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Le Centre d’information et de documentation jeunesse en grève contre le plan social annoncé

Rédigé par . Publié le 06 juillet 2015. Mis à jour le 11 mars 2019.

Les salariés du Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ) ont entamé un mouvement de grève pour lutter contre le projet de plan de social qui pourrait se traduire par le licenciement d’une vingtaine d’entre eux. La réunion du conseil d’administration du 16 juillet prochain tranchera cette question.

Vendredi 3 juillet, ils étaient près d’une quinzaine à faire le pied de grue en pleine canicule devant les portes du CIDJ, bien décidés à dénoncer un plan social « absurde », selon eux. Lequel prévoit la suppression de 19 postes au sein de cet établissement dédié à l’information jeunesse. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la vieille maison du Quai Branly traverse une telle crise. Lors de l’été 2013, déjà, d’importants problèmes de trésorerie consécutifs à la diminution de la subvention de l’institution par le ministère de la Jeunesse et Sports ainsi qu’à la baisse des ventes de ses produits (les classeurs thématiques « Actuel CIDJ », notamment) avaient déjà laissé planer l’ombre d’un licenciement collectif afin de réduire le coût de fonctionnement de l’établissement. Cette première crise s’était alors soldée par le départ fracassant de la direction d’alors et la nomination d’un nouveau directeur, l’inspecteur de la Jeunesse et des Sports Philippe Salles, à la tête du Centre avec la mission d’élaborer un plan de redressement stratégique pour le CIDJ. À l’époque, interrogé par le Quotidien de la formation, celui-ci assurait « n’être ni un tueur de coûts, ni un dirigeant de passage et encore moins un faiseur de plan social » (lire).

Déficit budgétaire

Après quelques mois passés à associer le comité d’entreprise et les représentants du personnel aux pistes du redressement, la direction du CIDJ a choisi, en février 2014, de reprendre le dossier et de présenter, en décembre de la même année, un plan de redéploiement préconisant « l’externalisation » de certaines fonctions internes (communication, librairie, maquettisme, fonctions commerciales et imprimerie). En clair : 19 licenciements pour une structure qui compte 75 salariés dans le but de retrouver un budget à l’équilibre. « Il aurait pu l’être, à l’équilibre, si le CIDJ n’avait pas eu à assumer 270 000 euros de dépenses non prévues ! » tempête Antoine Canciellieri, administrateur élu au sein du Conseil d’administration de l’établissement. Une note particulièrement salée qui correspond selon lui aux honoraires du cabinet d’avocats et de l’agence de conseil RH qui ont accompagné la conception du plan de redressement et au financement des ruptures conventionnelles de certains hauts cadres de l’institution ayant fait le choix d’en partir. « Résultat : aujourd’hui, nous n’avons plus de fonds propres alors que nos effectifs fondent à vue d’œil et, en outre, notre budget est en déficit de 200000 euros » s’agace Antoine Cancellieri.

« On ne comprend pas le projet »

Il n’en fallait pas plus pour que les calicots « CIDJ en danger » ne refleurissent au frontispice de l’établissement, comme en 2013 et que le site tenu par la CGT du CIDJ (http://www.cidjendanger.com) ne reprenne du service sur la toile, d’autant que, dès janvier 2015, les trois principaux financeurs du Centre, l’État, la région Ile-de-France et la Ville de Paris, ont fait procéder à un audit du Centre et de son projet, provoquant un sentiment d’abandon chez les salariés. « Ils nous ont lâchés… » commente, dépitée, une employée.

Entretemps, le Conseil d’administration, suivant les recommandations de l’audit tripartite, a revu ses projets de licenciement à la hausse en prévoyant la suppression de 30 à 35 emplois. Inacceptable aux yeux du personnel et de ceux de leurs représentants, d’autant que parmi les salariés ainsi concernés figurent un certain nombre de seniors à faible niveau de qualification initiale peu armés pour se retrouver sur le marché du travail et même trois personnes en situation de handicap. « Nous avons déjà perdu 40 % de nos effectifs en 10 ans ! » grince Anne Sémécurbe, déléguée syndicale CGT. « Pourquoi malmener à ce point l’information jeunesse alors qu’un récent rapport du CESE [ 1 ]Conseil économique, social et environnemental sur les parcours professionnels des jeunes publie des chiffres alarmants sur ce sujet et préconise une politique d’insertion renforcée en direction de la jeunesse ? On ne comprend pas le projet derrière cette décision ! »

Une décision que les représentants des salariés imputent au ministère de tutelle et à son mandataire au conseil d’administration, Mikaël Garnier-Lavalley, éphémère délégué interministériel à la jeunesse (lire) et actuel directeur adjoint du cabinet de Patrick Kanner . « Je m’étonne que Mikaël Garnier-Lavalley qui a participé à la gestion du CIDJ pendant les années où les caisses se sont vidées soit en charge du dossier actuel. Je ne comprends pas non plus sa réticence à ouvrir le dialogue alors qu’il maîtrise parfaitement le dossier » estime Antoine Cancellieri

Joint par le Quotidien de la formation, le ministère de la Jeunesse et des Sports explique : « Le CIDJ est une association qui connaît des difficultés depuis quelques années. Ses dirigeants essaient de trouver des solutions pour lui permettre de poursuivre son activité dans de bonnes conditions. Le 16 juillet se tiendra son conseil d’administration au cours duquel différentes options seront présentées. Nous ne communiquerons pas avant cette échéance ». Et de préciser: « comme tous les partenaires de l’association, l’État, très attaché au CIDJ, est conscient de sa situation et reste vigilant quant aux évolutions ».

Un Conseil d’administration qui s’annonce mouvementé

Ce Conseil d’administration du 16 juillet, celui où tout devrait se jouer, s’annonce mouvementé. À l’instar du précédent, en date du 22 juin durant lequel les deux vice-présidents du bureau représentant la Ville de Paris et la région Île-de-France ont menacé de démissionner de leur mandat d’administrateurs si le ministère ne clarifie pas sa position. Mais leur voix porte peu face à celle de l’État. Sandrine Charnoz, conseillère municipale PS du 12e arrondissement n’occupe cette fonction que depuis juillet et Julien Bayou, conseiller régional EELV, « reste absent et muet depuis deux ans » assurent les syndicats. Contacté par le Quotidien, ce dernier s’est d’ailleurs contenté de nous renvoyer vers le Conseil régional pour davantage d’informations…

En attendant, les salariés du CIDJ poursuivent leur mobilisation. Journées de grève, envoi de courriers au ministère, rencontres avec les élus municipaux et régionaux pour les sensibiliser à la situation de l’établissement, distribution de tracts et publication d’une pétition sur Internet. « Arrêtez de jouer avec nos emplois ! Arrêtez de jouer avec notre mission ! Arrêtez de jouer avec notre santé ! Arrêtez de jouer avec notre budget ! » proclament-ils. Au CIDJ, le mois de juillet risque d’être particulièrement chaud et pas uniquement à cause de la canicule.

Notes   [ + ]

1. Conseil économique, social et environnemental

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