Pierre Mutzenhardt, président de l’Université de Lorraine.

La formation des salariés, nouvel Eldorado pour les universités

Partir à la conquête du marché de la formation des salariés du privé, c’est le nouvel objectif que ce sont fixées les universités. Huit mois après la remise du rapport Germinet, les facultés sont bien décidées à prendre leur part dans un marché jusqu’alors quasi exclusivement occupé par l’offre privée. Trois jours durant, les services de formation continue universitaires (FCU) vont plancher sur ce thème à l’occasion de leur 43e colloque annuel qui s’ouvrait mercredi 22 juin, à Metz.

Rédigé par . Publié le 23 juin 2016. Mis à jour le 11 mars 2019.

La remise des conclusions de la mission de François Germinet à Najat Vallaud-Belkacem en novembre 2015 (notre article) semble avoir donné un coup de fouet aux services de formation continue des universités. Dans son rapport, le président de l’Université de Cergy-Pontoise n’hésitait pas à rappeler la nécessité de développer l’offre de formation universitaire à destination des salariés du secteur privé et avançait même l’objectif de porter le chiffre d’affaires des facultés et instituts universitaires de technologie réalisé au titre de la formation continue à 1,5 milliard d’euros à l’horizon 2020. Un chiffre que les services universitaires sont loin d’atteindre aujourd’hui puisque, annuellement, le chiffre d’affaires réalisé n’est que de 400 millions d’euros (et encore faut-il ajouter les bons résultats financiers du Conservatoire national des arts et métiers). Pas forcément une goutte d’eau, mais un bilan qui ne pèse pas lourd dans les 32 milliards de dépenses annuelles consacrées à la formation professionnelle.

« Aller là où on ne nous attend pas »

Pourtant, l’Université réussit quand même à marquer des points : 4000 dossiers de validation des acquis de l’expérience passent par elle et le travail entamé pour modulariser ses licences professionnelles, ses licences et ses masters en blocs de compétences afin de les rendre accessibles à la liste nationale des certifications éligibles au compte personnel de formation (CPF) est en bonne voie et devrait s’achever fin 2016. Elle peut aussi miser sur un contexte général qui se prête à une montée en puissance des facultés dans l’écosystème de la formation continue : « Nous allons connaître une période de transformation profonde des métiers. Et l’endroit où l’on est le mieux placé pour observer ces transitions et y apporter des réponses, c’est bien l’Université », assurait ainsi Pierre Mutzenhardt, président de l’Université de Lorraine et hôte de ces rencontres messines. « C’est au sein de nos laboratoires de recherche que se construisent les compétences de demain », ajoute Alain Gonzalez, le président de la Conférence des directeurs de services universitaires de la formation continue. Qui détaille: « Il faut aller là où on ne nous attend pas : c’est-à-dire sur le marché de l’évolution professionnelle et des transitions de carrière des salariés ». Des salariés dont les besoins portent encore à l’heure actuelle le plus souvent sur des formations courtes et non diplômantes, ce qui va contraindre les universités à s’associer plus étroitement qu’elles ne le sont aujourd’hui avec les branches professionnelles et les entreprises afin de leur proposer des programmes « à la carte ». Changement de mentalités à prévoir, donc.

… et apprendre à se vendre sur le marché privé

Cependant, l’objectif financier fixé par François Germinet à l’horizon 2020 apparaît encore pour l’heure difficilement atteignable et nécessiterait une croissance de 25 % par an des résultats financiers des facultés au titre de la formation continue. « Il paraît évident que pour l’atteindre, il faudra trouver de nouvelles articulations pour les enseignants-chercheurs entre leurs activités relevant de la formation initiale, de la formation continue et de la formation professionnelle… le rapport Germinet chiffre les créations de postes nécessaires à cet objectif à 7000 ETP », observe Hélène Pouzet, neurobiologiste à Pierre-et-Marie-Curie. Forcément, les moyens devront suivre. Mais en outre, si à court terme, les universités veulent conquérir ce nouvel Eldorado de la formation continue et entrer directement en concurrence avec l’offre privée sur son terrain, elles vont devoir elles-mêmes se former… à se vendre. Alain Gonzalez ne s’en cache pas : « Ce qu’il nous manque, ce sont des compétences commerciales et marketing. Il va falloir former et recruter pour consolider nos équipes en ce sens ». Quasiment une révolution copernicienne pour les universitaires.

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