Intervenant au Cnam sur le thème de la « quête identitaire des formateurs : entre reconnaissance et souffrance », dans le cadre de la journée d’échanges organisée mardi 19 juin par le réseau TTnet France (Centre Inffo), Guy Jobert, professeur titulaire à la chaire de formation des adultes du Cnam, a notamment évoqué la crise de représentation du métier de formateur. Dans une approche sociologique, a-t-il expliqué, l’identité professionnelle est le fruit d’une construction volontaire issue de la constitution progressive d’un corpus de « savoirs spécifiques de haut niveau, formalisés et diffusés par des institutions sociales elles-mêmes de haut niveau ». Appliqué aux formateurs, ce processus de professionnalisation -qui doit s’entendre comme une « modalité de lutte sociale »- a pour objectif de démontrer « qu’il existe des savoirs spécifiques aux formateurs, qui ne renvoient ni au bon sens ni à des traits de personnalité mais à des savoirs spécialisés et formalisés, (…) dont la mise en œuvre s’avère plus efficace que pas de savoirs ou d’autres savoirs. » Ce faisant, s’élabore une forme de distinction stabilisée et consensuelle, en vertu de laquelle la personne accède au rang de professionnel, c’est à dire au statut de travailleur investi d’une reconnaissance sociale suffisamment forte pour exiger un monopole d’exercice.
Mais si les formateurs ont aujourd’hui collectivement acquis les attributs sociologiques d’une profession, d’où proviennent leurs souffrances ? S’inscrivant dans la lignée des travaux de Christophe Dejours [1] sur la psychodynamique du travail, Guy Jobert propose une approche psychologique pour tenter de répondre. Et de souligner que si la notion de souffrance est relative, les sources de pénibilité sont réelles et étroitement liées au problème de la reconnaissance : précarité des emplois, absence de mobilité, faiblesse du management (« les objectifs sont à peine prescrits, le mode opératoire absolument pas »), négation des positions sociales objectivement occupées, etc., le formateur semble condamné à inscrire sa pratique dans une logique de la débrouille -« on fait ce qu’on veut comme on peut, ce qu’on peut comme on veut ». Un environnement qui fait obstacle à ce que le travail permette « d’alimenter la dynamique de la reconnaissance », (Christophe Dejours cité par Guy Jobert). Maintenant que les formateurs constituent une profession au sens sociologique du terme, conclut Guy Jobert, il leur reste à devenir un métier, c’est-à-dire à s’appuyer sur un « nombre suffisant de normes sur lesquelles régler leur action au quotidien. »
Nicolas Deguerry
in Inffo Flash 705, 1er au 31 juillet 2007
































