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« La formation professionnelle est un secteur où le paritarisme donne des résultats exemplaires » (François Hommeril, président de la CFE-CGC)

Le premier juin dernier, François Hommeril a été élu président de la CFE-CGC, à l’occasion du 36e congrès de la confédération syndicale à Lyon. À 55 ans, l’ancien président de l’Opca Defi, l’organisme collecteur des industries chimiques, pétrolières, pharmaceutique et de la plasturgie entre 2013 et février dernier, a également été secrétaire national en charge de la formation professionnelle de la CFE-CGC. C’est donc un spécialiste de ces questions qui prend la tête de l’organisation syndicale représentant les cadres. François Hommeril compte bien mettre la formation professionnelle au premier plan à l’occasion de ce nouveau mandat.

Rédigé par . Publié le 06 juin 2016. Mis à jour le 11 mars 2019.

Le quotidien de la formation : Resterez-vous mobilisé sur les questions inhérentes à la formation professionnelle à l’occasion de ce nouveau mandat ?À

François Hommeril : Bien évidemment, je connais particulièrement bien ces dossiers que j’ai suivis comme secrétaire national et qui sont fondamentaux sur le plan économique et social. Trop souvent la formation professionnelle est considérée comme un supplétif, une réponse à la question des demandeurs d’emploi. Pourtant, elle a un impact très important sur la situation économique et c’est l’un des leviers de la reprise, doublée d’une problématique qui doit irriguer toutes les politiques sociales, économiques…

QF : Vous semblez considérer que la formation professionnelle est utilisée comme une variable d’ajustement des politiques de l’emploi.

FH : Les hommes politiques l’ont effectivement intégrée comme une variable d’ajustement des politiques de l’emploi. Quand le gouvernement élabore une réforme en 2014, alors que l’on n’a toujours pas mesuré les impacts de celle de 2009, cela signifie qu’ils n’ont pas compris que c’étaient des outils à développer sur le moyen et long termes. C’est un levier utile pour lutter contre le chômage, mais qui ne se réduit pas à cela. C’est aussi un secteur où le paritarisme s’applique de manière intelligente et active.

QF: Pouvez-vous développer votre vision du paritarisme dans le secteur ?

FH : L’élaboration des politiques démarre à l’échelle des branches avec les commissions paritaires nationales de l’emploi. La qualité des échanges et l’équilibre auxquels parviennent les partenaires sociaux est exemplaire pour arriver au consensus. Par ailleurs la gestion paritaire est aussi très bonne avec je crois de solides garanties de contrôle, c’est l’exemple du décret qualité qui est l’une des bonnes choses de la loi du 5 mars 2014. Après il est évident que, pour se déployer, ces mesures nécessitent du temps, il faut faire confiance aux partenaires sociaux et la formation professionnelle ne peut pas être tributaire des agendas politiques.

QF : Vous êtes très critique à propos de la loi travail, quelle est votre position sur le compte personnel d’activité -CPA -?

SH : J’ai de gros doutes sur les dispositifs qui ne sont fondés que sur des droits individuels opposables, comme le compte personnel de formation. Historiquement la formation professionnelle est un droit qui s’applique collectivement. C’est l’exemple du plan de formation où les besoins en compétences de chaque salarié sont pris en compte. L’expérience montre, comme ce fut le cas avec le droit individuel à la formation (Dif) que l’individualisation de ces droits ne fonctionne pas. Quelle est la valeur d’un droit individuel opposable quand un salarié n’est pas en mesure de l’imposer? Par ailleurs les demandes pour les périodes de professionnalisation sont croissantes dans les Opca, car beaucoup de cursus ne sont plus éligibles au plan de formation. Ces demandes émanent d’entreprises qui ne versent pas de contributions volontaires dans le cadre du plan de formation et elles basculent sur un autre dispositif.

CM : Quelles observations formuleriez-vous à propos de l’apprentissage ?

QF : Cette fois encore, le cadre évolue en permanence sans que l’on prenne le temps d’évaluer l’impact des mesures précédentes. Il faut trois à cinq ans pour mesurer l’efficacité d’une réforme. Plus globalement dans le contenu de cette loi, il y a de quoi faire une dizaine de négociations interprofessionnelles. Dans les faits il y a eu quelques réunions à l’Élysée, au ministère du Travail, une sorte de brainstorming sans réelle consultation des partenaires sociaux… Dans aucun autre pays au monde cela se serait passé comme cela.

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