Bernard Abeillé, directeur du Fonds unique de péréquation (FUP) depuis le mois d’août 2007 animait le 23 janvier une réunion du réseau des directeurs de Fongecif, en marge de la Xème Université d’hiver de la formation professionnelle. Une opportunité pour mettre l’action des organismes collecteurs en perspective à la lumière des évolutions que traversent la formation et l’emploi.
Centre INFFO : Le projet de loi sur la modernisation du travail évoque un nouveau rôle pour la future entité ANPE-Assedic vis-à-vis des salariés. Quelle place auraient alors les Fongecif ?
Bernard Abeillé : Nous n’avons pas d’éléments sur ce que va être en détail le système. Ce que nous savons c’est que les Fongecif ont une implantation territoriale : leur force est d’être au plus proche des salariés. D’autre part, l’action des Fongecif bénéficie majoritairement aux salariés des PME, principalement aux ouvriers et employés de niveau IV et V qui sont les plus éloignés de la formation. L’autre réalité est que l’ensemble du réseau Fongecif reçoit 250 000 sollicitations et accueille, pour un ou plusieurs entretiens, 100 000 salariés par an. Les vingt-sept structures et 500 salariés ont une mission d’instruction de dossier et de conseil qui consiste à accueillir le salarié, lui faire préciser son projet professionnel et de le faire déboucher sur diverses prestations : un bilan de compétences, une formation, une VAE.
Je suis étonné quand je lis que le service public de l’emploi sera là pour recevoir et conseiller le salarié dans le choix d’une formation [1]. Cela fait dix ans que nous faisons cela, et notre savoir-faire disparaîtrait d’un trait de plume ? Recevoir du jour au lendemain 100 000 personnes, ça ne s’improvise pas. Mais beaucoup de choses ont été écrites dans cet accord qui méritent d’être précisées. J’aime à penser et nous sommes tout à fait prêts à le faire, que cela pourrait être le début d’une collaboration plus étroite avec le SPE.
Centre INFFO : Comment voyez-vous votre action dans la sécurisation des parcours vue par l’accord sur la modernisation du marché du travail [2] ?
Bernard Abeillé : La transférabilité du DIF va être difficile à organiser telle qu’elle est décrite. En dehors de cela, il existe le DIF CDD pour lequel les Fongecif n’appellent pas de fonds et à propos duquel les partenaires sociaux n’ont pas résolu la question de la contribution. Avant d’aller plus avant, il faudra que cette question soit résolue. Par ailleurs, un CIF coûte en moyenne 20 000 euros. Si la réforme de la formation, qui doit être conduite au premier semestre prochain, conduisait à supprimer le 0,9% et qu’il ne reste que le 0,2%, il faudrait de 800 à 900 salariés pour financer un CIF, ce qui éliminera ceux des entreprises de moins de 200 salariés.
Centre INFFO : Le rapport sénatorial remis le 11 juillet prévoit la réduction du nombre d’Opca. Voyez-vous votre avenir menacé ?
Bernard Abeillé : L’intervention au plus près des salariés est une demande actuelle, et je ne vois pas l’intérêt d’un Fongecif national : si on veut conseiller les salariés, il faut un conseiller et un management locaux. Les Fongecif ont une structure régionale avec une régulation nationale assurée par le FUP. Nous avons une position très originale à faire valoir au regard de la territorialisation, de l’intervention au plus près des salariés. Nombre d’éléments qui plaident en faveur des Fongecif.
[(Bernard Abeillé met l’information et la communication au cœur de son action. Le FUP a lancé mi-janvier une lettre bimensuelle « Le News du FUP », pour alimenter le réseau en informations sur leur activité et pour leur permettre de partager leurs expériences. La lettre doit aussi informer sur la réforme à venir et traiter d’autres dispositifs comme l’alternance. « Nous essayons de décloisonner les informations sur les Opca et les Fongecif et mettre en avant des actions communes. » Il finalise une version actualisée du Guide repère de la mission conseil pour début février.)]
par Béatrice Delamer
Le Quotidien de la formation































