Gérard Cherpion et Jean-Patrick Gille plaident pour une « convergence » entre CFA et lycées professionnels

Alors que le gouvernement vient de communiquer sa feuille de route pour mener à bien les réformes de l’apprentissage et de la formation professionnelle, les auteurs du rapport d’application de la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, l’emploi et à la démocratie sociale, Jean-Patrick Gille (Conseiller régional PS Centre-Val de Loire) et Gérard Cherpion (Député LR des Vosges) [Par ailleurs co-auteurs du rapport d’information sur la mise en application de la [loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie, du rapport d’information sur la mise en œuvre de la loi n° 2011-893 du 28 juillet 2011 pour le développement de l’alternance et la sécurisation des parcours professionnels]] livrent des pistes d’amélioration des dispositifs relatifs à la formation professionnelle et à l’apprentissage, dans un entretien croisé accordé au Quotidien de la formation

Rédigé par . Publié le 30 octobre 2017. Mis à jour le 11 mars 2019.

Le Quotidien de la formation : Comment développer l’apprentissage ?

Gérard Cherpion : Les personnes choisissant l’apprentissage sont bloquées dans un système sans passerelles. En créant de la fluidité dans les parcours et en ouvrant les CIO aux branches, aux parents, et aux experts afin de présenter aux jeunes toutes la palette de possibilités d’orientation, l’apprentissage retrouverait des couleurs.

Jean-Patrick Gille : Aujourd’hui, le message c’est « développons l’apprentissage ». Mais que fait-on des lycées professionnels ? Il faut faire converger les systèmes en s’appuyant sur les régions et en se donnant par exemple un horizon de dix ans pour le faire.

G. Cherpion : Il conviendrait effectivement de rapprocher les lycées professionnels, riches d’un corps enseignant de qualité, et les CFA, dotés de plateaux techniques de bonne qualité, permettrait de faire des économies et d’avoir des établissements ouverts toute l’année réunissant enseignement initial, formation des apprentis et formation professionnelle continue.

JP. Gille : D’autre part les entreprises pourraient considérer qu’elles ont une responsabilité de former les jeunes. Hormis dans l’artisanat, nous avons perdu cette culture.

QDF : Quelles évolutions préconisez-vous pour le compte personnel de formation ?

JP. Gille : Sachant qu’il n’a pas été vraiment médiatisé, le bilan à ce jour est plutôt encourageant. Ce qui est très positif c’est que l’on a mis en place un outil d’autonomie et que les gens acceptent de prendre sur leur temps pour renforcer leurs compétences, pour se former aux langues, au numérique, ou pour faire une VAE.

G. Cherpion : Le frein qui reste à lever est la complexité autour du dispositif. Il faut supprimer les listes qui ont permis de réguler le système. Une liste négative, de formations non accessibles, aurait suffi. D’autre part, le nombre d’heures n’est sans doute pas suffisant. On arrive à financer des modules, mais il faut du temps pour reconstituer un capital pour en suivre un autre. C’est sur l’amplitude ou sur la complémentarité avec les Opca qu’il faudrait jouer.

JP. Gille : Aujourd’hui pour utiliser son CPF, il faut d’abord trouver la formation et ensuite l’organisme. Ne s’en sortent que ceux qui savent vraiment où ils vont. Pourquoi ne pas labelliser des organismes de formation pour le CPF, qui pourraient conseiller les gens mais aussi stimuler l’utilisation du dispositif ?
Pour le conseil le CEP a pourtant été prévu par la loi.

G. Cherpion : L’idée du CEP est bonne, mais on ne pourra le développer que si l’on mène une réflexion globale sur l’orientation qui dépend des Régions.

JP. Gille : L’orientation est « surdéterminée » par le concept d’orientation dans le système scolaire. Nous n’avons pas la culture de l’éducation au choix. Peut-être que le CEP va passer par le bilan de compétences que l’on doit absolument repréciser car il introduit une culture différente.

QDF : Avec un individu maître de ses choix, qu’en sera-t-il du contrôle de la qualité des formations ?

JP. Gille : Soit on préserve le système tel que nous l’avons construit avec les Opca dont la raison d’être est la formation, les ressources humaines et le contrôle de la qualité des formations pour un secteur d’activité. Soit on supprime tout et on renvoie l’individu d’un côté et on crée une agence nationale de l’autre côté.

G. Cherpion : Sur cette option je suis très dubitatif. Les Opca ont vraiment leur place. Le système est perfectible, mais il fonctionne bien. Il est surprenant que tout en se disant libéral, on veuille centraliser.

JP. Gille : Je crois plus à une politique qui responsabilise l’individu avec des droits garantis collectivement. Mais il y a un travail de responsabilisation sociale de l’entreprise en matière de formation par rapport à ses salariés et aux jeunes. On peut envisager le crédit d’impôt défendu par la FFP [ 1 ]Fédération de la formation professionnelle. Le problème est que le secteur qui a le plus besoin de former n’est pas forcément le plus riche.

G. Cherpion : C’est un sujet qui nous intéresse car il place la formation comme un investissement et pas une dépense. Il ne faudrait pas que la formation des demandeurs d’emploi, qui incombe aux Régions, fasse oublier la formation en entreprise. Les salariés doivent être partie prenantes du plan de formation. Il faut équilibrer les deux.

Notes   [ + ]

1. Fédération de la formation professionnelle

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