Une “évidence” qui n’a toutefois pas toujours été de mise et qui tient pour beaucoup du contexte actuel de décentralisation et de réforme de la formation. Et dont il serait encore aujourd’hui risqué d’affirmer qu’elle s’impose sans difficultés sur le terrain. Ceci pour deux raisons fondamentales, l’une relevant de la difficulté à établir un continuum entre éducation et formation, l’autre soulevant la question de la réalité des “stratégies territoriales”.
C’est d’abord Odile Quintin, directrice générale de l’éducation et de la culture à la Commission européenne, qui a rappelé que les premiers traités réservaient les politiques communes à la formation professionnelle, l’éducation étant alors un domaine relevant de la subsidiarité. Un séparatisme qui tend cependant à s’estomper depuis que les politiques reconnaissent l’émergence d’économies basées sur la société de la connaissance, à l’instar de la “stratégie de Lisbonne”, qui valorise l’éducation comme source de créativité et d’innovation. Non sans oublier, comme l’a fait remarquer Yves Attou, président du Comité mondial pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, le jalon historique que représente le rapport Delors de 1998, L’éducation, un trésor est caché dedans [2]. Une nouvelle considération pour l’éducation, donc, qui a par exemple déjà débouché sur la création de l’Institut européen des technologies (IET), véritable “étendard de l’excellence en matière de recherche, d’enseignement et d’innovation”.
Des pistes encourageantes, mais qui peinent toutefois à s’incarner avec la même vigueur sur le sol national, peut-être, comme l’a suggéré Marc Foucault, directeur des relations européennes et internationales de la coopération au ministère de l’Éducation nationale, parce que le dispositif français reste trop frileux sur certains points clés. Et de citer en contre-exemple les pays scandinaves, où “les collectivités territoriales sont au cœur de la gouvernance”, intervenant jusqu’à l’échelon local dans le recrutement, même si les salaires restent payés à l’échelon national pour assurer l’égalité de traitement. Autre facteur de succès, selon lui, d’un système éducatif intégré dans une perspective de formation tout au long de la vie, l’association du monde de l’entreprise et des familles, acteurs légitimes au nord de l’Europe, mais encore fortement considérés comme “périphériques” chez nous.
Pour de véritables stratégies
Formule consacrée pour désigner l’exigence de politique concertée, les “stratégies territoriales” semblent toutefois rarement être le fruit d’un ensemble d’actions coordonnées en vue d’une efficacité optimale. Il apparaît que décentralisation et réforme de la formation professionnelle placent les différents acteurs en situation de recherche de nouveaux équilibres. Mais derrière la dénonciation assez unanime du manque de concertation et de la faiblesse des pilotages, apparaît fort heureusement la volonté de chercher à nouveau à construire ensemble. Ainsi, de Steven Thénault, directeur général adjoint en charge de l’éducation et de la formation au Conseil régional d’Alsace, qui souhaite ardemment que le nouveau PRDF ne soit pas “une liste de l’offre de formation initiale et de formation professionnelle”, mais plutôt “une façon d’acter les modalités de concertation, tant avec l’État qu’avec les partenaires sociaux”. Un objectif souligné par le sous-titre de ce PRDF, qui devrait être “plan régional pour une concertation tout au long des années”, et qui résonne, selon Steven Thénault, comme “une anticipation du dialogue social territorial plaidé par le rapport Carle”. Mais encore faut-il, a-t-il poursuivi, “que les partenaires sociaux et les branches professionnelles ne soient pas cantonnés à l’application de directives nationales, mais soient au contraire dotés de véritables pouvoirs en matière de négociation au niveau territorial”.
Au-delà de la nécessaire concertation, a ajouté Jean-François Robinet, conseiller “mutations économiques” à la Diact, l’intégration de la formation dans les stratégies de développement des territoires induit “la nécessité d’un diagnostic commun des besoins d’emploi et de formation au niveau territorial et local”, afin de “faire évoluer l’offre de formation en cohérence avec les réalités des bassins d’emploi”. Et de marteler : “Lorsqu’une industrie ferme, elle est remplacée par des services : où est l’offre de formation en matière de services ?”
Une plaidoirie qui a amené Jean-Robert Louis, sous-directeur des politiques de formation et du contrôle à la DGEFP, à s’appuyer sur l’exemple - réussi, a-t-il souligné - du portail Orientation & Formation [3], développé par le Centre Inffo, pour rappeler que “l’État, les Régions et les partenaires sociaux doivent pouvoir s’accorder sur des stratégies d’économie de moyens, de concentration des forces et de liberté d’action”. Il faut utiliser les outils disponibles, a-t-il ajouté, comme les PRDF et les Carif-Oref. Le rôle de ces derniers a d’ailleurs été souligné pour leur intérêt en matière d’études prospectives, jugées capitales à l’adaptation de l’offre. D’où le souhait formulé par Claude Sauvageot, chef de la mission aux relations européennes et internationales à la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Éducation nationale), de disposer d’“analyses prospectives de qualité” et de mobiliser en synergie les différents instruments, aussi bien territoriaux que nationaux (Oref, Observatoires de branches, Dares, Conseil d’analyse stratégique, etc.).
En conclusion, la question de l’aménagement concerté du territoire au travers des dispositifs d’éducation et de formation demande avant tout, a rappelé Jean-Michel Blanquer, recteur de l’académie de Créteil, une clarification des rôles : “L’Europe pour la définition du socle commun des connaissances et des compétences, l’échelon étatique pour garantir le cadre national, le territorial pour le cadre stratégique, et le local pour la mise en œuvre.” Avec une certitude, “l’ouverture sur l’international est la clé d’un ancrage territorial réussi”, mais “avec une continuité dans le temps, pour assurer la cohérence des parcours”.
Nicolas Deguerry
in Inffo Flash n° 715, 1er au 15 janvier 2008
































