L’impact des technologies sur l’organisation des systèmes de formation ne se discute plus. Le processus de numérisation permet aujourd’hui de coder, stocker, traiter et transporter, instantanément si nécessaire, des informations de nature très différentes : texte d’abord, puis le son et la vidéo, et aussi, des fichiers. La sphère de l’hypermédia s’installe partout. La haute capacité de traitement des ordinateurs permet de déployer de nouvelles applications dans le champ de la formation ouverte et à distance (FOAD) [3]
Dans un premier temps, on pense spontanément aux applications de communication synchrone entre humains : le maître et son disciple, l’enseignant et son élève, le professeur et son étudiant, le tuteur face à son apprenti, le formateur avec l’apprenant, et enfin, entre les apprenants eux-mêmes. Avec l’arrivée d’internet, on a vu apparaître de nouveaux outils de dialogue synchrones, basés toujours sur l’oral, mais aussi, plus surprenant, sur le support écrit tel que le “chat” ou le “tableau blanc”. Ces outils sont intéressants puisqu’ils bouleversent assez largement le paradigme universel qui consiste à penser que les échanges synchrones sont uniquement oraux, et que seul l’écrit permet la désynchronisation des échanges. On se place ici, soit dans la logique de médiation distante, soit dans la logique de l’apprentissage collaboratif. Avec le “chat”, la communication synchrone est écrite !
Un autre aspect, peut-être moins visible dans un premier temps, mais tout aussi important, est en train de modifier le fonctionnement des systèmes d’information, dont celui de la formation. On y voit, de plus en plus, les machines [4] communiquer directement entre elles, et de façon synchrone. Cette technique vise à éviter notamment les problèmes de réplication et de mise à jour des bases de données lorsque celles-ci sont dupliquées. Par exemple, une plateforme, ou un portail de téléformation, est connecté en temps réel à la base de données du service de gestion des ressources humaines de l’entreprise, à une ou plusieurs bases de ressources pédagogiques, ainsi qu’à un système d’information externe. Dans ce dernier cas, il s’agit de la logique “peer to peer” où plusieurs machines échangent automatiquement des données entre elles dès leur mise en fonction, quel que soit leur “statut” dans l’architecture globale du système d’information.
TYPOLOGIE DES OUTILS ET SYSTEMES SYNCHRONES
Outils de médiation inter-personnels |
Système de régulation inter-machines |
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| Communication |
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Technologie distribuée |
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| Partage Prise en main |
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Communication inter-processus |
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| Espace de travail ou apprentissage collectif |
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Echange de données |
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| Outil d’aide à la gestion des relations synchrones |
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Partage de ressources "machine" |
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Ainsi, le synchrone, “en même temps” ou “dans le même laps de temps”, ne concerne pas que la communication, mais aussi l’organisation des systèmes en temps réel ! En formation, les outils et les systèmes synchrones permettent de mettre en place des situations d’apprentissage nouvelles ; tant sur un plan communicationnel qu’organisationnel. Pour y voir plus clair, nous proposons, dans cet article, d’abord une typologie illustrée de ce double aspect de la “synchronicité” en formation, puis quelques remarques sur la manière dont les acteurs de la FOAD et les apprenants sont en train de prendre en main, en formation, ces nouveaux outils et systèmes synchrones.
Outils de médiation interpersonnels
Communication
La messagerie instantanée (instant messenging) est un moyen d’échanger des messages textuels courts en temps réel. Il faut distinguer les réseaux de messagerie instantanée et les logiciels qui permettent de les utiliser. Souvent, les propriétaires des réseaux baptisent leur propre logiciel du nom de leur réseau. Par exemple, le réseau de Microsoft est nommé MSN (MicroSoft Network) et le logiciel associé “MSN Messenger” (pour devenir récemment “Live Messenger”). Il est toutefois possible d’utiliser d’autres logiciels pour se connecter à MSN, par exemple Gaim. Pour utiliser ce service de l’internet, il faut être connecté et identifié par un réseau. Une inscription, la plupart du temps gratuite, à un réseau est donc un préalable. Souvent, les logiciels permettent à l’utilisateur de savoir qui est connecté. Cette information peut être publique (tous les utilisateurs du réseau peuvent lire la liste des “connectés”) ou réservée (les utilisateurs choisissent ceux à qui cette information est distribuée).
• Quelques réseaux et outils associés : ICQ, Google Talk, Jabber, AIM (AOL Instant Messenging), Yahoo Messenger récemment associée à MSN Messenger (Live Messenger).
• Quelques outils permettant d’utiliser une messagerie instantanée sans installation de logiciels dédiés (l’usage est possible à partir d’une page internet consultée via le navigateur habituel de l’utilisateur) : eBuddy, Meebo, Mabber.
• Quelques outils multi-réseaux (en capacité de se connecter à plusieurs réseaux) : Gaim, Trillian, Xfire (pour les joueurs en ligne), Miranda Instant Messenger, Omega Messenger, Pandion, Exodus).
• Quelques outils à usage interne (ces outils fonctionnent sur un réseau intranet) : Akeni, Softros Messenger, FlashDeli. Le système de communication Chat (“chattering”, bavardage en français ou clavardage en québécois) permet à deux ou plusieurs personnes de dialoguer de façon synchrone par écrit. Comme dans ce type de communication, on perd toutes les informations relevant du langage non-verbal (rire, geste d’humeurs, etc.), les utilisateurs ont inventé des signes, “les smileys”, afin de réintroduire, dans les discussions en ligne, ces informations essentielles pour la compréhension d’un message (d’après plusieurs études [5], dans le cadre d’un échange synchrone en présence, la gestuelle impacte à 32 % la communication, le ton de la voix 38 % et le message (les mots) 7 %). Comme pour la messagerie instantanée, ce dispositif de communication s’appuie sur des réseaux (IRC - Internet Relay Chat) et des logiciels.
• Quelques réseaux IRC : Andromède, Cybernet-fr, easyRc.net, EpiKnet, EuropNet, Ircube, Undernet.
• Quelques logiciels de Chat (clients). Ces logiciels peuvent utiliser tous les réseaux IRC disponibles : Aerial Chat, Encrypted Chat, Bird Chat, MyIRC, Microsoft Chat.
• Quelques logiciels à usage interne (ces outils fonctionnent sur un réseau intranet) : IPX Local Chat, Intranet Chat, Boogy Chat, Secure Network Chat.
• Quelques logiciels pour installer un chat sur un site web : Chat Blazer, FeedBack Chat, 12Planet Chat serveur, Dialogoo Chat. L’audiophonie est une conversation orale entre deux ou plusieurs personnes. Techniquement, les interlocuteurs utilisent chacun un ordinateur connecté à internet et doté d’une carte son, d’un casque et d’un micro. Des passerelles existent entre le réseau IP (internet) et le réseau téléphonique. Ces passerelles permettent d’appeler, à moindre coût, une personne sur son téléphone classique à partir d’un ordinateur connecté.
• Quelques logiciels d’audiophonie (la plupart des clients de messagerie instantanée permettent l’audiophonie, ils ne sont pas réinscrits dans cette liste) : Skype, Internet Phone, Roger Wilco, Picophone. Les systèmes de visiophonie intègrent à la fois le son et l’image. Pour utiliser ce service, il faut disposer d’un micro-ordinateur multimédia, d’une connexion à internet de bonne qualité, d’une webcam et d’un logiciel dédié. Une visiophonie s’effectue, en général, de point à point (deux interlocuteurs). Pour mettre en relation plusieurs personnes par ce biais, il faut soit une très bonne liaison internet pour l’ensemble des interlocuteurs, soit utiliser un dispositif dédié assez coûteux (pont). En couplant un des ordinateurs à un vidéo-projecteur, il est possible qu’un interlocuteur puisse intervenir pour un groupe de personne.
• Quelques logiciels de visiophonie par internet : CU Seeme, Live Com, i-Visit, WebCam 32, CamFrog, Eyeball, ShareVision, Maratech.
Partage et prise en main à distance
Le partage d’application permet à un utilisateur de “prendre la main” sur un logiciel ou sur un système à distance. Conçue à l’origine pour faciliter la maintenance des systèmes, un technicien “pouvant intervenir à distance”, cette fonctionnalité trouve toute sa place dans un système de formation à distance. Le technicien est le formateur (ou télé-formateur), la technique est la pédagogie relationnelle !
• Quelques logiciels de prise en main à distance : VNC, Bosco, Reote PC administrator, Assistance Pro, Remote task manager, x-Windows, PC Anywhere, Inquiero et Spark Angels. Intégré à la plupart des outils de messagerie instantanée, le tableau blanc permet à plusieurs utilisateurs distants de composer un texte ou un graphique à distance. L’échange de données permet de transférer un fichier à destination d’un ou plusieurs interlocuteurs distants (FTP, pour File transfert protocol).
Création, apprentissage et travail collectif
Certaines plateformes intègrent des outils qui rendent possible les échanges en direct. Les “outils partagés” permettent notamment à un formateur et à un apprenant à distance d’intervenir sur un même document en même temps. Ces outils facilitent ainsi l’explicitation. Les plateformes peuvent s’appuyer sur des systèmes d’audio conférence ou de visioconférence, de vote en direct, etc. Les classes en ligne ou classes virtuelles fonctionnent sur les outils de communication synchrone, car elles correspondent, à quelques nuances près, à la situation de “face à face”. Les formateurs et les apprenants peuvent échanger ensemble, à distance, mais en même temps.
On peut citer, à titre d’exemple, les
plateformes synchrones suivantes : LearnLinc, Centra ou T3W.
Aide à la gestion des relations synchrones
Pour échanger de façon synchrone, il faut être disponible dans un même laps de temps. Il peut être utile aux protagonistes d’une telle relation de prendre rendez-vous, de savoir qui est en ligne, de connaître le type de connexion internet qu’utilisent ses interlocuteurs, etc. La fonction “pager” permet à chacun de savoir qui est connecté à internet et/ou disponible. Cette fonction est désormais présente dans tous les outils de messagerie instantanée. La prise de rendez-vous peut être réalisée à partir d’un agenda collectif, mis en place par exemple avec l’aide d’un Wiki ou par un outil dédié tel que Net@genda.
Systèmes de régulation inter-machines
Technologie distribuée
Exemple des technologies “n-tier”
“Tier” est un terme anglais qui signifie “couche”. Il s’agit ici de scinder une application informatique en plusieurs “couches” et, d’installer sur plusieurs serveurs les différents ensembles de tâches ainsi définis. Par exemple, une plateforme de téléformation mettra alors en œuvre un serveur dédié à la sécurisation des informations circulant sur internet, un autre serveur dédié à la gestion de l’affichage des informations, un autre encore à la gestion des bases de données, etc. Dans ce système basé sur le principe de distribution des tâches, chacune des machines communique étroitement et en temps réel avec les autres ; l’interdépendance est très forte.
Communication inter-processus
Net-Eai et Web-services
Ici, les échanges d’informations ne se réalisent plus à l’échelle d’une application, par exemple une plateforme de téléformation, mais à
l’échelle de l’architecture globale d’un dispositif. Par exemple, notre plateforme de téléformation sera en “relation” permanente et synchrone avec le système informatique dédié à la gestion des personnels pour capter ou inscrire certaines informations correspondantes aux apprenants ou futurs apprenants, à une base de ressources pédagogiques externe tout en conservant la possibilité de suivre les activités d’un apprenant, à diverses sources externes d’informations qui, placées dans un contexte favorable, peuvent devenir des éléments formatifs, etc. L’XML est l’outil qui permet la construction d’un tel réseau de canaux de communication synchrone.
Échanges de données
Peer to peer
La logique du peer to peer est très simple. Un ordinateur connecté à internet peut à la fois être serveur de ressources (c’est-à-dire qu’il est en capacité de distribuer des données, mettre à disposition son imprimante pour un autre ordinateur du réseau, etc.) et en même temps client (c’est-à-dire qu’il peut capter des données provenant d’autres machines). Comme pour les outils de messagerie instantanée, il faut distinguer les réseaux (e-Donkey, Gnutella, BitTorrent, FastTrack, etc.) et les outils (eMule, Shareaza, BitComet, Soulseek, etc.).
Bien souvent, ces technologies sont utilisées pour échanger des
titres musicaux ou des films, mais rien ne nous empêche de les utiliser pour échanger ou distribuer des ressources pédagogiques ! Très efficace dans la distribution du contenu, le P2P est de plus en plus utilisé dans le monde multimédia. Quelques sociétés exploitent d’ores et déjà ces techniques synchrones pour remplacer les diffusions en streaming (www.1-click.com).
Partage de “ressources machines”
Calculs distribués
Le principe du calcul distribué, particulièrement utile dans le monde scientifique, mais absent dans le secteur de la formation, est d’exploiter les ressources d’un nombre virtuellement infini d’ordinateurs, en répartissant les charges sur chacun d’entre eux et en organisant de façon automatique la collecte des résultats. Popularisées par le projet Seti@home, qui vise à la découverte de communications extra-terrestres, les grilles de calculs distribuées se retrouvent dans un nombre crois-
sant de projets d’importance plus immédiate.
Ainsi, Folding@home (http://folding.stanford.edu/), réalisé par des chercheurs de l’Université de Stanford, étudie des sujets pointus : le repliement des protéines (“folding”), les repliements anormaux, l’agrégation des protéines et les maladies liées.
Pour un formateur, l’usage des fonctionnalités synchrones dans ses pratiques professionnelles peut découler, soit d’un choix d’une équipe restreinte pour ajuster le suivi des apprenants sur un territoire avec essentiellement des outils légers, soit d’un choix d’une organisation plus conséquente, reposant sur des technologies avancées. Dans le premier cas, le coût de déploiement des outils synchrones reste marginal, s’il s’appuie sur des technologies reposant sur l’usage banal des connexions internet. Dans le second cas, la mise en place des technologies avancées requiert un investissement nettement plus significatif qui ne peut se justifier que sur un usage démultiplié. L’émergence des outils synchrones comme “outils des médiations interpersonnelles” ou comme “systèmes de régulation inter-machines” s’ajustera en fonction de la taille et l’ambition des dispositifs mis en place. La montée en puissance systématique des réseaux haut débit, ou très haut débit, et la mise en place de la norme IPv6 [6] sur le réseau internet accélèrent la convergence de ces deux pans : outils et systèmes synchrones. Cette convergence va générer ; entre autre, une nouvelle forme de “formation ouverte et à distance” que les anglo-saxons ont déjà baptisée “m-learning”5, pour “apprentissage mobile”.
Dans cette prochaine configuration que sous-tend le concept européen d’“apprentissage tout au long de la vie” (au profit de la personne apprenante selon ses besoins et son projet, à toute occasion possible, dans tous lieux appropriés et à tout moment opportun), il n’est pas sûr que l’écran du micro-ordinateur, même portable, garde longtemps son monopole d’usage face à l’écran d’un autre auxiliaire technologique, très synchrone et très mobile, qu’est le téléphone portable ou les assistants personnels PDA multifonctions, dont la géo-localisation “GPS”. Dans tous les cas de figure, la plus-value des usages en formation des outils synchrones, les plus sophistiqués possibles, ne sera réelle que s’ils participent, dans des parcours de formation plus ou moins tutorés, au renforcement simultané, de l’autonomie d’apprentissage de l’apprenant (indépendance) et de sa capacité d’interagir adéquatement avec ses environnements (dépendance).
Eric Goyard et Jean Vanderspelden
Source : Actualité de la Formation Permanente, n° 203
































