Algora : Qu’est-ce que Préférence Formations : une marque, un outil de promotion, une nouvelle structuration de l’offre ?
Patrick Delmas : Préférence Formations est tout d’abord une marque, déposée à l’INPI, mais surtout la réponse à une ambition et un défi : toute demande de formation sur un territoire doit trouver une réponse sur ce même territoire ! Même si la formation à distance n’est pas encore une demande forte du public, toutes les remontées du terrain font état de demandes diversifiées, éparpillées, auxquelles un centre seul ne peut répondre et pour lesquelles la FOAD semblent la meilleure des réponses. En outre, le contexte budgétaire difficile nous invite à une réflexion active sur les coûts des dispositifs, qui conduit à la nécessité d’ajouter les dimensions d’ouverture et de proximité.
Cette réponse, nous devons la construire ensemble. La marque est donc la concrétisation d’une réelle volonté de mutualisation, le souhait de se regrouper derrière une enseigne, un affichage sur lequel il y a une véritable solidarité de tous les centres. A l’instar des mouvements coopératifs du monde agricole au début du vingtième siècle : chacun « met au pot », on prend des risques ensemble, les plus faibles sont au même niveau que les plus puissants. Préference Formations s’inscrit dans la continuité de ce qui se passe depuis de nombreuses années dans l’enseignement agricole, mais en franchissant un pas de plus. Ainsi par exemple, nous n’avons pas opté pour le principe de sous-traitance entre centres, qui fausse la solidarité, mais choisi de pousser jusqu’au bout la logique de mutualisation, y compris à terme par la création d’un fonds mutualisé, par exemple pour produire de nouveaux dispositifs.
Algora : Concrètement, comment cela se passe ?
Patrick Delmas : Nous disposons actuellement d’un catalogue de soixante-dix offres, émanant d’un dix-neuf centres, répartis sur huit régions. Cela peut paraître peu à l’égard des 216 Etablissements Publics Locaux d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricoles (EPLEFPA) potentiellement impliqués [note 1], mais n’oublions pas que nous sommes en année un. Ce catalogue, qui comprend à la fois des formations courtes (14 heures pour l’élevage des chèvres) et longues (un a deux ans pour le BTS en productions animales) devra progressivement s’enrichir et l’offre se structurer davantage, pour pailler à ce caractère un peu hétéroclite. Pour ce faire, nous allons mettre en place à partir de septembre, une commission de stratégie de l’offre qui pourrait conduire à une segmentation entre les formations professionnalisantes courtes, les formations qualifiantes et diplômantes et enfin les modules courts, par exemple pour compléter une VAE ou s’inscrire dans le cadre du DIF.
Chaque apprenant intéressé par l’une de ces offres s’inscrit dans son centre de proximité, qui fixe le prix de la prestation en fonction de son marché local. Ce centre dispensateur achète ensuite au centre producteur l’offre sélectionnée, selon des modalités et un prix qui pourra varier d’un contexte à l’autre, en fonction de la configuration retenue et du nombre de places vendues. Plusieurs cas de figure sont en effet possibles : si le centre de proximité est en mesure de mobiliser des compétences à l’interne, ce qui est souvent le cas dans le cadre d’un EPL, il récupèrera l’ensemble des ressources et outils produits (référentiel, ruban pédagogique, ressources formatives …), et dispensera lui même la formation. En revanche, s’il ne dispose pas des compétences, il accueillera l’apprenant et l’accompagnera sur le plan méthodologique, mais celui-ci sera suivi à distance par un formateur du centre producteur. Notons que c’est une pratique déjà mise en oeuvre par le CNPR, dans le cadre des « formules accompagnées » : l’accompagnement local est défini sur mesure par le centre le plus proche, pour une finalisation du dispositif le plus adapté à la demande.
Afin d’abonder le fonds de mutualisation, Préférence formations prélèvera ensuite au centre producteur 10 % de ce qui aura été vendu au centre dispensateur. Ce prélèvement est également une manière de reconnaître la plus-value de Préférence Formations, en terme d’organisation, de promotion de l’offre, de l’aide à la politique tarifaire, de la démarche qualité…
Interview de Jean Boucard, directeur du CFPPA et CFA de Dordogne
Algora : En tant que directeur d’établissement, qu’attendez-vous de Préférence Formations ?
Jean Boucard : Avant tout, Préférence Formations est une manière de référencer l’offre du réseau agricole et de promouvoir la formation ouverte et à distance. Pour notre centre, c’est une double opportunité : à la fois mettre une partie de notre offre à disposition d’un public réparti sur le territoire national, et à la fois proposer à notre public habituel de proximité une gamme plus étendue de services et de produits. En effet, les demandes et les besoins évoluent et on ne touche aujourd’hui qu’une partie du public potentiel, qui est plus habitué à des formes traditionnelles ; il faut informer plus largement sur l’existence d’autres manières de se former, et convaincre les personnes qu’elles ont le potentiel pour apprendre autrement. Préférence Formations est donc à la fois une marque, un outil de promotion et une manière de développer notre potentiel au-delà de notre champ de compétences traditionnel. Pour ce faire, nous allons nous baser sur notre expérience interne de la formation ouverte, qui s’appuie aujourd’hui sur les centres de ressources, car il est plus facile de transformer une telle offre en FOAD que de partir des formations traditionnelles.
Algora : Comment ce projet permettra-t-il de dépasser la logique concurrentielle, qui fait souvent obstacle à la mutualisation ? Jean Boucard : La logique concurrentielle reste aujourd’hui un problème dans le réseau agricole ; c’est une réalité, qu’il nous faudra dépasser en canalisant les questions et en évitant ainsi la concurrence sauvage. Ce projet ne repose pas sur une promotion élitiste des meilleurs centres, mais sur la volonté de permettre à tous les établissements d’adhérer volontairement et le plus rapidement possible, y compris ceux qui sont aujourd’hui sur une offre plus classique, afin d’acquérir progressivement les compétences et l’expertise nécessaire pour élargir leur offre, dans un objectif de complémentarité. Préférence Formations va niveler les centres par le haut, tout en laissant aux équipes pédagogiques la liberté de proposer des formes originales : il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique, mais plutôt d’encourager la diversité tout en garantissant un socle d’exigence minimal, sur lequel il faudra se mettre d’accord d’entrée de jeu. Par ailleurs pour certaines offres, nous sommes également confrontés à la concurrence externe au réseau des EPL, et Préférence Formations va être un atout, en apportant justement ses garanties de qualité et de professionnalisme, notamment dans la diffusion de l’information.
Contact : jean.boucard@educagri.fr
Algora : Comment Préférence Formations va-t-il s’articuler avec les autres programmes d’aide au développement de la FOAD dans l’enseignement agricole ?
Philippe Delmas : Curieusement, le comité exécutif [note 2] et l’équipe d’animation [note 3] ont été saisis depuis un an, de demandes qui ne relèvent pas a priori de sa compétence, mais davantage de programme comme PRIMO [note 4]. Nous devons donc nous atteler à la mise en cohérence de ces différents programmes en rappelant que Préférence Formations est avant tout une marque, une organisation de l’offre … mais rien d’autre ! Pour être plus clair encore, nous allons prochainement formater les « dix services » auxquels a droit chaque adhérent et que nous veillerons à ne pas dépasser. Les demandes de formations de formateurs, par exemple, ne sont pas de notre ressort ; toutefois, les autres programmes, tel que TuToFop [note 5] pour la formation de formateurs ou ERCSE [note 6] pour la mutualisation de ressources scénarisées … seront invités à contribuer à répondre aux besoins émanant de Préférence formations au service de l’objectif commun de "répondre à toutes les demandes réparties sur le territoire".
Propos recueillis par Frédéric Haeuw
Note 1 - Un Etablissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricoles est une structure qui, selon les cas, regroupe un CFA, un CFPPA et un lycée professionnel agricole.
Note 2 - Le comité exécutif gère l’organisation et le pilotage de Préférence Formations, y compris les aspects budgétaires et la politique de promotion. Ses membres sont élus par les EPL lors d’une assemblée générale annuelle.
Note 3 - L’équipe d’animation pilotée par Patrick Delmas propose des services à l’ensemble des adhérents, selon des modalités arrêtées par le comité exécutif.
Note 4 - Le programme PRIMO (programme d’individualisation des formations et de modernisation de l’offre publique de formation professionnelle continue et d’apprentissage agricoles) de la DGER s’inscrit dans la programmation 2005-2006 de l’objectif 3 du FSE et, plus particulièrement, de la mesure 5 "Améliorer l’information, l’orientation et l’individualisation des formations, notamment grâce aux NTIC, et développer l’accès à la validation".
Note 5 - TutoFOP est un dispositif national de formation, permanent, ouvert et à distance, à destination des formateurs de CFA et CFPPA, en vue du développement ou de l’évolution de leurs compétences pédagogiques et d’ingénierie de formation. Voir http://www.tutofop.educagri.fr/
Note 6 - ERSCE (Echange de ressources Scénarisée est un système national d’échange de scénarios pédagogiques accompagnés des ressources produites par des centres de formation, utilisables en particulier dans les formations ouvertes et à distance (FOAD). Voir http://www.educagri.fr/ersce/Index.cfm
































