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Ouverture des troisièmes rencontres du Forum Français pour la Formation Ouverte et à Distance, mars 2002
BAHRY Jacques - juin 2002

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Thème général : L’heure des solutions mixtes


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Ouverture des troisièmes rencontres du fffod par Jacques Bahry
Bonjour à tous et bienvenue à ces troisièmes rencontres, organisées cette année en collaboration avec le Salon de la Formation et Génération Formation. Après avoir observé, en 2000, la "formation ouverte dans tous ses états", après s’être interrogé l’année dernière sur "les illusions et la réalité du e-learning", ce troisième rendez-vous est l’occasion de montrer que "l’heure est aux solutions mixtes". Signe de sagesse, qui coïncide avec l’entrée du FFFOD dans l’âge de raison.

L’usage des technologies se développe en France. De ce point de vue, le fameux retard français semble se combler progressivement ; 82 % des PME françaises sont désormais connectées à Internet contre 88 % pour la moyenne France, Allemagne, Espagne, Italie, et 28% bénéficient du haut débit contre 25 % pour la moyenne des 4 pays cités. En France, 29 % de l’investissement sont consacrés aux TIC contre 24 % pour la moyenne des autres pays cités. C’est l’assurance d’une réelle progression dans les prochaines années.

En ce qui concerne le marché des dispositifs de FOAD et de e-learning, il est en croissance, mais reste néanmoins limité. La mise en place est lente (peut-être encore ralentie par les événements du 11 septembre, car c’est un secteur où l’influence américaine est forte). Beaucoup d’entreprises spécialisées ont fermé ou vont mal. Nous sommes très loin des rêves de start-up de la soit disant nouvelle économie, mais néanmoins, les choses avancent.

Les changements significatifs sont d’un autre ordre et ils ne concernent pas que la formation. Ce qui se passe dans les banques, par exemple, me paraît très révélateur. La demi-douzaine de e-banques créées au cours de ces cinq dernières années, dans le but d’économiser les agences, les guichets et les guichetiers, sont en mauvaise posture. L’une d’entre elles qui avait mené la plus grande campagne publicitaire, Ze Bank, vient d’être vendue à très bas prix. Elle n’avait enregistré que 70 000 clients. Celle qui a le plus de succès doit atteindre les 100 000 clients. On pourrait en déduire à l’inutilité de l’Internet pour les services bancaires, mais dans le même temps la BNP Paribas, avec toutes ses agences, guichets et guichetiers, annonce néanmoins plus de 400 000 de ses clients abonnés à ses services en ligne.

Cet exemple pris dans le secteur bancaire démontre bien le succès de ce que les Américains appellent l’option "click and mortar". Les TIC (ne parlons plus du N !) ne peuvent plus prétendre - d’ailleurs elles-mêmes ne prétendaient rien ! - définir une nouvelle économie. Elles constituent des outils nouveaux déjà hyper puissants et à très haut potentiel pour rendre plus efficace la production, la gestion, la distribution, la commercialisation, la promotion des entreprises, bref d’une économie qui reste classique. Ce faisant, elles modifient considérablement les métiers, les besoins de compétences, les modes de communication, les modes de travail, les équilibres entre les acteurs d’une filière économique, selon leurs capacités à les exploiter pleinement. Ces éléments de changement sont considérables, mais nous n’avons pas changé pour autant d’univers.

En formation, nous assistons au même phénomène. Comme le rappelle le thème de notre colloque, l’heure est aux solutions mixtes. Lorsque Bernard Blandin du FFFOD, de retour des "Amériques", nous a fait découvrir le dernier concept de "blended solutions", certes les amateurs de whisky ont été ravis, mais surtout les professionnels que nous sommes ont pris acte que le réalisme bien connu des Américains les conduisait très pragmatiquement à effectuer un virage à 180°, car décidément le e-learning "pur" ne marche pas, ou plutôt ne marche pas beaucoup ni surtout avec beaucoup de personnes.

Une fois passée cette satisfaction morale d’avoir eu raison avant nos cousins d’Outre-Atlantique - car que sont les "blended solutions" sinon un dispositif de FOAD ? - il convient de tirer toute la signification, toutes les conséquences de cette nouvelle perspective. Là où le e-learning se présentait comme une alternative aux dispositifs de formation classique, les solutions mixtes sont des formules d’innovation et d’évolution des dispositifs classiques.

Les solutions mixtes rapatrient le e-learning comme une modalité innovante des dispositifs de formation classique ou comme un enrichissement, une amélioration des dispositifs d’e-learning pur, en leur ajoutant ce qu’il faut de temps de face à face pour trouver leur pleine efficacité et pouvoir s’adresser à un public suffisamment large. Les solutions mixtes conservent les deux principaux points forts du e-learning :
- le plein usage des technologies de l’information et de la communication, mais seulement autant que de besoin pour les apprenants ;
- l’individualisation autant que nécessaire.

Ce faisant, le développement de ces formules mixtes ne manque pas de poser un problème de lisibilité, et de saisie statistique pour leur observation. En effet, à partir de quel degré de mixité peut-on qualifier un dispositif de formation de formule mixte ?

La portée pédagogique des formules mixtes est relativement claire ; elles sont satisfaisantes pour le FFFOD, qui les préconise depuis sa création. Elles sont rassurantes pour le monde de la formation, qui a tout de même nourri des craintes à l’égard du e-learning en tant qu’option alternative. Et paradoxalement, c’est sans doute d’ailleurs cet aspect rassurant des formules mixtes qui comporte le plus de risques. Il ne faudrait pas en effet que tout formateur, sous prétexte qu’il utilise un CD-Rom à un moment donné, considère qu’il est un professionnel des FOAD, tout comme M. Jourdain faisait de la prose ! Il convient donc de réaffirmer l’importance de ces changements pédagogiques, qui nécessitent une re-ingénierie des dispositifs de formation classiques et ne consistent pas simplement en l’introduction d’un module avec TIC quelque part dans un programme existant. Tous les travaux menés sur l’évolution des métiers des formateurs sont plus que jamais d’actualité. Il en va de même de toutes les réflexions conduites sur l’organisation des formations.

C’est sans doute sur le plan du modèle économique que le concept de formules mixtes induit le plus de différences par rapport au e-learning, alternative pure et simple aux dispositifs classiques. Je pense que la meilleure approche est de partir des besoins du client. Comment les exprime-t-il ? Comment, qui, avec qui va-t-il y répondre ? Dans le scénario "e-learning", il pouvait exister une demande d’entrée de jeu "e-learning". En revanche, dans le scénario "formules mixtes", le plus souvent il n’y aura pas de demande précise de "blended", il y aura demande de formation tout court. Le "blended" se trouvant intégré dans la réponse, car pouvant constituer la meilleure réponse à la problématique posée. Le scénario e-learning tendait à remplacer le formateur par l’éditeur, que ce soit de ressources ou de services. Le "blended" tend à rendre l’éditeur partenaire ou sous-traitant du formateur, ou plus exactement, car ce n’est pas toujours le formateur, de celui qui prend en charge l’ingénierie du dispositif de formation. Tant pis pour le formateur s’il n’a pas acquis les compétences utiles pour que ce soit lui ! Dans ce nouveau paysage, le formateur a un avantage, car c’est généralement à lui que va s’adresser le client, et c’est lui qui est sensé a priori connaître le mieux le marché de la formation. Cependant, d’autres experts, éditeurs, ou technologues, peuvent facilement se positionner.

Si le scénario du e-learning pouvait pousser un groupe ambitieux à proposer en parallèle une offre "e-learning" et une offre classique, pour être présent sur toutes les évolutions possibles du marché, chaque acteur pouvait néanmoins décider de sa stratégie en travaillant seul, sur son créneau spécifique (formation, édition, technologie …). Le scénario des formules mixtes a comme nouveauté d’obliger à travailler ensemble pour fournir au client la solution mixte dont il a besoin. Certes, chaque acteur peut imaginer un moment pouvoir se passer des compétences d’autrui. Il peut même les sous-estimer, comme c’est le cas souvent, et tenter de les réinventer. Mais ce n’est pas le choix de la qualité des dispositifs ni à terme celui de leur compétitivité. L’heure des solutions mixtes, c’est celle des regroupements de compétences, (et le FFFOD s’y reconnaît bien puisque c’est l’un de ses objectifs depuis sa création).

Ce regroupement des compétences peut se réaliser de trois manières :

  • soit par développement interne des compétences complémentaires nécessaires ;
  • soit par rachat de prestataires spécialisés ;
  • soit par partenariat et constitution de réseaux.

Les deux premières se feront toujours au profit des plus puissants et des plus riches, qui ne sont pas toujours les meilleurs, mais de plus, le développement interne est lent et la consanguinité qu’il occasionne n’aboutit pas toujours à la solution la plus créative ni productive. En outre, la croissance externe dans des métiers où la seule valeur marchande est la compétence humaine est toujours difficile et risquée. La troisième manière est la plus souple. Elle garantit le respect de la culture et du métier de chacun, mais la pérennité du partenariat reste liée à l’obtention de marchés. Elle est sans doute celle qui convient au plus grand nombre d’opérateurs. Elle a constitué d’ailleurs les origines de la création du FFFOD.

Si pour analyser le présent, je me suis appuyé sur l’exemple des banques, en revanche pour l’avenir c’est ce que l’on commence à observer dans la presse qui me paraît le plus révélateur. En effet, les difficultés de la presse en ligne, dans son aspect informatif en temps réel, alors que tant d’espoirs étaient portés sur elle (à l’instar du monde de la formation, espoirs de certains mais craintes d’un bon nombre) et dans le même temps le succès, semble-t-il confirmé, des services de consultation d’archives des journaux, me laissent penser, contrairement à ce que l’on a trop facilement cru dans notre société en recherche de rapidité, de zapping, de non-attente, que le grand intérêt pour les TIC n’est pas lié à leur seule capacité de vitesse, mais réside surtout dans leur fantastique capacité d’archivage et donc de consultation, c’est-à-dire de capitalisation du savoir.

Demain, mais déjà aujourd’hui, la mixité ne se retrouvera pas uniquement dans le cadre des dispositifs de formation, mais aussi entre la formation et l’information, ainsi que tout ce qui concourt à l’acquisition de connaissances : le "knowledge management". Ainsi, l’évolution des choses, la force du réel contre les vendeurs d’illusions, l’action que nous avons menée également au FFFOD, modestement, notamment en matière de réglementation, ont permis d’intégrer la FOAD, c’est-à-dire les solutions mixtes, dans l’ensemble plus large dont elles relèvent, celui de la formation en général, faisant de ce fait évoluer cette dernière elle-même.

Et suite à cette intégration, loin d’être achevée, il s’agit déjà maintenant, et là aussi grâce au développement de ces mêmes technologies de l’information et de la communication, d’intégrer la formation et tout ce qui la définit, c’est-à-dire un degré élevé de formalisation, comme un cas particulier de cet ensemble encore plus vaste que constituent les processus d’acquisition des savoirs.

Jacques Bahry
président du fffod et d’Algora, directeur du Cesi


FFFOD - Forum français pour la formation ouverte et à distance : les activités du fffod ont pour objectif principal de promouvoir la formation ouverte et à distance. Elles sont organisées en fonction des besoins et des attentes de ses membres. Elles permettent ainsi de contribuer à la réflexion, aux propositions, aux échanges d’information et de créer ou de développer des liens à l’intérieur de différents réseaux.


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