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Plan « 500 000 formations » : le décryptage de Myriam El Khomri

Pour sa rentrée 2016, l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis) recevait, mardi 5 janvier, la ministre du Travail pour près d’une heure et demie d’échanges sur les sujets sociaux qui occuperont l’année à venir. Parmi lesquels le « plan massif » de 500 000 formations annoncé par François Hollande le 31 décembre dernier.

500 000 formations supplémentaires par rapport à celles qui avaient été annoncées durant l’année 2015 ? Pas exactement. Selon le décryptage de Myriam El Khomri, le compte total des nouvelles formations s’élève en réalité à 350 000, le complément étant constitué des 150 000 formations d’urgence que le Premier ministre avait déjà annoncées à l’issue de la Conférence sociale du 17 octobre. Des formations essentiellement ciblées vers les emplois « de demain  », qu’ils soient « en tension  » parce que les employeurs peinent à trouver des profils correspondant à leurs besoins, ou qu’ils se trouvent dans les secteurs « d’avenir », liés, par exemple, à la transition énergétique, au numérique ou à la silver économie (liée au vieillissement de la population). Autant d’opportunités pour les chômeurs les moins diplômés qui constituent le public prioritaire de ce plan. « Même en cas de croissance d’1,5 % en 2016, les créations d’emploi ne bénéficieront pas aux demandeurs d’emploi les moins qualifiés. C’est l’une des caractéristiques du chômage en France. Nous avons 2 millions de chômeurs recensés qui n’ont pas le niveau bac et 400 000 qui ne disposent pas d’un niveau CAP : c’est surtout à eux que sont destinés ces 500 000 formations » a indiqué la ministre.

Les Crefop comme pilotes

Pour réussir son plan, le gouvernement entend bien s’appuyer sur l’échelon local : celui des bassins d’emploi où sont recensés les besoins en main d’œuvre des entreprises. Le précédent « plan 100 000 formations prioritaires », lancé en septembre 2015, qui s’était traduit par un retour à l’emploi à 6 mois de 57 % de ses bénéficiaires (contre 49 % pour ceux inscrits dans des démarches plus classiques), reposait déjà sur l’observation des besoins au niveau micro-local. « Ce plan ne sera pas décidé depuis la rue de Grenelle, mais à partir des besoins des territoires  » a prévenu la ministre du Travail. Des territoires où elle-même se rend chaque lundi et chaque vendredi, profitant de ses déplacements pour rencontrer les Crefop (Comités régionaux de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles) en charge du pilotage des politiques de formation et d’emploi à l’échelle régionale. « Depuis leur instauration, les Crefop ont permis aux différents acteurs qui y siègent d’échanger sur leurs cultures professionnelles, sur leurs cultures en termes de formation. Ce n’est pas encore parfait partout, mais c’est là où s’observent les besoins économiques des territoires. L’enjeu, ce sera de faire de ces instances les pilotes du dispositif dans les Régions ». Les branches professionnelles (dont le nombre actuel – 700 – devrait se voir réduit à 400 d’ici à la fin 2016) et les Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) devraient également se voir mobilisées dans le cadre du plan.

Au niveau budgétaire, si la ministre du Travail n’a « ni confirmé, ni infirmé » le chiffre d’1 milliard d’euros avancé lundi par Les Echos, repris par Jean-Marie Le Guen, sur i-Télé le même jour (voir notre article), elle n’en a pas moins annoncé une implication particulière des pouvoirs publics pour financer l’opération. « L’État abondera pour ne pas laisser cette charge aux seuls partenaires sociaux et conseils régionaux » a-t-elle ajouté. Le montant exact de l’enveloppe dédiée à ce plan devrait se voir exposé le 18 janvier lors de sa présentation officielle.

L’offre de formation "prête à absorber la demande"

Quant aux prestataires, qui seront en charge de dispenser ces 500 000 formations, ils devraient être en ordre de marche durant l’année 2016. « Je crois à la capacité de notre système de formation à absorber cette demande. J’y travaille depuis un mois » a expliqué la ministre. Lundi 4 janvier, elle rencontrait d’ailleurs à ce sujet Jean Wemaëre, le président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), qui chapeaute les organismes privés. « L’offre de formation est en mesure de répondre à cette demande et d’accompagner cet effort supplémentaire pour l’employabilité et la compétitivité. 75% des besoins en formation sont couverts par les organismes privés de formation » précisait d’ailleurs un communiqué publié au lendemain de cet entretien. Et du côté de l’offre publique, l’Afpa s’est pour sa part positionnée sur des cycles de formation dévolus aux métiers liés à la transition énergétique.

Reste désormais à connaître la temporalité du déploiement de cette offre de formation durant l’année 2016. « L’enjeu, c’est que Pôle Emploi prescrive au plus vite un maximum de formations » a lancé Myriam El Khomri, « mais je sais que la formation relève du marché concurrentiel et qu’il existe aussi des systèmes d’appels d’offres au niveau des régions, des territoires… J’espère que la mobilisation des branches professionnelles et de certaines fédérations d’employeurs permettra d’impliquer au plus vite notre appareil de formation dans la réussite de ce plan ».

Benjamin d’Alguerre

Mis en ligne le 6 janvier 2016

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