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« Le CPF des indépendants ne peut pas être une déclinaison du compte personnel des salariés » (Pierre Possémé, FPSPP)

Dans une interview accordée au Quotidien de la formation le 27 juin, Pierre Possémé, président (Medef) du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) et du Fonds d’assurance formation du commerce, de l’industrie et des services (Agefice), revient sur la particularité du compte personnel de formation des indépendants qui figure dans le projet de loi Travail. Pour lui, « décliner en l’état le CPF n’aurait aucune valeur ajoutée pour les indépendants ».

Rédigé par . Publié le 28 juin 2016. Mis à jour le 11 mars 2019.

Philippe Grandin : Comment envisagez-vous l’extension du CPF aux indépendants ?

Pierre Possémé : Le compte personnel de formation (CPF) s’ouvre aux travailleurs indépendants, ce qui constitue un changement et une bonne nouvelle pour notre fonds d’assurance formation (Faf) patronal du commerce, de l’industrie et des services, l’Agefice. Selon le projet de loi Travail, les indépendants pourront mobiliser leur compte pour suivre une formation à compter du 1er janvier 2018 et pourront alimenter leur compte dans les mêmes conditions que pour les salariés. Notre conseil d’administration (CA) a d’ailleurs proposé de mettre en œuvre dès 2017 une expérimentation relative au CPF pour quelques branches professionnelles, dans le cadre de l’extension du CPF aux indépendants. Il s’agit d’un CPF distinct de celui des salariés pour au moins deux raisons : décliner en l’état le CPF n’aurait aucune valeur ajoutée pour les indépendants et on ne peut comparer les besoins en formation des chefs d’entreprise/dirigeants non salariés, et leurs conjoints collaborateurs ou conjoints associés avec ceux des salariés. En outre, les chefs d’entreprise ont besoin d’aller au-delà du simple suivi d’une action de formation. Ils ont besoin d’être accompagnés : la formation répond à un projet et s’inscrit dans un parcours de formation. Nous avions déjà anticipé, bien avant l’instauration du CPF, en créant fin 2013 « la mallette du dirigeant », dispositif spécifique pour permettre aux indépendants de bénéficier de financements complémentaires sur des thèmes de formation définis comme essentiels et considérés comme prioritaires par le CA de l’Agefice.

P.G : Qu’est-ce qui caractérise le dispositif « mallette du dirigeant » ?

P. Possémé : Dans le cadre de ce dispositif, nous pouvons financer jusqu’à 100 % des formations sur des thèmes précis. Le métier de chef d’entreprise a évolué dans la mesure où il est devenu multitâches. Sur ce plan, il est important de faire comprendre au chef d’entreprise que se former n’est pas un aveu d’incompétence mais bien un investissement pour la pérennité de son entreprise. Pour la troisième année de l’opération mallette, nous avons étendu les thématiques, soit « communication et marketing » et « ressources humaines et management » qui s’ajoutent à « comptabilité – analyse financière – interprétation de tableaux de bord » (instaurée en 2014 et reconduite depuis) et « nouvelles technologies et compétences numériques » (instaurée en 2015 et reconduite en 2016). L’opération couvre ainsi le champ de compétences nécessaires à tous les chefs d’entreprise. De plus, les formations sont assurées, via des organismes de formation référencés sur tout le territoire, sur la base d’éléments qui nous assurent de la qualité des prestations qu’ils proposent, à proximité des lieux d’exercice des entreprises. Nous avons ainsi élaboré des actions qui s’inscrivent dans ce qui pourrait aisément devenir un parcours et à ce titre, nous en inspirer lorsque nos ressortissants ou adhérents pourront mobiliser leur CPF. Cependant, les FAF vont devoir définir les listes de formation éligibles propres à leurs publics respectifs car il n’est pas possible de décliner les listes axées sur les besoins des salariés.

P.G : Dans le cadre de l’examen du projet de loi Travail, les sénateurs ont décidé la mise en place d’un contrat de mission pour apporter une réponse à « la peur de l’embauche » des employeurs de TPE-PME. Qu’en pensez-vous ?

P. Possémé : La mise en œuvre d’un contrat de mission d’une durée comprise entre 18 et 48 mois, rattaché à la réalisation d’une mission en particulier, est une idée intéressante. Auparavant, dans le bâtiment, les travailleurs passaient de chantier en chantier pour des missions ponctuelles. En ce sens, cela constituait une vraie souplesse pour l’entreprise. Aujourd’hui, on ne peut dire que l’on emploiera les gens de manière permanente car dans le cas d’une conjoncture compliquée, il en va de la pérennité de l’entreprise. Cette modification apportée par les sénateurs va dans le bon sens parce qu’il faut ramener de la souplesse dans le monde du travail. L’embauche pour un petit entrepreneur a toujours été une prise de risque car il ne doit pas se tromper lors du recrutement, être sûr que la personne puisse s’adapter…

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