L’art du changement est chose subtile, tel est du moins ce que nous avons voulu comprendre du choix du CNED d’effectuer sa conférence de presse de rentrée dans les salons du Procope, entre Ancien Régime et Révolution. Olivier Dugrip, recteur d’académie et directeur général du CNED, à qui il revenait de présenter les nouveautés du premier prestataire de formation à distance de France, commença par quelques chiffres de l’année 2003 figurant le poids de son institution : plus de 320 000 inscrits dans 3 000 formations de l’élémentaire au professionnel, près de 700 millions de pages imprimées, plus de deux millions de copies corrigées, plus d’un million de contacts traités par Cned-Accueil, etc.
Un ordre de grandeur qui justifie, afin de concilier satisfaction des besoins de chaque apprenant et rentabilité économique, le souci renforcé du CNED de s’orienter vers "l’industrialisation de l’individualisation." Pour Olivier Dugrip, ce souci passe par la généralisation progressive de l’usage des TIC. Ainsi, d’ici fin 2004, la totalité des supports de cours sera désormais accessible en ligne. Parallèlement, de nouveaux services de tutorats sont proposés via des formules combinant invariabilité des supports pédagogiques et progressivité de l’encadrement pédagogique via Internet. Il n’y a pour l’instant pas d’effet significatif sur les inscriptions, tant en terme de volume qu’en terme de choix de formules, la "classique", sans tutorat Internet, restant à ce jour très largement majoritaire. De même, un effort est en cours pour le développement de la correction électronique des devoirs. Bien que les effets soient positifs puisque, par exemple, le délai moyen de correction d’un devoir de BTS est tombé de trois semaines à cinq jours, là encore, on ne constate pas de ruée vers la "technologisation" de l’enseignement. Ainsi, sur 500 000 copies traitées par l’institut de Rennes, seules 10 000 relèvent aujourd’hui de la correction électronique.
Encore fortement marqué par son image de prestataire public d’enseignement scolaire à distance, le CNED reconnaît pour l’instant une offre universitaire et d’enseignement supérieur encore lacunaire. Une réflexion est en cours pour une remise à niveau en collaboration avec des partenaires universitaires. Le CNED souligne toutefois qu’il n’a pas l’initiative en la matière, dans la mesure où ce sont les universités qui détiennent le savoir scientifique, le pouvoir de contrôle et celui de diplômer. Il n’en reste pas moins qu’il y a un réel problème d’exportation de l’expertise du CNED en matière d’enseignement à distance vers les universités numériques. Olivier Dugrip souligne ainsi que sur la vingtaine de campus auxquels a participé le CNED, seuls trois fonctionnent réellement, avec environ un millier d’inscrits annuels et donc une rentabilité économique inexistante. Ceci s’expliquerait en partie par des difficultés d’appropriation des outils de la distance par la communauté universitaire et, surtout, par une spécificité propre à la France qui tient à la très bonne implantation des universités sur tout le territoire, ce qui ne favorise pas l’émergence de solutions alternatives.
En dehors des campus numériques, le CNED s’efforce de renouveler son offre en procédant à la mise à jour des cours et en proposant de nouveaux services. C’est par exemple le cas de la préparation au concours de recrutement des professeurs des écoles, qui dispose en cette rentrée 2004 de nouveaux cours papier et, surtout, d’un site Internet permettant d’accéder aux matériaux pédagogiques ainsi qu’à un service de tutorat synchrone et asynchrone via un site Internet dédié.
La formation professionnelle continue (FPC) apparaît désormais comme un pôle de développement important pour l’activité du CNED. En témoigne le recrutement d’un directeur de la FPC en 2003, chargé notamment d’analyser le fonds CNED pour savoir ce qui pourrait être proposé en modules spécifiques au Droit Individuel à la Formation (DIF) . L’enjeu est en effet d’importance, dans la mesure où il n’a pas échappé au CNED, comme à ses concurrents, que le DIF pourrait bien être un facteur majeur de développement des formations à distance en France. De plus, non seulement la mise en œuvre du DIF pourrait permettre au CNED de corriger son déficit d’image auprès des entreprises, mais, comme le souligne Olivier Dugrip, l’extension prévue du DIF à la fonction publique représente un potentiel de 4,5 millions de salariés.
Autre facteur de développement intéressant, la loi sur la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), qui permet notamment d’alléger l’obtention d’un diplôme, par la prise en compte de l’expérience du candidat. Signée en octobre 2004, une convention de partenariat entre le CNED et le CNAM a permis la création d’une offre de produits de formation commune avec possibilité de VAE et certification des formations offertes. Forte de ces nouveaux produits, une structure CNED Entreprises verra le jour en 2005.
Pour accompagner ces changements, le CNED entend s’appuyer sur sa cellule d’ingénierie de formation à distance, l’EIFAD (5), dotée l’an dernier d’un nouveau directeur et qui prendra très prochainement possession d’un nouveau bâtiment de près de 3 000 m², conçu pour être la vitrine technologique du CNED, en France comme à l’international. Le développement à l’international devient d’ailleurs une priorité renforcée, avec la volonté forte d’être davantage présents sur les appels d’offre et de multiplier les partenariats internationaux, à l’image de ceux en cours de signature avec l’Algérie (Université de la Formation Continue) ou la Chine (China Central Radio & TV University).
Paradoxalement, c’est en France que les partenariats sont peut-être les plus difficiles à mettre en oeuvre, comme en témoigne l’absence de tout accord avec l’AFPA, y compris autour de TFS où des synergies avaient pourtant été envisagées. Comme l’indique clairement Olivier Dugrip en réponse à une question : "tout reste à construire."
































