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Michel Diaz (Féfaur) « stupéfait de constater à quel point RH et formation sont cloisonnés dans les entreprises »

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L’arrivée du e-learning dans les entreprises a-t-il eu un impact sur l’activité des départements de formation ? Et, le cas échéant, comment le mesurer et quelles nouvelles organisations bâtir pour répondre aux défis du business et de l’intégration de ces nouvelles technologies ? Ces questions étaient au cœur des débats organisés lors des rencontres du e-learning et de la formation mixte, tenues le 23 novembre 2011. Pour Michel Diaz, président du cabinet Féfaur et organisateur de l’évènement, l’influence du e-learning se mesure d’ores et déjà en induisant des changements profonds dans la fonction même de formateur : « avec la e-formation, on s’éloigne de l’acquisition pure de connaissances pour se recentrer davantage sur la notion de compétences à acquérir. Le formateur n’est plus ce « bloc de connaissance » qui nourrit les apprenants, mais un accompagnateur, un tuteur qui les guide dans la maîtrise de nouveaux éléments professionnels ».

Toutefois, ce changement dans la nature des activités des formateurs peut être anxiogènes pour ces derniers. « Lorsque nous sommes passés au e-learning à l’Université du Courrier (le centre de formation de La Poste), plusieurs formateurs nous ont fait part de leurs craintes à propos de ce nouvel outil susceptible non seulement de modifier leur travail, mais peut-être de leur coûter leur emploi » a indiqué Catherine Dumas, directrice du campus numérique de La Poste. Face aux angoisses exprimées, le direction du groupe a jugé utile de s’associer avec une université strasbourgeoise afin de développer un diplôme universitaire consacré à la formation numérique. « 26 de nos formateurs ont suivi ce cursus – au terme duquel tous obtinrent leur diplôme – pendant une durée d’un an. Non seulement, ils ont acquis de nouvelles compétences, mais cinq des six modules étaient précisément des modules e-learning, ce qui leur a permis de s’habituer à ce dispositif et à changer leur regard en la matière ». Pour Sylvie Sola, directrice de la formation internationale chez Clarins, l’arrivée de la e-formation constitue une opportunité pour les départements de formation. « les outils de formation numérique n’impliquent plus uniquement les responsables de formation, mais aussi ceux du marketing, de l’informatique et des RH. C’est l’occasion de nouer de nouvelles relations partenariales avec des départements qui jusqu’alors se parlaient peu ».

Mais la multiplication des interlocuteurs peut également conduire à des projets mal pilotés. Responsable du Pôle innovation et développement au sein de l’UIMM, Laurence Delord était responsable RH chez PSA en 2001 lorsque les premiers modules e-learning furent introduits dans les dispositifs de formation. Et elle ne souhaite plus revivre les mêmes erreurs. « Lorsque j’ai pris en charge le déploiement e-learning dans le réseau UIMM, j’ai demandé à ce que l’administrateur de la plateforme Cornerstone soit rattaché aux ressources humaines et non à l’informatique » a-t-elle annoncé. Évoquant justement les ressources humaines, Michel Diaz a révélé sa stupéfaction de « constater, parfois, à quel point les services RH et le département formation sont cloisonnés dans les grandes entreprises. De fait, les ressources humaines n’entendent généralement parler de formation que lorsque le responsable formation de l’entreprise vient négocier l’enveloppe annuelle consacrée au plan ! C’est dommageable car la formation nourrit les RH ». Laurence Delord s’est voulue plus rassurante : « la gestion des compétences et la formation vont devenir des questions de plus en plus transverses pour les entreprises. A termes, elles impliqueront aussi les directions juridiques et même les services de communication ».

« Beaucoup de grandes entreprises ont atteint le niveau pour produire du contenu en interne, souvent au titre du rapid-learning » a rappelé Michel Diaz, même si la tendance demeure à l’externalisation pour les produits « lourds ». « L’intégralité de la gestion de projets demeure encore à acquérir dans de nombreuses entreprises, car il ne s’agit pas uniquement de concevoir et de story-boarder des modules de rapid-learning, mais aussi de maîtriser les coûts de fabrication, de respecter les délais, les budgets, de connaître la législation relative à la formation numérique... et surtout, savoir défendre un budget face aux services comptables ! Or, culturellement, la gestion budgétaire est souvent le talon d’Achille des départements formation ».

par Benjamin d’Alguerre

in Le Quotidien de la formation, 24 novembre 2011

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