À deux semaines des 5èmes rencontres du e-learning et de la formation mixte qui se tiendront à Paris les 2 et 3 décembre prochains, nous avons demandé à Michel Diaz, directeur associé du cabinet Fefaur et responsable éditorial des rencontres, de nous livrer son sentiment sur l’état du secteur.
Pourquoi avoir placé les 5èmes rencontres du e-learning et de la formation mixte sous le signe de la « maturité » [1] ?
Si les Rencontres du eLearning et de la formation mixte reçoivent des participants provenant d’entreprises de toute taille et de tout secteur d’activité, force est de constater la place prépondérante qu’y occupent les grandes entreprises ou les grosses PME. Or, le e-learning est rarement une nouveauté pour beaucoup d’entre-elles : c’est parce qu’elles sont nombreuses à avoir déjà mené des projets dans ce sens que nous avons organisé ces 5èmes rencontres sous le signe de la maturité. Ceci, d’autant plus que l’offre est également sortie du stade de l’expérimentation : les technologies (plateformes, outils auteurs...) sont au point, les contenus sur étagère existent, les méthodes de conception et de développement spécifiques ont fait leurs preuves, l’ingénierie des dispositifs mixtes a fait de grands progrès et les fournisseurs eux-mêmes ont beaucoup appris. Les speakers vont témoigner de cet état de l’art auprès des participants, qui viennent pour s’informer sur les bonnes pratiques et constater l’existence d’une communauté des décideurs eLearning active et enthousiaste.
Les motivations qui poussent les responsables formation à implémenter du e-learning ont-elles évolué au cours des 10 dernières années ?
Les motivations les plus fortes restent globalement les mêmes depuis 10 ans : optimiser les ressources allouées à la formation et renforcer son efficacité. L’optimisation des ressources passe en partie par la réduction du nombre et de la durée des formations présentielles, et donc des frais de séjour et de déplacement qui peuvent ponctionner des montants significatifs des budgets formation. Le renforcement de la formation est une autre demande : former plus de collaborateurs et plus vite, dans l’objectif de suivre les évolutions du marché et de soutenir la stratégie de compétences de l’entreprise. Là aussi, le eLearning peut se révéler très efficace : il va, par exemple, permettre d’informer / former en temps utile un réseau de distribution géographiquement dispersé.
Optimisation et renforcement sont-ils vraiment compatibles ?
Les deux termes ne vont pas l’un sans l’autre : les économies réalisées sur les frais improductifs de formation peuvent être transférées vers le "former plus et mieux". Ceci dit, de nouveaux facteurs sont venus renforcer ce mouvement. Pensez par exemple aux outils de "tracking" [ndr : suivi] des dispositifs eLearning qui permettent aux directions d’entreprise d’attester qu’elles se sont bien assurées de la formation des collaborateurs concernés. C’est particulièrement important pour de nombreux métiers dont les connaissances nécessitent d’être régulièrement certifiées pour qu’ils puissent être exercés. Parmi d’autres facteurs - nous ne les passerons pas tous en revue ! - je soulignerai aussi la prise de conscience qui pousse les entreprises à développer des programmes de développement durable : la formation à distance permet de réduire l’empreinte CO2, même si le bilan écologique détaillé reste à faire !
Souvent évoqué, l’usage des réseaux sociaux en formation vous paraît-il une réalité ?
Si l’usage des réseaux sociaux à titre principalement récréatif est très répandu chez les Digital Natives [2], si les réseaux sociaux professionnels tels que Viadeo ou LinkedIn ont permis à de nombreux professionnels de disposer d’une identité numérique sur le net et de tirer parfois profit de leur "networking" [ndr : réseautage], les réseaux professionnels sont d’un usage encore balbutiant dans les entreprises françaises. Lesquelles ne sont pas aussi en retard qu’on pourrait le croire sur leurs homologues américains. Il ne faut cependant pas sous-estimer le potentiel de développement qui réside dans cette approche, pour des raisons solides. Parmi elles, je soulignerai la montée en puissance à moyen et long terme des Digital Natives dans les entreprises : ils viennent avec leurs valeurs et leur mode de vie électronique, qui finira par s’imposer en partie aux entreprises à mesure qu’ils gagneront du pouvoir. Ensuite et peut-être surtout, les réseaux sociaux sont un moyen, une tentative, dans le domaine de la formation, de formaliser une partie des apprentissages informels "on the job". Lesquels sont réputés représenter près de 80% de l’ensemble des dépenses réelles de formation des entreprises, alors même qu’ils restent invisibles... Autant dire que l’enjeu économique est sérieux.
Le e-learning français s’exporte-t-il ?
Difficilement. Les producteurs de contenus sur mesure réalisent la quasi totalité de leurs revenus en France et une très faible partie à l’étranger, principalement quand leur client leur demande d’assurer la « localisation pays ». Les contenus sur étagère devraient mieux s’exporter dès lors qu’ils ont été conçus et délivrés dans une optique multilingue, ce qui est le cas des catalogues Demos, Cegos ou CrossKnowledge, par exemple. Et c’est le cas, en particulier pour ce dernier, qui compte tenu de son antériorité sur le marché et de son profil "pure player eLearning" [3], a su très rapidement négocier des contrats importants à l’international. Les technologies s’exportent quant à elles encore plus difficilement, car les grands marchés internationaux sont largement consommateurs de technologies américaines. Cela vaut aussi bien pour les plateformes (LMS) que pour les outils auteurs. A noter toutefois la bonne performance annoncée par e-Doceo à l’exportation, notamment en Espagne et dans les pays d’Amérique Latine. Mais les chiffres restent modestes.
Quelle sera la tendance phare du e-learning en 2010 ?
Je pense que l’année 2010 devrait voir un fort développement des classes virtuelles, qui sont perçues par les décideurs formation comme un heureux compromis entre la formation à distance et la formation présentielle : on fait l’économie des frais de séjour et de déplacement, tout en maintenant un contact humain - formateur / apprenant, apprenant / apprenant - qui peut aussi déboucher sur une communauté d’apprentissage. Ceci, sous réserve que les systèmes proposés puissent être plus facilement accessibles dans l’entreprise. Aussi amené à se développer, pour des raisons similaires : le « blended learning » [4], qui pourrait connaître un début d’industrialisation, au moins dans la démarche d’ingénierie qui préside au choix et à l’agencement des différents composants d’une formation mixte. En parallèle, le "rapid learning" [5] devrait poursuivre sur sa lancée, malgré quelques puristes qui continuent de considérer qu’on est là hors formation : les entreprises veulent faire vite, utiliser des ressources qui existent déjà ou qui peuvent être créées à moindre coût. Nous devrions aussi assister à l’intervention plus affirmée du top management dans la promotion ou le développement de la formation à distance, capable comme nous l’avons vu de contribuer plus efficacement au développement rapide des compétences clés dont les entreprises auront particulièrement besoin en sortie de crise. Ce qui n’est pas sans poser un véritable défi aux responsables de formation : pour être audible, il leur faudra plus que jamais argumenter dans le registre du business !
Propos recueillis par Nicolas Deguerry
in Le Quotidien de la formation, 17 novembre 2009
































