Envisagé comme valeur centrale dans le développement du statut de l’individu, le travail connaît des fortunes diverses. Si l’essayiste américain Jérémy Rifkin pouvait annoncer en 1996 la « fin du travail » comme conséquence de l’automatisation croissante de l’activité humaine, il n’en est rien pour l’instant et la participation aux activités de production continue de mobiliser l’énergie de tout un chacun.
Et pourtant, s’est efforcé de démontrer Guy Jobert au cours de son intervention au Comité mondial sur le thème « Travail et formation tout au long de la vie », le travail a longtemps été et demeure le grand absent des problématiques de formation. Théoriciens et praticiens, rappelle-t-il, se sont en effet engouffrés dès les années 60 dans un modèle militant qui les a successivement conduits à privilégier la personne puis la structure dans l’espoir de réformer la société. Légitime dans ses aspirations, ce mouvement –d’abord inspiré du modèle psychosocial puis adossé à la sociologie des organisations- a cependant par trop négligé la place centrale du travail dans le processus de construction de soi.
« Les deux courants », souligne Guy Jobert, « font peu de cas des hommes et des femmes, envisagés tour à tour comme sujet et acteurs, mais jamais comme « actants ». D’où la proposition centrale de l’intervention de « lier la question de la formation à celle du travail, reconnu comme élément déterminant de l’agir humain. » Il s’agit de prendre en compte le double statut du travail qui permet à la fois le déploiement de compétences vers l’extérieur et l’action sur soi. « L’action sur le monde », explique-t-il, « est à la fois production de savoirs et production d’être. (…) Travailler, c’est à la fois mobiliser ses habiletés, compétences et savoir-faire vers l’extérieur et tenter d’ouvrir des arènes de jugement qui permettent d’alimenter la « dynamique de la reconnaissance. »
Ce « primat du social » dans le travail est fondamental dans la mesure où, rappelle Guy Jobert, « vidé de son sens humain, le travail devient délétère. » Ainsi, l’entrée par le travail conduit à prendre en compte la « tension féconde entre le psychologique et le social. » Pour le formateur, cela signifie qu’à l’objectif des formations traditionnelles centrées sur les contenus s’ajoute un objectif de développement : « former, c’est tout à la fois alimenter des processus de reconnaissance identitaires jamais achevés et répondre aux besoins de transformation requis par le réel. » Dans cette perspective, le programme de la formation tout au long de la vie devrait être de « faire du travail un objet de connaissance, de pensée, de paroles et d’échanges au service du développement des personnes et des situations. »
Autant dire que cette attention portée au travail par Guy Jobert ne s’inscrit en rien dans une quelconque stratégie de rupture vis-à-vis d’un passé que l’époque juge parfois sévèrement. Et de citer en conclusion Bertrand Schwartz, qui écrivait dans le n° 1 de la revue Education Permanente paru en mars 1969 :
« Nous fixerons comme objectifs à l’éducation permanente de rendre capable toute personne de devenir agent de changement, c’est-à-dire de mieux comprendre le monde technique, social, culturel qui l’entoure et d’agir sur les structures dans lesquelles elle vit et de les modifier ; d’apporter à chacun une prise de conscience de son pouvoir en tant qu’être agissant ; de faire des êtres autonomes dans le sens d’êtres capables de se situer et de comprendre leur environnement, de l’influencer et de comprendre le jeu relatif entre l’évolution de la société et la leur propre, d’êtres capables de « riposter » à l’évolution et à la mutation de la société. »
Texte intégral de l’intervention de Guy Jobert disponible sur www.wcfel.org
Nicolas Deguerry
in Inffo Flash 708, 16 au 30 septembre 2007

































