shutterstock_201238643-2.jpg

La formation, levier pour rattraper le retard numérique de l’économie française

Rédigé par . Publié le 16 juin 2015. Mis à jour le 11 mars 2019.

Pour 31 % des entreprises françaises, c’est le manque de compétences qui expliquerait le retard de notre économie dans la “transition numérique” et, de toute évidence, les acteurs de la formation professionnelle ne se sont toujours pas suffisamment saisis de cette question.

“Une révolution qui concerne tous les services”

C’est l’un des constats principaux de la table ronde dédiée à la transformation des entreprises françaises à l’heure du “tout digital”, organisée à l’occasion de l’Université du numérique du Medef, qui vient de se tenir. “L’informatique, c’était le 20e siècle, au 21e c’est le numérique. Il ne s’agit pas de rajouter de nouveaux outils technologiques à des processus de production, mais de changer les processus. Cela ne représente pas nécessairement des investissements importants”, explique Jean-Pierre Corniou, directeur général adjoint de SIA Conseil, un cabinet spécialisé dans ces questions.

“Nous ne sommes pas dans une problématique technologique, le frein est souvent l’organisation générale, car c’est une révolution qui concerne tous les services. Le numérique c’est un état de culture, chacun est à même d’utiliser les moyens de communication et certaines entreprises ont formé tous leurs salariés. La révolution numérique suppose avant tout de savoir utiliser la matière grise d’une entreprise”, poursuit Jean-Pierre Corniou.

Le constat repose sur le fait que nous passions d’une économie axée sur les produits à un système qui repose sur les usages. C’est l’exemple du succès des Autolib, qui s’explique plus par l’application qui permet de trouver rapidement un véhicule que par la voiture en elle-même ou le système de borne.

Et pour prendre ce virage, innover, il est indispensable de changer en profondeur la manière de travailler des entreprises.

Une offre de formation obsolète

Tous les intervenants sont d’accord pour dire que la valeur ajoutée des entreprises dans les mois à venir, sera avant tout déterminée par leur capacité à prendre le virage numérique. Autre constat : l’offre de formation initiale ou continue n’a absolument pas anticipé cette évolution.

“Ce retard renvoie avant tout au déficit d’offre de formation et impacte toutes les activités, car il y a une insuffisance de collaborateurs formés. Aujourd’hui les jeunes talents prospectent sur les réseaux sociaux et les DRH ne sont plus à niveau, les processus de définition et d’appréciation des compétences ne sont pas en adéquation avec les besoins réels des entreprises”, explique Patrick Bertrand, le directeur général de Cegid, un éditeur de logiciels.

“Nous sommes très loin de la prise en compte des besoins des entreprises”

“Certains responsables des activités digitales quittent l’environnement marketing pour être sur fonctions ressources-humaines. Il faut se poser des questions sur l’utilisation des fonds de la formation professionnelle. Quel pourcentage est dédié à l’accompagnement de la transformation digitale qui représente une angoisse importante pour nos collaborateurs ? J’ai passé deux journées dans un Opca et j’en suis revenu atterré, car nous sommes très loin de la prise en compte des besoins des entreprises sur cette question. Les partenaires sociaux ont une responsabilité de premier ordre dans ce problème qui nourrit le décrochage de notre économie. Il faut comprendre que l’objectif de la formation n’est pas de préparer à un diplôme mais à un métier”, poursuit Patrick Bertrand.

Le constat est sévère, il peut même sembler implacable à l’heure où la dernière réforme met le cap sur la certification, mais l’objet du propos est bien de créer des ponts entre le monde de la formation initiale et professionnelle et celui de la nouvelle économie. “Il faut travailler d’une manière générale avec le monde de la formation. Quand Xavier Niel créait une école du numérique, c’est un désaveux pour les acteurs de la formation”, poursuit Patrick Bertrand.

“Sur la formation, l’enjeux est considérable. Il s’agit de savoir comment nous passerons de l’usine d’hier à celle de demain. Il faut que l’on se dote d’outils de veille, mais sur des enjeux nationaux aussi cruciaux, la régionalisation des politiques de formation est un handicap”, estime de son côté Jérôme Frantz, le président de la commission compétitivité, innovation, attractivité du Medef.

Centre Inffo vous conseille également