« La notion de tableau de bord renvoie directement à celle de pilotage ou de conduite. Les politiques, les organisations, les entreprises, ont besoin d’indicateurs fiables, qui leur permettent d’évaluer le chemin parcouru, et détecter les points de freinage ou de blocage. Les champs de la formation professionnelle n’échappent pas à cette nécessité de mesure d’efficacité. Mais peut-on se satisfaire de nos vieux outils de bord ? », a analysé Guy Sapin, directeur du C2R (Centre régional de ressources) de Bourgogne, en ouvrant un atelier le 24 janvier à l’Université d’hiver de la formation professionnelle (UHFP) d’Arles sur le suivi des actions de formation. Il a également précisé les quatre niveaux d’évaluation qui doivent être pris en compte : la satisfaction des stagiaires, leurs acquis, le comportement au travail et les résultats socio-économiques.
Christophe Barré, directeur formation à la CCI de Lille a présenté l’expérience de sa structure. La démarche concerne deux centres de formation et un CFA (65 permanents). Jusqu’en 2003, il n’existait pas de veille sur le marché de l’emploi et l’évolution des métiers, ni sur les besoins des entreprises. Beaucoup d’évaluations concernaient la satisfaction des stagiaires, très peu les pratiques pédagogiques et celles des acquis étaient approximatives. La première étape a consisté à définir des critères d’évaluation pertinents, alors qu’ils varient selon les acteurs. Par exemple, le taux de diplômes est-il pertinent pour tous les acteurs ? Ou encore, comment mesurer les taux de rupture de l’alternance ? On peut décider de ne pas faire un tableau de bord mais de référencer les raisons de rupture. Comment évaluer la satisfaction de l’individu, ses différentes acquisitions ? Mesurer la plus-value de la formation sur l’individu est souvent difficile. Il faudrait pouvoir suivre les évolutions des personnes qui ont bénéficié de formation. Partager uniquement des indicateurs avec des commanditaires financeurs conduit de fait à ce que la notion de contrôle domine, sans objectivation des buts des actions. Dans l’exemple de Lille, l’objectif des élus était de contribuer au développement économique du territoire. La Région souhaitait connaître le taux de diplômes et le taux d’insertion. Pour répondre à l’ensemble des acteurs, il a été décidé de systématiser l’évaluation à toutes les étapes du processus.
Avant l’action, un questionnement systématique des attentes clients est organisé avec rétroaction sur l’offre. Par exemple, un groupe d’experts d’un centre de formation a été transformé en conseil de perfectionnement, agissant sur le référentiel diplôme.
Pendant l’action, l’évaluation des pratiques des formateurs (formalisation des déroulés, visite de soutien pédagogique, entretiens annuels) a été très nettement renforcée. Une fiche de synthèse est élaborée sur chaque cycle de formation et l’ensemble des cycles est analysé sur une année. Pour améliorer l’évaluation des acquis, les évaluations sommatives en centre de formation ont été profondément modifiées. Quant aux évolutions des comportements professionnels, une visite systématique en entreprise est organisée pour évaluer les compétences des étudiants, des apprentis ou des stagiaires en situation professionnelle. L’évaluation des résultats socio-économiques sera finalisée d’ici fin 2009. Interrogé sur le coût d’une telle démarche, Christophe Barré a indiqué qu’une personne à mi-temps gère l’évaluation tout au long de l’année.
Lors du débat, plusieurs participants ont estimé qu’il faut préciser, en préalable à toute évaluation, qui la demande ? Qui la pilote ? Pour quels enjeux ? D’autres ont considéré qu’il était nécessaire et urgent de se mettre au travail pour produire et confronter des outils d’évaluation intégrant des tableaux de bord partageables, au-delà des idées reçues. Ce travail permettra d’accéder à la qualité de la production de formation, l’analyse quantitative étant insuffisante. Pour un autre participant, « l’important, dans la construction des indicateurs, ce sont les écarts qu’il nous faut analyser, la notion de relativité doit entrer en vigueur dès la construction partagée de tableau ». Autre conclusion de l’atelier : « Les critères d’évaluation existent, ils génèrent des capacités à réfléchir à des sujets de société, voire à construire des projets à leur tour très politiques. »
par Patricia Gautier-Moulin
Le Quotidien de la formation































