Les Régions s’impliquent en faveur de la mobilité des apprentis, en apportant des cofinancements et en facilitant la mise en synergie des acteurs. En Nord-Pas-de-Calais, Martine Filleul joint l’action à la parole.
Inffo Flash : Quels sont les objectifs de l’ARF en termes de développement de la mobilité des apprentis ?
Martine Filleul : Faire avancer les mentalités, sensibiliser et convaincre les entreprises de l’intérêt de la mobilité, qui est très réel : ce sont nos objectifs.
Du point de vue de l’ensemble des Régions, nous pensons qu’il est important qu’une ouverture sur l’extérieur soit comprise dans les parcours des apprentis. Les jeunes n’en reviennent pas identiques.
Les Régions souhaitent aussi introduire davantage d’égalité dans la mobilité européenne. Il faut qu’elle puisse concerner plus de jeunes en difficulté, en cours d’insertion, pour promouvoir à la fois leur ouverture personnelle et leur perfectionnement professionnel. C’est le cas en Nord-Pas-de-Calais : nous nous tournons vers des publics qui se trouvent de fait très éloignés des dispositifs européens.
Inffo Flash : Pour quelles raisons ?
Martine Filleul : Les bourses Leonardo, telles qu’elles ont été conçues, apparaissent aujourd’hui trop contraignantes, notamment sur le plan de la durée, pour les CFA et les entreprises. Si la durée du déplacement à l’étranger est trop importante, les entreprises hésitent, pour le moins, à laisser partir le jeune. Donc, il faut plus de souplesse. Les Régions apportent utilement leur appui à des séjours de quelques jours à quelques semaines.
Par ailleurs, certains CFA ont les moyens d’avoir un responsable dédié, mais pour les plus petits, cela peut s’avérer vraiment très compliqué, surtout quand il s’agit d’utiliser des crédits européens, le montage est lourd. Des erreurs sont possibles et les contrôles sont redoutés. Quand il s’agit des crédits européens, FSE, par exemple, les centres apprécient toutes les démarches qui facilitent le montage des dossiers. La simplification des procédures est donc la priorité. Nous savons du reste que la Commission réfléchit à de nouveaux dispositifs, pour tenir compte de ces réalités.
Enfin, nous adressons des demandes pour que paraisse le décret sur le cadre juridique de la mobilité européenne des apprentis, et notamment la couverture des jeunes. Les responsabilités des uns et des autres doivent être mieux cernées quand le jeune est à l’extérieur.
Inffo Flash : Quelles actions avez-vous mis en place en Nord-Pas-de-Calais ?
Martine Filleul : En Nord-Pas-de-Calais, l’appel à projets Qualité comporte un volet consacré à la mobilité des apprentis. En 2006, 940 d’entre eux ont été concernés, sur des voyages d’une journée à deux semaines. La Région y a consacré 330 000 euros. Douze CFA ont participé, sur la cinquantaine que compte la région. La marge de progrès est donc encore importante. Nous y travaillons, avec pour objectif une culture partagée par tous les CFA.
Les différents secteurs étaient concernés, avec au premier plan l’apprentissage dans l’enseignement supérieur (300 apprentis de Forma Sup), l’artisanat (240 apprentis du réseau des Chambres de métiers, et également des compagnons) et le commerce (avec les CCI de Valenciennes, Lille et Saint-Omer), mais aussi l’agriculture, l’agroalimentaire, le secteur du paysage. Nous avons mis l’accent sur l’importance du travail partenarial avec les CFA et aussi, notamment, sur la formation linguistique. Ce point est trop souvent négligé. Les jeunes qui partent ne doivent pas être “perdus”, sinon ils ne retirent pas les avantages de cette mobilité.
À ce titre, et selon la durée, nous pouvons financer des formations. Toujours dans un esprit pragmatique, nous privilégions la mobilité transfrontalière - notre positionnement géographique s’y prête tout à fait. Des déplacements sont donc organisés avec le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas. Mais nous avons aussi des projets Nord-Sud : notamment, des apprentis et lycéens sur deux lycées du Cameroun, en partenariat avec des entreprises privées.
Nous relançons actuellement l’appel à projets pour que de nouveaux CFA s’y impliquent. L’un des grands atouts du dispositif est l’échange de bonnes pratiques qu’il permet entre les CFA. Car il faut, en quelque sorte, décomplexer ceux qui n’ont jamais pratiqué la mobilité.
Propos recueillis par François. Bolz.
1 Martine Filleul est également vice-présidente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais, chargée de l’apprentissage et de l’Europe.
Contact :
Michael Huyghe, Conseil régional Nord-Pas-de-Calais,
Email :
michael.huyghe@nordpasdecalais.fr
































