait néanmoins que les grandes initiatives de formation soient régionalisées, de même qu’il faudrait pouvoir parvenir à une gouvernance de codécision avec le service public de l’emploi. La formation et l’emploi sont trop intimement liés pour qu’il en soit autrement. En Lorraine, nous croyons aussi beaucoup à la coopération avec les branches dans le cadre de contrats d’objectifs pas trop rigides, afin de faire face aux réorientations des marchés.

Propos recueillis par Renée David-Aeschlimann

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