« Désapprendre tout ce que tu as appris, tu dois ! » Cette apostrophe de Maître Yoda à son élève Luke Skywalker dans Star Wars illustre l’état d’esprit que Kristy Anamoutou, responsable du e-learning au sein d’EADS Learning Services a souhaité développer dans son département depuis 2008. « Les projets e-learning doivent être immédiatement déployés au sein des groupes et des entreprises, même s’il s’agit de versions bêta encore en cours de test. C’est à cette condition que l’on pourra réellement inscrire l’apprentissage numérique dans les mœurs de nos collaborateurs » a-t-elle indiqué lors des rencontres du e-learning et de la formation mixte, le 22 novembre 2011.
Ce développement de la culture e-learning nécessite cependant une importante sensibilisation des chefs d’équipes, des managers, des services achats et des ressources humaines pour pouvoir se répandre dans les entreprises. Mais attention aux effets d’annonce qui peuvent se retourner contre leurs émetteurs : « les deux premières années, nous avions fait beaucoup trop de communication auprès des chefs de projets et des collaborateurs... Cela a pu, par la suite, entraîner des déceptions au sein des équipes ». EADS et ses différentes filiales ont totalisé 2,5 millions d’heures de formation réalisées en 2010 [1], chiffre qui s’explique par la nature hautement technologique et perpétuellement innovante des activités industrielles du groupe. « Nos collaborateurs se situant géographiquement dans toute l’Europe, le recours à des formules e-learning et blended learning transnationales était indispensable. De plus, au vu de nos activités industrielles, la formation initiale de nos collaborateurs ou même les compétences qu’ils pourraient développer au titre du Dif, par exemple, ne répondent pas aux besoins technologiques d’EADS qui organise des séances de formation en permanence » a expliqué Kristy Anamoutou.
Cependant, l’adéquation entre la demande de formations numériques émanant des collaborateurs du groupe et la réalité de leur assiduité une fois celles-ci déployée ne fut pas évidente à percevoir. « Il existe un différentiel énorme entre les notes d’intention concernant le e-learning et l’utilisation effective de ces produits » a souligné la responsable e-learning. Une situation qui a amené EADS à monter une équipe issue des services marketing chargée de plancher sur l’amélioration de l’expertise des départements formation du groupe au blended learning en 2010.
Si le e-learning et le blended learning constituent deux formules de formation gagnantes pour un groupe tel qu’EADS, l’aspect numérique et technologique ne doit pas l’emporter sur les besoins pédagogiques. « Maintenir l’adéquation entre la pédagogie et le business est primordial » a estimé Kristy Anamoutou. « Mieux vaut construire de bons outils plutôt que de satisfaire les geeks qui s’amuseront quelques secondes à se créer un avatar en 3D et laisseront tomber dès que le programme ne les distraira plus ». Une notion d’efficacité indissociable de celle de reporting, pas encore au point chez EADS comme l’a avoué la responsable e-learning. « Pour des raisons de sécurité, toutes les plateformes du groupe ne sont pas accessibles à l’intégralité des collaborateurs, ce qui rend difficile d’obtenir des retours sur les formations dispensées, aussi nous nous efforçons de sensibiliser au mieux les chefs d’équipes et de projets afin que ceux-ci nous fassent remonter l’information » a expliqué Kristy Anamoutou. « Mais ce n’est pas simple » a-t-elle toutefois concédé, « faire accepter le changement à des chefs de projets répartis sur 125 sites demande beaucoup d’énergie et de force ». Et qui de mieux pour maîtriser la force que Maître Yoda ?
par Benjamin d’Alguerre
in Le Quotidien de la formation, 22 novembre 2011
































