Ainsi que l’a rappelé le sénateur Jean-Claude Carle, co-auteur du rapport sénatorial sur la formation professionnelle, “les entreprises de moins de 10 salariés consacrent en moyenne 94 euros par an et par salarié à la formation, alors que ce chiffre est prés de dix fois plus élevé dans les grandes entreprises”.
Dans ce contexte inégalitaire, la formation professionnelle doit se concentrer sur les PME. D’autant que “90 % des salariés travaillent dans une entreprise de moins de 500 salariés et que 24 % travaillent dans une entreprise de moins de 10 salariés”, a souligné Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT. Laquelle ajoute que de facto, “se projeter dans l’avenir en matière de formation professionnelle, c’est considérer que le centre de gravité concerne les TPE et les PME”.
Reste à adapter l’offre de formations aux réalités structurelles. Premier objectif : pallier l’absence du salarié lorsqu’il part en formation. Une contrainte difficile à faire accepter, comme l’a rappelé Pierre Martin, président de l’Union professionnelle artisanale (UPA) : “Dans nos entreprises, il est difficile de faire partir nos collaborateurs ; la solution de prendre un remplaçant ne fonctionne pas toujours.” Jean Wemaere, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), a suggéré de regarder du côté de la formation ouverte à distance : “Ces outils peuvent être utilisés sur le lieu de travail, il faudrait trouver des financements pour développer cette offre, bien adaptée aux TPE.”
L’impact trop faible des formations courtes
Lors des rencontres, André Zylberberg, directeur de recherche au CNRS et co-auteur, avec l’économiste Pierre Cahuc, du rapport “La formation professionnelle des adultes : un système à la dérive”, a développé l’une de ses préconisations : substituer des subventions à l’obligation de “former ou payer” instituée par la loi du 16 juillet 1971. Selon lui, “baisser le coût des charges imputées à la formation”, permettrait “d’augmenter le nombre de formations” au sein des entreprises. Par ailleurs, le Dif est selon lui une “fausse bonne idée”, car il favorise les mieux formés et aussi les formations courtes, qui ont un effet faible sur les rémunérations.La VAE considérée comme “compliquée” et “fastidieuse”
La VAE a eu peu de défenseurs lors de la table ronde “Inciter les employeurs à investir dans la formation des moins et non des plus diplômés”. Christian Page, responsable de formation chez EDF, a jugé le dispositif “très compliqué à monter”, Jacques Solovieff, directeur du Faf-TT a considéré que c’était “un échec pour le moment”. Annie Thomas, présidente de l’Unedic et secrétaire nationale de la CFDT, a noté que la VAE restait “fastidieux administrativement et cela peut décourager les candidats”.Sécurisation et orientation, deux concepts clés
En référence à la sécurisation des parcours, Jean-Paul Denanot, président de la Commission formation de l’ARF et président du Conseil régional du Limousin, a affirmé qu’“à tout moment, les personnes doivent trouver des parcours de formation adaptés” et, pour cela, il faut cesser de cloisonner les dispositifs et permettre aux individus de circuler de l’un à l’autre, grâce à une “organisation horizontale”. Il est également revenu sur l’orientation, “maillon faible” de la chaîne : chaque individu doit pouvoir être orienté en fonction des besoins de la société et de ses propres besoins. Et de souligner : “On ne peut pas obliger une personne à exercer un métier si elle ne le souhaite pas, mais dont on doit lui fournir toutes les informations, les joies et les peines de chaque métier.”
Gérard Lenoir, président de l’Agefos-PME, a évoqué quant à lui le besoin de “mutualiser les besoins de formations”, au sein, par exemple, de groupements d’employeurs. Un argument repris de concert par Philippe Gaertner, membre du bureau de l’Opca des professions libérales, et Pierre Martin. Ce dernier a insisté sur la nécessité de travailler en partenariat étroit avec les Régions : “La proximité avec les Régions est marginale, cela mérite d’être davantage mis en œuvre.” Un avis pleinement partagé par Philippe Gaertner, qui a souligné l’importance de “diriger l’offre de formations sur les territoires”.
Le Dif en débat
Le Dif était également au centre des débats des Rencontres parlementaires. Pour le sénateur Bernard Seillier (qui a été en 2007 rapporteur de la Mission sénatoriale sur la formation), ce droit “doit être articulé avec les besoins de l’entreprise et, éventuellement, avec ceux d’un territoire. Le salarié doit avoir à sa disposition une panoplie d’instruments juridiques et sociaux (...) conjuguant flexibilité et sécurité.” Pour l’heure, “le Dif participe à notre stratégie de formation”, a assuré Charlotte Duda, présidente de l’ANDRH (Association nationale des directeurs des ressources humaines). Un avis que ne partageait pas tout à fait Christian Page, responsable de formation chez EDF : “Notre entreprise n’a pas vraiment besoin du Dif, dans la mesure où, chaque année, l’ensemble de nos salariés sont formés à hauteur de 39 heures. Je regrette que le Dif soit fondé sur un dispositif unique”, non adaptable. En revanche, a-t-il précisé, “le bilan de compétences et l’entretien individuel sont deux outils qui nous sont très utiles”. Ainsi que les formations en alternance.
Après que Pierre Martin, président de l’UPA, eut rappelé que le Dif était “une mesure difficilement applicable pour les entreprises artisanales”, Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, a rappelé la proposition de sa centrale : “Nous proposons un Dif de 160 heures par an, avec une transférabilité inter et extra branche”. Et d’ajouter : “La formation professionnelle deviendra réellement attractive lorsque la GPEC sera réellement mise en œuvre dans les TPE.” Or, ainsi que l’a mentionné Gérard Lenoir, elles sont concentrées sur la “gestion de l’immédiat”.
Quant à Stéphane Lardy, secrétaire confédéral de Force ouvrière, il a estimé que “la transformation du Dif en compte épargne formation recèle un danger, à travers la logique d’individualisation qu’elle contient. (...) Cela pourrait conduire à considérer, par exemple, que le salarié est responsable de son employabilité”...
Gonzague Rambaud et Patricia Gautier-Moulin
in Inffo Flash n° 715, 1er au 15 janvier 2008
































