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Technologies numériques : “un facteur de développement des territoires”

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Comment développer une offre de FOAD cohérente avec les besoins de qualification locaux ? La question était à l’ordre du jour de la “journée rencontre” organisée par l’Arifor (Association régionale pour l’information sur la formation) le 28 novembre à Reims.


S’il semble acquis que les technologies numériques représentent, selon l’intitulé de la journée, “un facteur de développement des territoires”, il apparaît de plus en plus que le processus de décentralisation est, lui, facteur d’incertitude quant au financement du volet formation de la société de l’information.

De fait, comme l’a constaté en introduction Philippe Morin, consultant et animateur de la manifestation, “de l’État centralisé à l’État déconcentré et aux Régions décentralisées”, nous sommes dans un schéma compliqué qui ne favorise pas “la convergence opérationnelle des différents acteurs de terrain”. Une situation qui s’accommode mal de la dimension historique de la formation professionnelle, très tôt envisagée comme “un facteur structurant des politiques territoriales, à l’image des actions concertées de formation (ACF) conduites en Lorraine par Bertrand Schwartz à la fin des années 60”.

C’est dans ce contexte que les technologies numériques représentent à la fois un “facteur” (par l’outillage), une “contrainte” (par leur caractère inéluctable) et une “opportunité” de développement local (par une certaine forme de ré-équilibrage entre grandes entreprises et TPE-PME). Encore faudrait-il mieux comprendre, souligne Philippe Morin, les usages, présents et futurs, induits par la rupture technologique internet. Faute de quoi, il sera difficile de remporter l’adhésion dans un domaine où “l’expérimentation peine encore à atteindre le stade du déploiement”, où “la segmentation institutionnelle et économique de la formation pose la question de la cohérence des initiatives et de la maturité du marché”, et où il manque une “capitalisation des expériences et une masse critique de résultats tangibles”.

Aussi, Philippe Morin suggère-t-il quatre pistes de travail : “travailler en réseau”, à l’échelle du territoire, en s’appuyant sur des partenariats opérationnels et non pas seulement d’échanges d’informations ; “prendre des initiatives”, dans une dynamique vertueuse où les élus donnent le cadre et les citoyens les idées ; “optimiser l’usage des technologies”, en travaillant sur le moyen et long terme, parce que “les systèmes de formation ne bougent pas à la vitesse de l’information” ; et, enfin, “travailler en mode projet”, afin qu’acteurs opérationnels et décideurs construisent avec méthode un sens collectif.

Ce sont justement ces derniers qui ont ensuite pu s’exprimer à l’occasion des tables rondes qui ont suivi. L’occasion pour Bertrand Rigal, responsable du Pôle TIC à la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche de la région Champagne-Ardenne, de présenter les axes stratégiques retenus pour 2006-2010 en matière de développement des TIC. Quatre axes [1] “en cohérence avec l’initiative i2010 de la Commission européenne” [2], qui font la part belle aux efforts d’infrastructure et d’équipement. De quoi disposer d’une région couverte, selon Bertrand Rigal, à plus de 98 % en haut débit, voire très haut débit avec le service Telemus II dont bénéficient plus de 240 sites d’enseignement, de recherche et de santé publique. Soutenant également la formation au certificat et brevet informatique et internet (C2i et B2i), ainsi que la création d’espaces publics numériques (EPN) et d’environnements numériques de travail (ENT), la Région s’emploie aussi à “augmenter la capacité cognitive” des Champardennois.

Points d’accès à la téléformation
Et bien qu’elle ne figure aujourd’hui pas en tête de liste des Régions ayant développé un réseau de points d’accès aux formations à distance, la Champagne-Ardenne peut s’enorgueillir d’avoir ouvert en 2002 à Prauthoy la première cyberbase de France en milieu rural, complétée en 2004 d’un P@T (Points d’accès à la téléformation). Cinquième d’une région qui devrait en compter treize en 2008, le P@T de Prauthoy connaît le succès, si ce n’est que, à l’instar des autres P@T de la Région, il ne dispose que d’une faible amplitude horaire (12 heures par semaine), qui ne répond pas aux conditions d’un véritable développement. Même problème à Montigny où, explique Maryse WanHam-Fa, vice-présidente de la Communauté de communes du Bassigny, le P@T, qui accueille essentiellement des demandeurs d’emploi, est obligé d’avoir une liste d’attente.

Des réserves exprimées de manière plus frontale par Patrick Schnekenburger, conseiller en formation continue et responsable des P@T de Haute-Marne, qui relaie une partie de l’opinion de la salle en regrettant le manque de dynamisme des prescripteurs que sont l’Afpa et l’ANPE. Une critique qui renvoie aux difficultés de la FOAD à sortir du cercle des initiés, sentiment confirmé par Jean-Paul Delcourt, de la Direction régionale de l’ANPE, qui explique en retour que “face à des demandeurs d’emploi qui sont avant tout là pour chercher un emploi (…), le premier réflexe n’est pas de diriger vers l’offre de FOAD, d’ailleurs assez méconnue en agence”. Et ce d’autant plus, précise-t-il, que “40 % des demandeurs d’emploi sont sans qualification”, public selon lui peu adapté aux formations à distance, car doté d’une “autonomie relative”.
Autre souci de Patrick Schnekenburger, celui de l’avenir d’un réseau “dont l’offre de formation dépend des Ateliers de pédagogie personnalisée (APP) et qui fonctionne à 95 % sur les financements d’État des demandeurs d’emploi”. Pour Jean-Robert de Pasquale, directeur adjoint du service formation professionnelle de la Région, il est clair que “l’arrêt brusque du financement de l’État” n’est pas sans zone d’ombre, même si “le schéma régional pour la formation tout au long de la vie met en exergue la FOAD (…) et que les élus ont souhaité reprendre en totalité les P@T, dans un souci d’aménagement du territoire”. D’où un soutien prévu en 2008 pour le développement d’une offre de FOAD, qui devra, précise Jean-Robert de Pasquale, se montrer cohérente “avec les besoins de qualification locaux”. À souligner, en revanche, qu’il ne semble pas prévu à l’heure actuelle que le Conseil régional prenne le relais de l’État en matière de financement des APP.

Entre turbulences institutionnelles et défaut de communication, il apparaît que la FOAD occupe une place somme toute marginale en matière de TIC et territoires. Cela peut sembler normal si l’on remarque, comme Valérie Jolly, chargée de mission à l’Arifor, que la base Ares qui recense l’offre de formation continue en Champagne-Ardenne, ne comptabilise que 5 % de FOAD. D’autant plus normal, même, si l’on relève, comme Sandrine Poittevin, directrice du GIP Arifor, que “80 personnes pour une journée rencontre, c’est moins que l’audience habituelle”. Mais cela interpelle si l’on considère la place généralement réservée à la formation dans les discours sur les sociétés de la connaissance.

Contact : www.arifor.fr/

Nicolas Deguerry

in Inffo Flash n° 714, 16 au 31 décembre 2007

[1] Contribuer à l’équité territoriale ; Renforcer l’attractivité de la Région ; Favoriser le développement des savoirs et la recherche ; Rapprocher l’administration régionale du citoyen et de ses partenaires. Détail : www.cr-champagne-ardenne.fr/

[2] i2010, Une société de l’information européenne pour la croissance et l’emploi.

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