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Jean-Pierre Willems plaide pour un « diagnostic systémique » de la formation

En avant-première de la « Une » spéciale Élections présidentielles à paraître le 15 avril 2017 dans le n° 920 de notre magazine Inffo formation, le consultant expert Jean-Pierre Willems nous livre son regard sur le traitement réservé à la formation dans les programmes des principaux candidats.

Rédigé par . Publié le 20 mars 2017. Mis à jour le 11 mars 2019.

Présente dans les programmes de tous les candidats, la formation n’y occupe cependant pas une place prépondérante. Souvent balayé en quelques lignes, le sujet revient essentiellement à proclamer son attachement à l’alternance. Tout juste les « clivages habituels » ressortent-ils, les uns faisant la promotion d’une alternance déclinée à l’extérieur du système éducatif, les autres défendant le maintien sous statut scolaire et affichant une certaine méfiance à l’égard du contrat de travail, observe Jean-Pierre Willems. Au-delà, émerge surtout «  une vision macro-économique, très générale sinon elliptique, du système de formation ». La nouveauté, s’il y en a, relèverait plutôt d’un rejet croissant du paritarisme, issu selon l’expert du « contrecoup des conférences sociales de François Hollande, vécues par tout le monde comme un échec ».

Apprentissage et perspectives de carrière

Mais ce que ne doivent pas cacher ces prises de position relativement classiques, c’est surtout et avant tout la difficulté persistante des acteurs à penser la formation « en articulation » avec l’environnement plus vaste dans lequel elle s’inscrit. Pour Jean-Pierre Willems, les comparaisons entre l’Allemagne et la France auxquelles réfèrent volontiers les politiques au sujet de l’apprentissage en sont un parfait exemple : « Le succès de l’apprentissage allemand ne réside pas dans le système d’apprentissage allemand mais dans sa relation avec les entreprises. » Beaucoup plus développée outre-Rhin, la promotion interne permet des perspectives de carrière très élevées aux jeunes apprentis, alors que l’on sait qu’il demeure plus stratège de rentrer au plus haut niveau possible dans une entreprise française pour espérer une carrière évolutive. C.Q.F.D. : « Vous pouvez réformer autant que vous voulez le système — son organisation, son mode de financement, etc. –, si la valeur d’usage du dispositif ne bouge pas, vous n’arriverez à aucun résultat », analyse-t-il.

Pas de valeur intrinsèque de la formation

Appliquant son raisonnement à l’ensemble de la formation, Jean-Pierre Willems se dit aujourd’hui convaincu que c’est ce manque de lien entre le système de formation et les systèmes dans lesquels il est inclus qui pose problème. Autrement dit, aucun système de formation ne peut avoir de valeur intrinsèque, déconnectée des pratiques de recrutement et d’évolution de carrière, de reconnaissance des compétences et des stratégies d’emploi, etc., car ce sont ces dimensions qui « surdéterminent les résultats de la formation ». Comment modifier la donne ? Jean-Pierre Willems plaide pour une « approche globale » via un « diagnostic systémique », seul à même de « mettre la focale, non pas sur le fonctionnement du système de formation, mais sur ses relations aux autres systèmes ». Reste qu’il en est conscient, la possibilité d’un tel diagnostic dans un pays qui rechigne à faire du transdisciplinaire est encore bien aléatoire. D’où son conseil : « Plutôt que de se concentrer sur la manière dont on produit de la formation, mieux vaudrait regarder les valeurs d’usage : à qui cela peut servir, quand, où et comment ? » Et pour cela, il recommande de se pencher sur la certification (voir notre article).

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