Un apprenti horloger en Suisse

La Suisse, nouvel Eldorado de l’apprentissage ?

Rédigé par . Publié le 26 octobre 2014. Mis à jour le 11 mars 2019.

« Redonner ses chances à l’apprentissage. Une comparaison France, Suisse, Italie. » À lui seul, le titre de l’étude publiée par la CFTC et l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) révèle les fondements d’une thèse largement répandue en France : alors que l’apprentissage est de plus en plus désigné comme une voie pertinente pour l’amélioration de la transition école-travail, il demeurerait le mal aimé de notre système d’enseignement et de formation. D’où l’idée d’aller chercher de nouveaux arguments à l’étranger. Et si le cas italien peine à placer la formation au cœur du contrat d’apprentissage, la question d’un possible modèle suisse, lui-même inspiré de la tradition « duale » allemande, a récemment fait son apparition dans les débats.

Si ça marche en Suisse…

Les exemples récents foisonnent. Ainsi de François Garçon, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui s’interrogeait le 25 septembre dernier dans les colonnes de La Tribune (voir), sur les « leçons pour la France » à tirer du « succès de l’apprentissage en Suisse », précédé en cela par France Inter, qui consacrait, en pleine conférence sociale, son « zoom de la rédaction » au même sujet (écouter). Plus près de nous, le 13 octobre dernier, lors des 1ères rencontres de l’emploi (voir notre article), c’est cette fois-ci la déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle, Emmanuelle Wargon, qui voyait dans le système suisse « un modèle dual qui valorise les compétences transférables ».

Un modèle pour les économies européennes ?

Alors, a-t-on raison d’associer les 3,5 % de chômage suisse à la particularité d’un système de formation, qui de fait, relie étroitement les jeunes aux entreprises : « Alors que 30 % d’une classe d’âge suit une formation générale débouchant sur un diplôme de type baccalauréat, ce sont près de 70 % des jeunes qui optent pour une formation professionnelle au sortir de l’enseignement obligatoire, à 15 ans révolus », indique l’étude de la CFTC. La formation professionnelle n’est pas l’apprentissage ? Exact, mais il se trouve qu’une « écrasante majorité » de ces jeunes, « près de 90 %, suit un apprentissage dual » impliquant la signature d’un contrat de travail avec l’entreprise formatrice, poursuit l’étude. D’où la question qui taraude les économies européennes en butte au chômage des jeunes : « Un modèle suisse est-il possible ? »

Des contextes socioéconomiques différents

Peut-être mais à condition d’importer la Suisse et l’ensemble de ses institutions, semble répondre la CFTC qui, après comparaison, note que « plusieurs différences se font jour au point que le modèle de la Suisse doive être relativisé », estime-t-elle. Et d’argumenter : alors que « la domination de l’apprentissage en Suisse est solidaire de la volonté institutionnelle forte de placer les jeunes sortants de l’enseignement obligatoire en entreprise, notamment en les incitant à entrer dans des secteurs qui comptent encore des places de libre », la problématique française est tout autre : « la question posée aux pouvoirs publics en matière d’apprentissage demeure celle d’une meilleure implantation [territoriale] », laquelle est « intimement liée à l’évolution de la géographie tant locale que professionnelle de la formation professionnelle scolarisée, qui occupe des pans entiers du système de formation français ».

La finalité du dispositif

Autre différence fondamentale : la finalité même du dispositif. Paradoxalement, valorisée en tant que telle dans le système helvétique, la voie de l’apprentissage est moins directement liée à la finalité de l’emploi qu’en France. Autrement dit, le système suisse fonctionnerait à la faveur d’une certaine fluidité entre accès à l’emploi et poursuite d’études, dans le cadre d’un écosystème globalement favorable à l’emploi ; inversement, notre système, pris dans l’urgence de la lutte contre le chômage, voudrait avant tout et peut-être exclusivement en faire un outil d’insertion au service des moins qualifiés. Pour preuve, la tendance française à vouloir « orienter les financements sur les premiers niveaux de formation », alors qu’ « il semble hors du ressort du seul apprentissage », estiment les auteurs de l’étude, d’apporter une réponse au chômage : face à des secteurs en voie d’extinction ou à des secteurs en déficit d’image, le « modèle suisse » pourrait bien tourner au mirage.

  • Redonner ses chance l’apprentissage. Une comparaison France, Suisse, Italie. Collection Arguments, Bureau d’études de la CFTC, par Maël Dif-Pradalier et Samuel Zarka, 2014 : télécharger le bon de commande

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