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Centre-Inffo, Centre pour le développement de l'information sur la formation continue

Se Qualifier Hors les Murs
HAEUW Frédéric - août 2004

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Les centres de rééducation professionnelle (CRP) sont destinés à la formation des travailleurs handicapés physiques ou personnes souffrant de maladie mentale.


Cet article est initialement paru dans le n° 640 de la Lettre Algora daté juillet 2004, publié sous forme d’encart mensuel dans la revue INFFO Flash

Les centres de rééducation professionnelle (CRP) sont destinés à la formation des travailleurs handicapés physiques ou personnes souffrant de maladie mentale. Ils proposent des parcours de formation adaptés, dont la durée est plus longue qu’en milieu ordinaire, au cours desquels chaque stagiaire bénéficie d’un accompagnement médico-social réalisé par une équipe professionnelle pluridisciplinaire (médecin, psychologue, psychiatre ou infirmière, assistante sociale). Des adaptations sont cependant nécessaires pour répondre à une demande en évolution.

En effet, l’offre actuelle est limitée car ces centres ne reconvertissent que 5 000 à 6 000 personnes par an. Par ailleurs, cette offre est dispersée sur tout le territoire national (chaque centre n’offrant que les formations pour lesquelles il est agréé), ce qui nécessite pour les personnes intéressées un éloignement de leur domicile sur des périodes parfois très longues. Pour les personnes " nouvellement handicapées " ou atteintes de maladies professionnelles, pour peu que la formation adéquate à leurs aptitudes et à leurs besoins soit éloignée de chez eux, à l’acceptation du handicap lui-même vient s’ajouter la nécessité d’une rupture avec leur milieu de vie ordinaire, leur entourage, leurs proches, leurs habitudes. Cet éloignement fait souvent obstacle et conduit des personnes fragilisées à renoncer à la formation, qui serait cependant une manière de surmonter le handicap. Afin de diminuer l’écart entre les besoins de qualification et les inscriptions effectives et accueillir ainsi un plus grand nombre de bénéficiaires, le système de formation proposé aux personnes handicapées doit donc évoluer et offrir un service de qualité adapté aux personnes et à leurs contraintes physiques, géographiques et personnelles. Le programme "Se qualifier hors les murs" (SQHM) , soutenu par l’Europe dans le cadre d’un projet EQUAL est né de cette volonté. Porté par le réseau L’ADAPT , en partenariat avec l’association VIVRE, le CREPSE, ALGORA, l’association Retravailler, le GIHP d’Aquitaine et Cépière-formation, le projet SQHM vise à produire durant le temps de l’expérimentation 200 parcours de formation Hors les Murs. Selon la définition des concepteurs du projet, "un parcours de formation Hors les Murs est un itinéraire, qui vise la qualification professionnelle et qui combine diverses modalités de formation, dont l’alternance et l’apprentissage en ligne". L’idée forte est d’apporter via les technologies - mais pas uniquement - les ressources, notamment pédagogiques et humaines, auprès de l’usager et de proposer ainsi une offre ouverte et flexible. Ainsi, le temps de formation en centre est réduit (50 % maximum en présence) et adapté autant que faire ce peut aux contraintes personnelles liées au handicap. Par ailleurs, le recours à l’alternance comme modalité de formation permet également aux apprenants de rester dans leur bassin de vie et d’emploi pour des périodes en entreprises plus longues, afin de faciliter le retour dans la vie active.

A dix-huit mois de la fin du projet SQHM (démarré en septembre 2002), les premiers bilans sont nettement favorables. L’offre de formation Hors les Murs est actuellement de 28 titres de formations modulaires et de 3 modules complémentaires. Elle est proposée par un réseau de 12 CRP répartis sur tout le territoire. 30 parcours ont d’ores et déjà été réalisés, et 82 sont en cours, ce qui représente 56% de l’objectif initial. Les femmes, particulièrement visées par le dispositif, représentent 69% des candidatures. Les formations suivies sont majoritairement de niveau V. Prioritairement, le dispositif répond aux besoins d’aménagement de parcours pour des motifs médicaux liés au handicap. Viennent ensuite d’autres motivations tels que l’organisation familiale (pour 24 % des motifs) et l’éloignement du CRP (pour 16 %). A l’inverse, la possibilité d’aménager son temps de formation ne convainc que 10 % des bénéficiaires.

La formation ouverte et à distance semble donc une modalité pertinente pour ce type de public. Les évaluations qualitatives réalisées auprès des bénéficiaires font toutefois ressortir les qualités et compétences spécifiques à mobiliser pour réussir : la motivation, la rigueur, l’organisation, la persévérance, l’autonomie. Autrement dit, le système fonctionne bien …avec les personnes les plus à même d’en tirer "naturellement" profit, ce qui pose la question de l’accompagnement des personnes les plus éloignées de cette formule. Anticipant, dès l’origine du projet, les difficultés que ne manqueraient pas de rencontrer les stagiaires à distance, les concepteurs avaient imaginé un partenariat avec des centres de proximité. Il semble toutefois que cette articulation soit difficile à mettre en place. En dépit de l’effort de professionnalisation important consenti par l’association Retravailler, le GIHP Aquitaine et un certain nombre de CRP pour qualifier des "accompagnateurs de proximité", il est encore trop rarement fait appel à leurs services, pour des raisons qui restent à analyser : faiblesse de la couverture territoriale, manque de demande de la part d’apprenants qui préfèrent rester chez eux, difficulté pour le formateur à partager une partie de la gestion pédagogique et de la remédiation cognitive. Certaines expériences en revanche se développent de centre à centre ; A Peyrieu par exemple, Marie-Dominique a pu bénéficier d’une formation d’agent d’accueil en secrétariat médical dispensée par Evian, tout en restant dans son centre d’origine et éviter ainsi l’éloignement de son domicile et la rupture avec un environnement connu et favorable.

De même, l’utilisation de périodes en entreprise en tant que véritables expériences formatives, selon une alternance dite "intégrative" dans laquelle une partie des savoirs s’acquièrent en situation professionnelle, peine à remplacer une vision très monolithique de l’apport de savoirs, exclusivement dévolu au centre de formation.

Le projet SQHM est toutefois loin d’être à son terme et le chemin déjà parcouru depuis deux ans est tel qu’il semble bien qu’une étape soit franchie par la majorité des centres concernés et qu’un "point de non-retour" soit atteint. Les évolutions pédagogiques constatées, qu’il reste maintenant à diffuser à l’ensemble des CRP de l’ADAPT, ne seront pas de toute évidence qu’un feu de paille, mais s’inscriront dans la durée, au-delà de la fin des financements européens, construisant ainsi une véritable rénovation de l’offre de formation en direction des personnes handicapées.

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