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Société de l’information et formation tout au long de la vie : vers une nouvelle répartition des rôles Etat-Régions - Interview de Catherine Barbaroux
MORIN Philippe - février 2004

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Interview de Catherine Barbaroux, déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle

Cet article est initialement paru dans le n° 628 du magazine INFFO Flash daté 1er au 15 janvier 2004


Alors que vient d’être lancée la campagne gouvernementale "Internet déclaré d’utilité publique", la déléguée à l’emploi et à la formation professionnelle, Catherine Barbaroux, explique que la mise en oeuvre des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans le domaine de l’emploi et de la formation se trouve dans une phase transitoire. Avec la décentralisation, le financement des programmes destinés à accroître l’usage des NTIC et à développer de nouvelles modalités de formation, telles que la FOAD ou le e-learning, appartiendra à l’avenir aux régions.

Quelles sont aujourd’hui les orientations et les politiques du ministère du Travail concernant l’évolution des modalités de formation et notamment, la formation ouverte et à distance ?

Catherine Barbaroux
Le Gouvernement a affirmé son engagement dans la construction de la "Société de l’information", en novembre 2002, lorsque le Premier ministre a annoncé le plan gouvernemental "Pour une République dans la société de l’information". Par la suite, ces orientations ont été confirmées à plusieurs reprises, notamment par les décisions du Comité interministériel pour la société de l’information (CISI) de juillet dernier, ou plus récemment, par le lancement de la campagne gouvernementale "Internet déclaré d’utilité publique". Différentes initiatives traduisent ces orientations dans le domaine de la formation et de l’emploi. Tout d’abord le programme FORE (formations ouvertes et ressources éducatives), qui est un programme déjà ancien, puisqu’il a été lancé en 1992. Ce qui montre que la DGEFP a anticipé sur ces questions bien avant la vague Internet. Le programme FORE vise clairement à articuler deux problématiques clés au regard de l’emploi et de la formation : celle de la société de l’information et celle de la formation tout au long de la vie. Ses trois lignes d’action en témoignent très clairement, puisqu’elles prévoient de favoriser l’initiation à Internet des publics prioritaires des politiques d’emploi, le développement du réseau des Points d’accès à la téléformation et le développement de la formation ouverte et à distance (FOAD) dans les TPE/PME. D’autres initiatives vont dans le même sens, tels le programme APP (Ateliers de pédagogie personnalisée), dispositif ancien mais qui trouve une nouvelle actualité, ou le projet TFS (Téléformation par satellite) porté par l’AFPA, ou encore des actions plus ponctuelles, comme le soutien apporté aux travaux sur les bonnes pratiques engagés par le Forum français pour la formation ouverte et à distance (FFFOD) dans le cadre de l’AFNOR (Association française de normalisation).

Quel impact le processus de décentralisation lancé par le Gouvernement aura-t-il sur ces politiques ? Quelle répartition des rôles entre l’Etat et les régions, comment concilier les initiatives sachant que, par définition, la FOAD abolit distances et frontières, fussent-elles régionales ?

Catherine Barbaroux
Tout d’abord, il convient de rappeler que les initiatives évoquées à l’instant s’inscrivent clairement dans une perspective de développement des territoires, sur lesquels il s’agit de faire converger l’accès des citoyens au savoir et à la compétence et la compétitivité des entreprises (notamment des TPE/PME), en mettant l’accent sur les publics jusqu’à présent laissés pour compte dans l’effort de formation. Ces efforts s’inscrivent également dans le processus de décentralisation engagé par le Gouvernement. Si les lignes budgétaires concernant les nouvelles modalités de formation évoquées ici ne sont pas décentralisées pour le moment, elles le seront très certainement dans les années à venir.
Nous disposons donc d’une période de transition pour préparer le transfert de compétences dans ces domaines. A terme, le rôle de l’Etat sur ces questions devrait porter sur la mise en cohérence, à l’échelle nationale, en termes d’égalité d’accès à la formation et d’aménagement du territoire par exemple, sans oublier la dimension européenne, voire internationale, du développement de ces nouvelles modalités de formation. Mais le rôle de chef de file dans la mise en œuvre opérationnelle des programmes et leur financement revient désormais clairement à la région, dans un cadre de politique régionale défini par elle.
Dans cette phase de transition, tout n’est pas encore arrêté, y compris au plan institutionnel, comme l’atteste la réflexion en cours sur la nature des instances de consultation (Comité de coordination des programmes régionaux d’apprentissage et de formation continue, Commission permanente et Conseil de gestion). A cet égard, nous sommes tous dans une phase d’apprentissage.
Nous avons donc à imaginer des moyens de facilitation de cette transition. Par exemple, le travail engagé par le réseau des APP me paraît significatif à cet égard : impulser, à l’échelle d’un réseau national, une démarche vers la qualité, dans un souci de transparence accrue, ainsi qu’une garantie des services rendus, qui ne peut que faciliter leur reconnaissance par les conseils régionaux. Une démarche du même ordre devra probablement être initiée dès que possible pour les P@t (Points d’Accès à la Téléformation).

De nombreuses initiatives relatives à la société de l’information sont lancées par différents ministères et institutions publiques (points d’accès à la téléformation, espaces publics numériques, cyberbases…) et recoupent très souvent le champ de la formation. Elles s’avèrent pour le moment peu articulées. Comment peut-on faciliter leur synergie ?

Catherine Barbaroux
Il est clair que la dispersion des initiatives est contre-productive sur le terrain local. Il convient donc de rechercher les complémentarités et de faire converger les "labels". Les services de l’Etat doivent davantage communiquer au plan interministériel, les différents acteurs institutionnels et techniques concernés également.
Je pense que différentes démarches engagées ces derniers temps s’inscrivent dans ce sens. Pour ce qui concerne la DGEFP, la réflexion actuellement conduite par l’AFNOR sur les normes et standards concernant la FOAD ou le "e-learning" en constitue un exemple, l’existence de la Commission FORE et son fonctionnement régulier en est un autre. Plus largement, la nomination d’un délégué interministériel aux usages de l’Internet à l’issue du Comité interministériel sur la société de l’information de juillet dernier devrait faciliter les convergences nécessaires.

Les partenaires sociaux viennent de conclure un accord sur la formation professionnelle. Selon vous, quels effets le nouveau cadre juridique et technique qui va sortir de cet accord peut-il avoir sur l’évolution des modalités de formation ?

Catherine Barbaroux
Il est encore trop tôt naturellement pour tirer des conclusions définitives. On peut cependant imaginer différentes pistes ou hypothèses.
Un constat tout d’abord : la négociation sociale sort renforcée de ces négociations et, par là-même, se trouve également renforcée l’implication des partenaires sociaux dans la réflexion sur les modalités de formation. Je crois que vous y travaillez déjà, à la demande de la Commission Fore, par la réalisation d’actions de sensibilisation sur la FOAD à destination des partenaires sociaux.
Reste à articuler cette négociation sociale aux dynamiques et politiques régionales. C’est l’objet des réflexions en cours, que nous avons déjà évoquées sur la reconfiguration des instances de concertation de la formation professionnelle.
Sur le fond, il me semble que le rôle et la responsabilité désormais conférés au salarié, pris individuellement - le texte de l’accord utilise le terme de personnalisation de la formation - introduisent une perspective nouvelle. Il s’agit bien de professionnaliser en fonction des besoins de la personne, ce qui n’exclut évidemment pas la dimension collective, mais sort, au plan du principe, la formation de la réponse systématique de type stage. La flexibilité et la souplesse ainsi exigées rencontrent alors naturellement les problématiques d’ouverture et de distance auxquelles les dispositifs FOAD, appuyés sur les technologies aujourd’hui disponibles, cherchent à répondre.

Propos recueillis par Philippe Morin

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